Madame Fourest, face à la charia, vous avez une guerre de retard

Publié le 14 Octobre 2010

DEBATS LAIQUES

par Franck Bernard

Madame, J’étais présent à l’échange organisé par NonFiction au centre Jean Jaures à Paris mardi 14/09/10 en soirée.

Le halal : communautaire ou communautariste ?

J’y étais venu pour vous solliciter sur un passage de votre livre "La dernière Utopie". Page 127 et suivantes, vous tentez d’y distinguer ce qui est communautaire de ce qui est communautariste. Vous citez ainsi le cas de restaurants chinois ou libanais (communautaires) dont vous vous félicitez des apports culturels pour notre pays. Cependant, comme vous le savez, le problème ne porte pas sur le goût des préparations culinaires ou l’origine géographique des recettes que préparent les restaurants mais sur le système économique dans lequel ils décident de s’inscrire : ces restaurants sont-ils halal/casher ou non confessionnels ? Le 14/09/10, ma question aurait pu se formuler ainsi : pour vous, le halal est-ce communautaire ou communautariste ?

Avant que je ne pose ma question, une autre vous fut soumise quasiment dans les mêmes termes concernant la finance islamique.

En substance, votre réponse consista à considérer qu’il n’y avait “rien à dire” au choix d’un organisme privé d’être halal mais qu’il fallait être vigilant au lobby politique qui demande une modification de nos lois pour pouvoir exercer.

Il va de soi que ma question sur les restaurants halal (n’ayant besoin d’aucune modification de la loi pour confessionnaliser toujours plus notre société) aurait été loin d’attirer votre attention.

Pourtant, Madame Fourest, en tant que laïque et républicaine, j’ai peine à penser que vous n’avez vraiment rien à dire à propos d’un système financier :

• Dont les choix dépendent de religieux faisant partie d’un “sharia board”,

• Qui décide (c’est-à-dire accepte ou refuse) des prêts en fonction de la licéité de la religion supposée, de la condition maritale ou des pratiques sexuelles du demandeur.

• Dont les décisions d’investissement doivent être inspirées par le devoir imposé à tous musulmans d’agir pour aider l’islam à triompher dans sa lutte mondiale contre l’association et la mécréance.

En tant que laïque et républicaine, j’ai peine à penser que vous n’avez vraiment rien à dire à ce que la filière alimentaire halal :

• fasse souffrir inutilement des animaux grâce à une dérogation aux lois européennes et françaises obtenue par d’efficaces actions de lobbying religieux,

• collecte un impot religieux supportant un culte et des organisations islamiques chargées de veiller à l’application de la charia (loi de dieu) sur terre,

• réserve des emplois seulement à de "bons" musulmans (emplois de sacrificateurs et de vérificateurs de l’application de la charia en France), discriminant de fait tous les autres demandeurs d’emploi sur un critère confessionnel.

Enfin, madame Fourest, n’avez vous vraiment rien à dire contre ce concept de pureté religieuse (halal) qui se diffuse dans le corps social sous de multiples formes (façon de manger, de s’habiller, de s’adresser aux autres, de se former, de faire du sport, de se marier, de placer son argent, de se faire inhumer, etc...) qui conduit à la constitution de ghettos de plus en plus hermétiques et à une disparition programmée du savoir et surtout du vouloir vivre ensemble “à la française” que tant d’étrangers viennent chercher dans notre pays ?

Contrairement à vous, la question que je voulais vous poser reste pour moi d’actualité : l’application de la charia (par le biais du business halal ou de la finance halal) est-ce communautaire ou communautariste ?

Contre la charia : anti-islam ou pas

Risposte Laïque dont vous avez cité le nom au cours de l’échange du 14/09/10 (en le qualifiant dans la même phrase de populiste, xénophobe et islamophobe) prend clairement position sur la question : pour tous les intervenants de cette revue en ligne, la charia est fondamentalement communautariste. Je comprends mal comment quelqu’un soutenant l’application des Droits de l’Homme puisse être en désaccord avec cette position, ni même hésiter un seul instant.

