Lybie: un dictateur de moins. La liberté sera-telle la gagnante? J'en doute!

Publié le 23 Août 2011

Pour "le Causeur"

Renaud Chenu

L’opération « Sirène » aura eu raison du tyran aux Amazones. Cette marche des insurgés visait à isoler le colonel Kadhafi jusqu’à sa capitulation. À quatre heures du matin, CNN diffusait des images de liesse populaire, rassemblant des milliers de personnes sur la Place verte, jusque là réservée aux rassemblements du régime.

L’effondrement de l’une des plus anciennes dictatures de la planète marque-t-il pour autant le « dernier acte du drame libyen », comme l’a martialement affirmé un communiqué de l’Otan ? On peut en douter. Les lieux du pouvoir sont pris par la rébellion ou détruits par les bombardements de l’Otan, quelques têtes emblématiques sont tombées dans la nuit, comme celle du chef de la sécurité Mohamed Al Sanousi. Selon la chaîne Al-Jazeera, deux fils du colonel Kadhafi, Saif al-Islam et Al-Saadi, auraient été arrêtés par les insurgés, tandis qu’un troisième, Mohamed, se serait rendu.

Déclenchée samedi soir, la dernière bataille contre les forces fidèles au leader historique de la Grande Jamahiriya a été brève, presque facile. Toute la journée de dimanche, le régime aux abois s’est livré à un invraisemblable numéro de communication, dernier sursaut d’orgueil avant le chant du cygne. Un journaliste de l’AFP présent sur place raconte que les Libyens ont reçu sur leurs portables des messages les appelant « à sortir dans toutes les villes pour éliminer les traîtres et les agents avec des armes et pour les piétiner ». La veille, Mouammar Khadafi exhortait ses partisans à « marcher par millions » pour « libérer les villes détruites» par les « agents de Sarkozy qui veut prendre le pétrole libyen ». De son côté, son fils Seif al-Islam lançait un appel à la rébellion : « Si vous voulez la paix, nous sommes prêts », prévenant « qu’ils n’abandonneraient pas la bataille de Tripoli ». À 23h00, dos au mur, Kadhafi faisait dire à son porte-parole qu’il était prêt à négocier « immédiatement » et « en personne » avec la rébellion. Le cours des événements a balayé cette ultime proposition.

Nul ne se plaindra de la chute de Kadhafi. Restent les questions qu’on est en droit de se poser sur l’implication de l’OTAN dans une guerre civile. Principaux pays engagés, les États-Unis, la France et la Grande Bretagne avaient certes des objectifs fort louables. Et la résolution 1973 du Conseil de Sécurité l’ONU, votée le 18 mars, permettait des interprétations très libres, notamment son paragraphe 4 autorisant « les États Membres [...] à prendre toute mesure nécessaire pour protéger les populations et les zones civiles menacées d’attaque en Jamahiriya arabe libyenne, y compris Benghazi, tout en excluant le déploiement d’une force d’occupation étrangère sous quelque forme que ce soit et sur n’importe quelle partie du territoire libyen». Dès le mercredi 1er juin, Londres reconnaissait la présence de « conseillers » militaires à Benghazi (siège de la rébellion), tandis que le Guardian révélait que des vétérans des forces spéciales britanniques rémunérés par des pays arabes renseignaient les forces de l’OTAN à Misrata, dans l’ouest libyen. Et même si Paris ne l’a jamais reconnu officiellement, on voit mal comment l’armée française aurait pu livrer des armes aux rebelles sans disposer d’officiers de liaison et d’entraîneurs capables d’enseigner le maniement de ces armes. Cette très libre lecture du texte onusien s’est enfin incarnée hier dans la désormais mythique « Katiba Tripoli », composée de 600 hommes, bi-nationaux pour la plupart, notamment américano-libyens, entraînés en vue de l’assaut final. Selon le journaliste de RFI David Thomson, présent sur place, « un de leurs chefs s’exprimant en anglais a passé la majeure partie de sa vie à Dublin et tous avouent avoir été formés pendant des semaines, par des instructeurs occidentaux dans les montagnes du sud-ouest libyen ».

