Low cost : le leurre économique...

Publié le 14 Mai 2013

Par LE BLOG DE VIRGINIE DE GALZAIN

Voyage, tourisme, mais aussi alimentation, médecine, automobile, …, le raz de marée low cost a investi tous les secteurs de la vie quotidienne. Décrié par les uns, sacralisé par les autres, les fondements, fonctionnements et conséquences de ce phénomène économique demeurent pourtant largement méconnus.

Parce que payer moins cher a forcément un prix, Bruno Fay et Stéphane Reynaud ont enquêté pendant plus d’un an sur le sujet. Résultat : No low cost, une " bombe "archi documentée sur les coulisses d’un système à la dérive. Le point avec Bruno Fay, (excellent) journaliste et scénariste indépendant, co-auteur de l’ouvrage.

Qu’est-ce que le low cost ?

« Low cost » signifie « bas coût ». Stricto sensu, le low cost est un modèle économique né aux États-Unis dans les années 70. Son invention est souvent attribuée à Herbert Kelleher, un homme d’affaires nord-américain qui a su réduire les coûts du transport aérien sans toucher à l’essentiel, à savoir la qualité du service et les conditions de travail de ses salariés. Pour résumer, on peut dire que le low cost est un modèle économique qui s’appuie sur l’innovation et l’ingéniosité pour réduire les coûts d’un produit ou d’un service.

Mais le problème que nous soulevons dans notre livre, c’est que 99% des entreprises qui se disent aujourd’hui low cost ne le sont pas ! Elles s’affichent ainsi parce que le concept est vendeur, surtout en temps de crise, mais ne sont en rien innovantes. Elles relèvent de ce que nous appelons le low cost 2.0. Elles réduisent simplement les coûts en remplaçant une matière première de qualité par une autre de moindre qualité, par le recours à une main-d’oeuvre sous-qualifiée ou sous-payée ou en faisant financer, c’est le cas de Ryanair, la baisse des coûts grâce à l’argent des contribuables…

L’ouvrage révèle que tous les domaines sont aujourd’hui concernés, y compris l’éducation et la santé !

En effet, plus aucun secteur n’échappe au phénomène low cost. La réduction des coûts devient une obsession jusqu’à l’absurde, tant dans le privé que dans le public. L’État français lui-même devient low cost en réduisant les coûts dans les services publics sans se préoccuper de l’impact sur la qualité des services. La santé devient low cost. En Amérique du Nord, dont le système de santé bat sérieusement de l’aile, la formule fait des émules. Le nombre de touristes médicaux nord-américains, actuellement de 750 000 par an, devrait passer à 6 millions en 2010, pour atteindre 10 millions en 2012. Et pour cause, le prix d’une opération à l’étranger coûte en moyenne au patient six fois moins cher qu’aux États-Unis. Certains pays comme la Thaïlande ou la Tunisie se sont même fait une spécialité d’accueillir ces nouveaux touristes low cost, venus de New York ou de Paris. Le problème, c’est que la qualité des soins est déplorable, les accidents se multiplient, il n’y a aucun suivi médical post opératoire et aucune possibilité de recours en cas de problème.

Le low cost apparaît comme une machine marketing bien rodée. Quelles en sont les déviances ? Les risques ?

Notre enquête montre très clairement que la réduction des coûts s’effectue presque à chaque fois au détriment de la qualité des produits et des services, de l’environnement et des conditions de travail des salariés. Les risques pèsent à la fois sur les consommateurs qui sont abusés mais aussi, de manière plus globale, sur l’économie toute entière. Car le low cost est contagieux et entraîne toutes les entreprises dans une course folle aux prix les plus bas. S’il n’est pas à l’origine des délocalisations et du chômage, il y contribue en tout cas très fortement. Enfin, il est nuisible à l’environnement, par exemple avec l’importation de produits fabriqués en Chine ou de fruits cultivés en Tunisie dont le transport est à l’origine d’une grande part des émissions de CO2.

Quels sont/seraient les aspects positifs du low cost ?

Sur le papier ou dans les cours d’HEC, le low cost a initialement énormément d’atouts car il est innovant, et entend développer avec intelligence des produits de qualité, bon marché tout en respectant les droits sociaux et l’environnement. En réalité, sur le terrain, et tel qu’il est appliqué aujourd’hui, nous ne voyons que des défauts !

Hausse des besoins sans cesse créées, baisse du pouvoir d’achat : le low cost peut-il s’installer durablement ?

Le low cost nous entraîne dans une spirale infernale. Ce n’est certainement pas une réponse à la crise. Ennemi du progrès technologique et du progrès social, il ne constitue en rien une solution recevable pour relancer durablement notre économie. Il n’est pas plus une solution à la baisse du pouvoir d’achat ou à la vie chère. Réducteur de salaires, culturellement indéfendable, le low cost s’impose comme une sorte d’hyperdécroissance. Un paradoxe dans une société d’hyperconsommation. À moins qu’elle n’en soit l’aboutissement ?

Que penses-tu de cette phrase de Jean François Narbonne (cité dans l’ouvrage) : " Le low cost, c’est le suicide organisé de la planète " ?

Face au phénomène low cost, le consommateur est schizophrène. Le pouvoir d’achat étant ce qu’il est, il a l’impression de réaliser des bonnes affaires en faisant ses courses dans des magasins discount. En réalité, il ne se rend pas compte qu’en achetant low cost, il contribue à délocaliser son propre emploi, à entraîner l’ensemble de la société vers le bas et participe à la baisse générale de la qualité des produits et des services. Pour ne donner qu’un exemple, les études montrent clairement  l’impact des aliments les moins chers sur la santé des personnes sur le long terme.

Consommer low cost , c’est effectivement se tirer une balle dans le pied. C’est une vision à court terme. C’est une démarche tout simplement suicidaire !

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Economie-Finance-Industrie

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Dorothee13 14/05/2013 13:02


LOW COSTE = NOTRE CERCEUIL.