Affirmer cela, n’est pas nécessairement être anti islam, c’est-à-dire opposé à l’islam en tant que religion. Certains intervenants contribuant à RL sont clairement anti islam, d’autres ne le sont pas mais combattent néanmoins toute religion qui ne reconnait pas la prééminence des lois de la république et vise, par quantité de stratégèmes, à envahir la société civile. Anti islam ou pas, je ne pense pas qu’il relève de la posture d’un/e laïque de s’offusquer de l’opposition à un dogme religieux. Laissons cela aux croyants non laïques de toute obédience. Personnellement, dans la mesure où je respecte totalement la liberté de croire de celui qui croit, je respecte aussi la liberté de ne pas croire (et de le dire) de celui qui s’oppose aux religions qu’il s’appelle Ayaan Hirsi Ali, Taslima Nasreen ou ... Pierre Cassen.

En ce qui me concerne, la couleur de peau, la confession supposée ou l’origine géographique ou culturelle de l’opposant à une religion ne changent rien à ce principe. Toute personne a le droit de critiquer un dogme religieux sans être traité de xénophobe ou de raciste ; et cela même si je ne partage pas totalement cette posture.

Par ailleurs, je pense que nous pouvons tomber d’accord pour reconnaître que, quand la religion catholique était dominante en France, ceux qui bouffaient du curé à tous les repas ont fortement contribué à séculariser la vie des français et à créer ainsi les conditions d’existence de la loi de 1905. Vous reconnaîtrez sans doute que leurs combats laïques étaient autrement plus virulents que les critiques feutrées que vous destinez à l’islam.

Eviter à l’islam cette critique radicale, c’est enfin ne pas aider les musulmans à prendre conscience que la spiritualité peut s’épanouir même sans les pratiques barbares ou rétrogrades que les croyants en cette religion revendiquent ou laissent complaisamment s’exercer envers les animaux, les femmes, les réformateurs musulmans et les non musulmans. Les protestants ont su évoluer en ce sens, les juifs aussi (sous la pression napoléonienne), les catholiques également : pourquoi dispenser l’islam d’une telle évolution et laisser nos compatriotes musulmans seuls aux prises avec une conception moyennageuse de la foi ? Faut-il attendre que cette religion menace les institutions pour que vous vous sentiez concerné ?

Une stratégie en retard d’une guerre

Votre défense de la laïcité me semble, de ce point de vue, être en retard d’une guerre.

Le contexte idéologique a changé depuis 1905, mais votre combat est resté le même. Partant de la définition classique de la laïcité comme séparation des églises et de l’état, vous ne concevez votre combat qu’en terme de défense d’un état contre toutes les religions (considérées sans nuance, qu’elles s’appuient sur des injonctions de lapidation ou sur un devoir de pardon envers la femme adultère !).

Comme vous l’avez reconnu le 14/09/10, même sur cette défense que je trouve grossière et minimale de la laïcité, des rendez-vous ont été manqué par les laïques traditionnels dont vous faites partie :

• quid de la confiscation illégale d’espaces publics au profit d’une religion tous les vendredi à Paris et dans tant d’autres villes en France depuis des années,

• quid du financement des mosquées par des maires qu’ils soient de droite ou de gauche,

• quid de votre vigilance affirmée mais bien peu efficace pour empêcher que la loi européenne sur l’abattage ne soit détournée au profit d’un culte, ou que la législation n’évolue pour permettre l’installation de la finance halal sur notre sol, etc...

Vous avez eu l’honnèteté de nous révéler que certains de vos auditeurs algériens étaient déçus des discours laïques qu’ils entendaient en provenance de France ; je peux vous confirmer que certains de vos auditeurs français sont également fort déçus de constater que l’offensive de la charia dans nos quartiers populaires n’est traitée que par le dédain ou la stigmatisation de ceux qui la dénoncent par ceux-là même qui devraient être aux avant postes de la liberté et de la lutte contre le totalitarisme qu’installent certains musulmans dans nos quartiers.

