Louis Aliot défie l’UMP Daniel Mach. Un duel “à droite toute” sur fond d’insécurité.

Publié le 5 Juin 2012

Un espoir de conquête pour le FN. Par Valeurs Actuelles
« Désabusés ». C’est le mot qu’utilise le maire UMP de Perpignan, Jean-Marc Pujol, pour qualifier l’état d’esprit des électeurs de sa ville à dix jours d’une législative qui s’annonce explosive.

Dans son modeste bureau du premier étage tapissé de photos en noir et blanc, lui aussi s’exprime d’un air un peu las. « Il y a une défiance générale vis-à-vis de l’action publique et des politiques, dit-il. Nous avons été incapables de régler certains problèmes, notamment l’insécurité… » Moins d’une minute que la discussion a commencé, et celle-ci s’invite déjà au coeur du débat, comme elle a envahi le cœur de la cité catalane – l’une des plus insécuritaires de France. « Hier matin, j’étais chez mon coiffeur et j’ai posé mon portable devant moi, raconte Pujol. Il m’a tout de suite dit : “Ne le laissez pas là, remettez-le dans votre poche ! » Un temps puis : «Nicolas Sarkozy a eu le bon diagnostic, mais le remède était insuffisant. »
Une minute encore et, de l’insécurité, on passe au Front national, lui aussi galopant. Ceci expliquant en partie cela. « J’ai fait beaucoup de marchés, c’est la première fois que je vois des gens tranquilles dire “Je vote FN” et d’autres “Dégagez !”, poursuit cet ancien giscardien, maire de Perpignan depuis 2009. Qu’ils viennent de la droite modérée ou qu’ils soient des déclassés, plus jeunes et plus durs, ces électeurs FN sont mobilisés et nous n’arrivons plus à les toucher. » 
Tout est fait, pourtant, pour y parvenir. « Avec Daniel Mach à l’Assemblée nationale, ce sera : non au droit de vote des étrangers ; non à la régularisation massive des sans-papiers ; non à la légalisation du cannabis ; non à l’assistanat généralisé ; non au matraquage fiscal. » Pour qui se contenterait de parcourir rapidement le tract, nul doute qu’il ne s’agisse d’un document du candidat FN. Or il n’en est rien : celui-ci est en réalité édité par le… député UMP sortant de la 1re circonscription des Pyrénées-Orientales !


Dans ce secteur à la fois le plus “perpignanais” (60 % de la ville) et le plus disputé (quasi-égalité entre Sarkozy et Hollande aux deux tours de la présidentielle), la crainte d’une percée du Front national est d’autant plus vive, à l’UMP, que son représentant est le numéro deux du parti et compagnon de Marine Le Pen, Louis Aliot.

Très médiatisé depuis la présidentielle, désormais reconnu dans la rue, celui-ci ironise sur ce qu’il nomme « la droite Canada Dry : ça a la couleur du FN, ça parle comme le FN, mais ce n’est pas le FN » ! Difficile, pourtant, de faire de Mach, membre de la Droite populaire, un “centriste mou”… Aliot le reconnaît : « Il vient sur notre terrain, mais il ne vient pas de très loin. À quelques rares exceptions, l’homme s’est toujours bien comporté avec nous. Nous avons même des amis communs ! »
“Mach 3”, comme le surnomment ses militants, réussira-t-il à contenir la “vague bleue marine” prédite par beaucoup après les 23 % obtenus dans la circonscription par la présidente du FN à la présidentielle ? Peu connu nationalement, l’homme bénéficie d’un fort ancrage local. Totalement atypiques, son parcours et sa personnalité y sont pour beaucoup. Les deux se lisent sur son physique hors norme de véritable colosse. À 56 ans, les épaules et le cou de taureau de ce député fort en gueule à l’accent à couper au couteau font immédiatement penser à l’ancien boxeur qu’il a été.