Peut-être Messieurs Sarkozy, Cameron et Obama avoueront-ils un jour que leur objectif n’était pas seulement de protéger les populations civiles, mais bien de liquider le régime, sinon Kadhafi lui-même. En attendant, « le drame libyen » est très loin d’être fini. En effet, le CNT n’a rien d’un rassemblement de révolutionnaires romantiques. Il s’agit d’une coalition hétéroclite, sans véritable unité politique ni grande structuration. On y trouve des islamistes, des laïcs, une partie de la bourgeoisie commerçante, des ralliés de fraîche date, tous divisés selon de complexes et vieilles lignes de fracture tribales. L’assassinat, le 28 juillet à Benghazi, du général Abdel Fatah Younes, ancien compagnon de Kadhafi rallié à la rébellion, a montré la fragilité de cette alliance des contraires. Sa disparition a donné lieu à une démonstration de force de sa tribu, les Obeidi, l’une des plus puissantes du pays, qui a soupçonné les autres factions du CNT d’en être à l’origine en dépit de la version officielle accusant « un groupe d’hommes armés » à la solde du régime. Cet épisode montre que les rivalités entre clans peuvent déraper en affrontements sanglants au sein du futur pouvoir de transition.

Une guerre civile de six mois ne se termine pas en une nuit, aussi belle soit-elle, tout comme un régime démocratique ne s’installe pas en un claquement de doigt. Le président Obama ne s’y est pas trompé en déclarant tôt ce matin (heure française) que « les États-Unis continueront à travailler avec leurs partenaires pour protéger le peuple libyen et l’assister dans le changement vers la démocratie ».

On peut gager que les Occidentaux sont loin d’avoir quitté le sol libyen sur lequel, officiellement, ils n’ont jamais mis les pieds.

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Politique étrangère

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isabelle 24/08/2011 04:56



Voilà qui répond à mes interrogations.


Je me demandais, depuis que l'on voit des images de cette "rébellion", comment une poignée d'hommes en tennis ou pieds nus, voire en tongs, montés sur des 4X4 de fortune équipés d'une
mitrailleuse, la tête simplement protégée d'un chech (ortho ?) ou d'une casquette, pouvaient mener une guerre contre une véritable armée bien équipée et organisée, elle.


J'avais aussi été frappée par leur rassemblement systématique devant les caméras, comme si l'on voulait donner l'impression de nombre, sans compter les tirs en l'air qu'ils déclenchaient
systématiquement pour montrer leur puissance de feu.


Je me disais que pour des guerriers, ils avaient vraiment l'air de fantoches amateurs.


Je comprends mieux maintenant.



Marie-Claire Muller 23/08/2011 17:15




En direct avec Thierry Meyssan depuis Tripoli - Carnage de l'OTAN !






 


Depuis hier soir, les médias font leurs gros titres sur la Libye, en annonçant la chute de
Tripoli et la fin imminente du colonel Kadhafi. Notre ami Thierry Meyssan, président et fondateur du Réseau Voltaire, se trouve
sur place depuis plusieurs semaines (voir nos dernières vidéos). Nous ferons avec lui un point de la situation
plusieurs fois par jour.


Mecanopolis


Situation à 17h00


Mecanopolis : Que pouvez-vous nous dire sur la situation à Tripoli en cette fin d’après-midi
?


Thierry Meyssan : Je suis au centre-ville mais il est actuellement impossible de trouver un
véhicule pour se déplacer et vérifier les affirmations des médias occidentaux. Les journalistes internationaux sont eux aussi bloqués à l’hôtel Rixos, qui les accueille. En réalité, les seules
informations qui leur parviennent sont les communiqués du Conseil National de Transition (CNT), qui sont en réalité émis par le Groupe Harbour (1), une société de relation publique basée à
Washington DC.


Je ne pense pas que Tripoli puisse tomber, de même que je ne n’imagine pas que le colonel Kadhafi soit menacé.
Certes, il y a des défections dans le gouvernement, et quelques autres traitrises, mais l’OTAN n’arrivera jamais à bout de l’armée Libyenne.


Tripoli est actuellement bombardée par l’OTAN mais, pour les raisons que je viens de vous indiquer, il est
impossible de savoir quels objectifs sont visés.