A nouvel ennemi, nouvelle stratégie

Si le combat classique de la laïcité est nécessaire (encore faut-il le tenir), la nouvelle donne nécessite d’autres champs de lutte pour éviter que la défense institutionnelle de la laïcité que vous ambitionnez de mener ne soit tôt ou tard vouée à l’échec.

Vous ètes prête à faire face à une pression frontale anti laïque contre nos institutions (comme celle de la religion catholique dominante au cours de la Troisième République). Vous avez ainsi construit votre ligne Maginot. Sûre de vos raisonnements théoriques adossées à quelques lois républicaines, vous attendez l’ennemi sans vous rendre compte que votre muraille est déjà fortement fissurée de tous cotés et surtout que notre société a totalement changé depuis une quarantaine d’année et que le pays “à l’arrière” se transforme. J’ai malheureusement la conviction que votre posture est inadéquate et inopérante.

Dans le combat asymétrique que livrent les islamistes en France, le pouvoir et les institutions ne seront pas pris en premier mais en dernier (si c’est encore nécessaire).

C’est la rue, le système économique, la façon de vivre dans nos villes, le statut des femmes et des hommes, le respect des lois qui changent et font pression d’abord sur ceux de confession musulmane, puis sur les non musulmans vivant dans les mêmes quartiers et qui essaient de les fuir (les quartiers pas nécessairement leurs voisins). A ce propos, vos sous entendus et dérapages fréquents associant peuple de France et racisme sont insultants et injustes pour notre peuple qui, au cours de son histoire :

• a su donner au monde une déclaration des droits universels servant de référence culturelle et émancipatrice à la terre entière,

• n’a jamais pratiqué ni l’esclavage ni l’apartheid sur son sol métropolitain,

• et a déjà accueilli et intégré tant d’hommes et de femmes qui aimaient notre pays et ses valeurs. Peu de peuples au monde peuvent se targuer d’un tel palmarés ni dans les Amériques, ni en Asie et encore moins en Afrique.

La charia qui s’installe en France

Quand une société se soumet, d’une façon ou une d’autre, à la charia, comme c’est le cas progressivement en France, nul doute que ses principes de gouvernance (qui reflètent l’âme d’un peuple dans une démocratie) changeront, puisque la pré éminence d’une loi religieuse est acceptée, de gré ou de force, par la majorité du peuple.

La collaboration de nos dirigeants déjà fort répandue pourra alors prendre des postures légalistes en invoquant le suffrage universel. Cette posture remplacera avantageusement le clientélisme communautariste d’aujourd’hui que je vous entends peu critiquer. Cette posture permettra à notre classe politique de faire accepter la suppression ou le détournement des quelques dispositions légales qui contradiront encore l’application pleine et entière de la charia dans notre pays.

Je pense qu’à ce moment vous n’aurez, là non plus, “rien à dire” puisque les formes auront été respectées pour remplacer dans la légalité la république par une théocratie.

Cette inclinaison à se débarrasser de nos principes laïques à la première occasion est déjà largement répandus chez nombre de nos représentants. Elle va :

• du mensonge éhonté d’un Daniel Vailland (PS – ancien ministre de l’intérieur) qui, au micro d’une radio nationale, affirme (contre la réalité des faits filmés et mis en ligne) que c’est la préfecture et non une milice islamique politico religieuse qui pose les barrières bloquant les rues pour permettre l’annexion d’un bout de territoire français afin d’y pratiquer des prières illégales tous les vendredi,

• jusqu’à un Razzy Hammadi (PS – ex responsable des jeunesses socialistes) qui s’oppose à la légitime dénonciation de ces occupations illégales par Marine Le Pen en niant la réalité des faits d’occupation connus de tous grâce à internet. Ce n’est sans doute pas de cette façon que la classe politique reprendra quelque crédit aux yeux des citoyens républicains attachés au principe de laïcité.