Mach (UMP) : “Aliot est un type bien”
Tout le monde ou presque, ici, connaît son histoire, qu’il a racontée dans son livre J’aurais pu être de gauche, de la cité HLM à l’Assemblée nationale (Le Sémaphore, 2006). Des parents pauvres et absents (sa mère est femme de ménage), l’école quittée à 13 ans, un enfant à 17, les logements précaires, la “démerde”, dont un boulot aux abattoirs où il commence à 4 heures du matin – comme dans Rocky. Et puis la boxe, donc. Dix combats amateurs, dix victoires par K-O dans les deux premiers rounds, la promesse d’une belle carrière, mais le refus, finalement, de “monter” à Paris.
Vient ensuite la phase “ascension” : Mach est représentant en jouets, en maisons individuelles, entre chez Lafarge, devient conseiller municipal, puis maire de son village de Pollestres, non loin de Perpignan (ce qu’il est toujours). Député depuis dix ans, il l’assure : « Si je suis réélu, ce sera mon dernier mandat. »
Attablé devant une montagne de brochettes précédées d’un Jack Daniel’s, Mach le reconnaît : « Ça risque d’être difficile. » Le candidat FN ne se contente pas, en effet, de profiter de la vague mariniste. En lice pour la troisième fois dans la circonscription, Aliot, 42 ans, bénéficie lui aussi d’une solide implantation : cabinet d’avocat à Perpignan, maison à Millas, dans la périphérie. Ne lui ont manqué que 260 voix pour l’emporter aux cantonales de 2011. Comme son adversaire UMP, le candidat FN est une personnalité épicurienne haute en couleur, au fort accent du Sud et humainement appréciée. « Louis Aliot est un type bien », dit Mach de cet ancien deuxième ligne de rugby – “le” sésame pour s’imposer à Perpignan. « Je discute avec lui, il n’y a rien à dire contre l’homme », affirme, de son côté, le maire de Perpignan. Pas de diabolisation, donc, et même un vrai élan de sympathie dû, notamment, à sa nouvelle médiatisation.

Sur le marché de Bompas, où Marine Le Pen est arrivée en tête le 22 avril, des attroupements se forment sur son passage. On le prend en photo. Une jolie jeune femme, tout de rose vêtue, lui demande conseil pour l’achat de son… bustier léopard. Éclat de rire général.
À l’offensive du FN, s’ajoute pour Mach le risque de l’abstention. En cas de démobilisation des électeurs UMP, il pourrait être devancé sur le fil par Aliot, voire se retrouver distancé par l’un des deux candidats de gauche en situation, eux aussi, de l’emporter – le terne socialiste Jacques Cresta ou le très implanté mélenchoniste Jean Vila. D’où sa « priorité » : mobiliser ses électeurs. Serrer le maximum de mains.
En tournée de porte-à-porte dans le très chic quartier du Mas-Vermeil, où Sarkozy est arrivé largement en tête, Mach le répète à tous ceux qu’il croise : « À gauche, les gens ne vont pas oublier de voter. Alors le 10 juin, vous savez ce qui vous reste à faire. » Cette pêche effrénée aux abstentionnistes amène à des situations cocasses. Une dame se plaint, dans son jardin, de « petites bêtes transparentes qui piquent et qui font des croûtes ». Mach manque de pouffer, puis se reprend : « Vous avez essayé la Javel ? »

Le poids déterminant de la communauté pied-noire
Il n’empêche : plus encore que l’abstention, c’est, on l’a dit, l’omniprésente insécurité qui sera le grand arbitre de cet affrontement UMP-FN. Jean-Marc Pujol, le maire de Perpignan, ne peut que le constater : l’action menée en ce domaine par la municipalité n’a pas suffi. Plus qu’elles n’ont endigué la délinquance, ses initiatives ont surtout révélé l’étendue des dégâts : les 84 policiers municipaux croulent sous les interventions (70 à 80 par jour), les 117 caméras de surveillance (qui seront bientôt portées à 140) ont enregistré pas moins de 7 000 faits délictueux en 2011 ! « Il faut arrêter de parler d’incivilités, dit-il. On a affaire à des attitudes agressives et violentes, qui, avec la gauche, vont encore s’amplifier. »

Souvent liée au trafic de drogue, cette délinquance est, ici, principalement le fait de jeunes d’origine maghrébine ou gitane, d’où un débat qui s’est déporté, en grande partie, sur l’immigration. Avec d’autant plus d’acuité et de ressentiment à l’encontre des premiers que Perpignan est aussi “la” capitale des pieds-noirs. « Les gens, notamment chez les rapatriés, en ont tellement marre qu’ils voudraient qu’ils n’y aient plus un seul immigré, constate Mach, mais ce n’est pas possible. » « Après avoir été chassés d’Algérie en 1962, les Français sont aujourd’hui chassés de Perpignan,assure Aliot, lui-même d’origine pied-noire. C’est la conséquence de la politique communautariste de la dynastie Alduy [Paul, puis Jean-Paul, maires de Perpignan de 1959 à 2009], qui continue d’être pratiquée et soutenue par l’actuelle majorité et l’ensemble des élus de droite. »

Pour l’emporter, Mach parie sur un «duel contre Aliot ou un candidat de gauche au second tour» ; le candidat FN sur une « triangulaire ». L’une ou l’autre hypothèse risquant, dans tous les cas, d’être indécise jusqu’au bout. Une certitude, une seule : derrière cette élection législative, et quelle qu’en soit l’issue, c’est, déjà, la municipale de 2014 qui s’annonce.

Aliot sera candidat, Mach s’y prépare. La bataille ne fait que commencer.
De notre envoyé spécial à Perpignan, Arnaud Folch

Photo © Arnaud Folch

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Politique Française

Commenter cet article

island girl 05/06/2012 19:19


Interessant,à suivre ..