1. Harbour Group


Thierry Meyssan depuis l’hôtel Rixos à 19h45 :


« Nous sommes actuellement dans un abri de l’hôtel Rixos, avec des journalistes internationaux, qui est
encerclé par des forces spéciales de l’OTAN. Je dis bien : des forces spéciales de l’OTAN, car il est évident que les rebelles ne sont là que pour être placés devant des caméras, afin de
donner l’illusion d’un conflit intérieur. Des officiels loyalistes à Kadhafi ont rejoint l’hôtel, sans doute pour échapper aux bombardements ciblés et se servir des journalistes comme bouclier
humain. Nous entendons des tirs nourris autour de cet hôtel et nous pensons qu’il va être pris d’assaut dans la nuit, ou peut-être même en partie bombardé. »


Mise à jour de 23h45


Nous n’arrivons plus à joindre Thierry Meyssan, ainsi que Julien Teil et
Mathieu Ozanon, depuis 23h00 ce soir. Selon nos informations les forces de l’OTAN auraient investi l’hôtel Rixos vers 21h45. Nous vous donnerons des nouvelles de nos amis dès qu’elles nous
parviendront.


23h55 > Le colonel Kadhafi en ce moment même sur la chaîne nationale (audio) presse
la population de Libye de secourir Tripoli.


Lundi 22 août 2011, 00h45


 


Nous avons pu rétablir le contact avec Thierry Meyssan. Néanmoins, comme on peut l’imaginer compte tenu de la
situation de guerre à Tripoli, nos communications sont largement perturbées. Dès que cela sera possible, nous effectuerons un enregistrement vidéo ou audio.


 


Nous restituons ci-après notre dernière conversation avec Thierry Meyssan, réalisée à 0h30 :


 


« L’OTAN est en train d’effectuer un véritable carnage à Tripoli. On peut estimer le nombre de
morts à plus de 1300 personnes ainsi que plus de 5000 blessés. Les hôpitaux sont débordés. Les forces spéciales de l’OTAN et ses mercenaires liés à Al-Qaïda (2) ont investi plusieurs quartiers.
Ils tirent sur tout ce qui bouge. C’est un véritable débarquement. Les informations données par la chaine Al-Jazeera à propos de la capture de Seif al-Islam ne sont que des mensonges, de même que
l’hôtel Rixos n’a pas été pris d’assaut. »


Egalement sur le Réseau
Voltaire :


Carnage de l’OTAN à Tripoli


Samedi 20 août 2011, à 20h, c’est-à-dire lors de l’Iftar, la rupture du jeûne de Ramadan, l’Alliance atlantique a
lancé « l’Opération Sirène ».


Les Sirènes sont des hauts-parleurs de mosquées qui ont été utilisées pour lancer un appel d’Al Qaeda à la révolte.
Immédiatement des cellules dormantes de rebelles sont entrées en action. Il s’agissait de petits groupes très mobiles, qui ont multiplié les attaques. Les combats de la nuit ont fait 350 morts et
3000 blessés.


La situation s’est stabilisée dans la journée de dimanche.


Un bateau de l’OTAN a accosté à côté de Tripoli, livrant des armes lourdes et débarquant des jihadistes d’Al Qaeda,
encadrés par des officiers de l’Alliance.




Marie-Claire Muller 23/08/2011 14:42




Le chaos Libyen (suite) – par
Guy Millière






Après plus de cinq mois de
bombardements, les forces américaines et quelques avions français et anglais ont intensifié très fortement leurs tirs sur les positions de l’armée du colonel Kadhafi. Du matériel militaire a été
transmis aux « rebelles », et ceux-ci ont pu entrer dans Tripoli. Il semble que la chute du régime soit quasiment un fait acquis.


 


Cela ne change strictement rien au fait que c’est une intervention militaire qui a été mal
préparée, mal engagée, et menée de manière inepte. Et cela, surtout, ne change rien aux doutes qu’on peut avoir sur le gouvernement hâtivement reconnu par la France, le Royaume-Uni et, depuis
peu, les Etats-Unis. Un commentateur américain sur CNN a déclaré que cette reconnaissance était un geste très prématuré et qu’il fallait se garder de tout optimisme. Ce commentateur a l’art de la
litote.


 


Parmi ceux qui se sont félicités de la chute du colonel Kadhafi, on trouve les Frères
musulmans, le Hezbollah, le Hamas : pas vraiment des amis de l’Occident. Al Qaida est restée discrète, et pour cause : les « rebelles » libyens comprennent un nombre certain de membres d’Al Qaida
et d’Al Qaida au Maghreb Islamique. Sur les murs de Benghazi, on n’a cessé de voir des caricatures de Muammar Kadhafi présenté comme un « porc Juif », ou comme un « agent sioniste ». Ce que les
islamistes reprochent à Kadhafi est d’avoir coopéré avec les services de renseignement occidentaux et, en particulier, avec les Etats-Unis, à partir de 2003. 


 


Ce à quoi on peut s’attendre maintenant, et c’est non seulement mon avis, mais celui de gens
dont je respecte profondément les analyses, tels Daniel Pipes ou Victor Davis Hanson, est un bain de sang à Tripoli, et dans d’autres places fortes du régime, telles Sirte, ville de la tribu de
Kadhafi. D’ores et déjà, tous les gens originaires d’Afrique subsaharienne qui ont pu tomber entre les mains des « rebelles » ont subi un sort atroce. Certains de ces Africains étaient des
mercenaires du régime, mais pas tous, loin de là : la Libye, qui a seulement cinq millions d’habitants, fait appel depuis des décennies à une main d’œuvre immigrée venue du Sud du Sahara. Ce
n’est pas un hasard si nombre d’Africains vivant en Libye ont cherché à fuir vers la Tunisie, ou à trouver une embarcation pour l’Europe. 


 


Ce qui est à craindre est un règlement de compte entre factions « rebelles » une fois les
dernières résistances du régime écrasées : ou bien les islamistes et les gens d’Al Qaida prendront le dessus, ou bien ils seront éliminés par des factions plus modérées. La guerre civile peut
s’émietter et se prolonger. La Libye compte environ cent tribus, et se trouve divisée en trois grandes régions : la Cyrénaïque d’où est parti le soulèvement, et c’est une région qui a connu des
soulèvements islamistes dans le passé, la Tripolitaine, et le Fezzan, constituant les régions sahariennes. Kadhafi s’appuyait sur la Tripolitaine et avait des alliances avec les gens du Fezzan.
Le nouveau pouvoir vient de Cyrénaïque très majoritairement. Il comprend aussi des gens passés du camp Kadhafi dans le camp victorieux, par opportunisme. 


 


Le futur est très loin d’être joué. Le scénario pessimiste serait celui d’un glissement vers
un chaos prolongé, façon Somalie, avec fragmentation du pays entre factions rivales. Le scénario optimiste serait qu’un semblant de pouvoir centralisé parvient à se remettre en place, et ce
pouvoir centralisé reposera sur une prédominance islamique, anti-occidentale, anti-israélienne, influencée par les Frères musulmans et d’autres groupes islamistes. Le fait qu’il n’y ait que très
peu d’Occidentaux sur le sol libyen empêche toute possibilité de stabilisation par des forces occidentales. Les Etats-Unis d’Obama sont dans une phase de retrait de troupes en Irak et en
Afghanistan et d’apaisement vis-à-vis de l’islamisme et des Frères musulmans, et ils resteront dans ce mode de fonctionnement jusqu’à la fin du mandat d’Obama. Ni la France, ni la Grande-Bretagne
n’enverront de troupes. On ne peut exclure l’envoi de forces des Nations Unies, et en ce cas, elles seront aussi inefficaces que partout où elles ont été déployées ces dernières années. Total et
British Petroleum devraient bénéficier de contrats pétroliers avantageux si la production reprend, et il faudra des mois avant que les installations soient à nouveau un tant soit peu
opérationnelles. Mais le régime susceptible d’émerger si le scénario optimiste décrit ci dessus se réalise,



Nancy VERDIER 23/08/2011 13:46



Les Tribus vont se réorganiser pour garder chacune leurs fiefs. Je ne crois pas un rassemblement du "peuple" libyen sous une même bannière et en tous cas pas celle de ces "rebelles" qui n'ont
aucune assise dans le pays. Ce sont des fantôches.  A part quelques intellectuels formés et vivant à l'étranger, les libyens vont se raccrocher "au traditionnel". La guerre "civile" ne fait
que commencer...mais il faut également panser les plaies. Je crois que l'OTAN et les américains ont conduit "une expérience", pour voir ce que cela allait donner. Se débarrasser de Kadhafi était
un objectif, et il y a les champs pétroliers, ainsi qu'une assise en médittérannée. Ils vont pouvoir jouer avec les Tribunaux internationaux. Mais pour moi, ce n'est pas à l'honneur de la France.
C'est du sale boulot.... Et puis on peut toujours se poser la question : et maintenant à qui le tour ???