Cette même attitude se retrouve dans d’autres domaines. Par exemple, dans ma ville d’Argenteuil, où une chaine de restauration rapide appartenant très majoritairement à l’Etat ne propose plus que de la nourriture permettant d’enrichir un culte sous l’assentiment béat de son maire socialiste au nom d’un nouveau vivre ensemble (il va sans dire que la lettre adressée à mon maire sur le sujet est restée sans réponse : http://www.ripostelaique.com/Lettre-au-maire-d-Argenteuil-qui.html ).

Cette démission de nos représentants élus à faire respecter nos principes laïques et républicains est encore patente quand dans les écoles, les cantines appliquent très majoritairement les interdits alimentaires musulmans (http://www.ripostelaique.com/Accommodements-raisonnables.html) forçant les parents laïques à restreindre la liberté de choix de leurs enfants (à qui il ne souhaite pourtant imposer aucun interdit alimentaire religieux) pour permettre aux bambins religieusement endoctrinés de manger le plat qui leur est réservé par la mairie.

Enfin, tout récemment, la décision du président de l’Assemblée Nationale d’annuler un colloque portant sur l’immigration et l’islamisme sur demande du CFCM qui ne validait pas le choix des invités (un député, un maire, un imam et des associations laïques) est symptomatique d’une prise en main de l’autorité politique par des groupes de pression confessionnels. Sauf erreur de ma part, je n’ai pas noté de réaction audible de votre part sur le sujet. C’est pourtant vous qui nous proposiez, le 14/09/10, de rester vigilant envers les actes de lobbying politiques religieux qui pourraient accompagner l’offensive halal (sur laquelle vous n’aviez rien à dire de particulier).

Lutter contre la charia

Sur ces sujets, votre silence est assourdissant pour ceux qui suivent vos travaux. Il est surtout déshonnorant pour la cause laïque que vous affirmez défendre. Je me félicite qu’il y ai encore en France des défenseurs de la laïcité qui savent voir le danger qui arrive et qui tentent d’alerter nos compatriotes. En effet, certains, abusés qu’ils sont depuis plus de 40 ans par de belles paroles lénifiantes, en arrivent à prendre des vessies pour des lanternes, des mosquées pour seulement des lieux de culte, la viande halal pour seulement une nourriture et le voile pour seulement un habillement féminin.

Le combat pour la sécularisation de la société est maintenant le champs où les laïques doivent principalement s’investir sous peine de ne plus faire respecter le principe de laïcité que le peuple français a élaboré après des siècles de tatonnements et qui fait partie des touts premiers traits de l’identité française dont des milliers d’étrangers veulent profiter chaque année.

Certes, ce combat est bien plus délicat que l’attente, arme aux pieds, derrière quelques lois laïques emblématiques qui s’effondreront d’elles mêmes quand le peuple ne les soutiendra plus. Il est vrai que le combat pour une sécularisation du vivre ensemble (à la fois partie intégrante de notre culture française et avancées émancipatrices de tout peuple qui rejette le communautarisme) est difficile à mener quand tant de laïques cherchent à détourner le sens de toute déclaration publique par des interprétations fondées sur une vision communautaristes ou racialistes du “vivre ensemble”.

Je me rappelle comme vous sans doute lors de l’échange du 14/09/10, la prise de parole de ce militant socialiste qui regrettait de ne plus pouvoir parler de l’islam avec ses camarades lors de ses réunions politiques, paralysés qu’ils étaient tous de “déraper”. Le poids du politiquement correct que vous contribuez à renforcer devrait inquiéter la femme de gauche, normalement attaché à la liberté de parole, de vous dites être.

Ce combat pour les droits humains que menace la charia ne peut exister que si les conséquences de cette idéologie sont communiquées à tous. Empécher de parler sur la charia, empêcher de dénoncer sa barbarie, c’est la renforcer.

Récemment, j’ai constaté que ce sujet essentiel avait été spécifiquement évité dans la campagne qu’a lancé Bernard Henri Lévy (et que vous avez soutenu) pour la liberté de Sakineh. Ainsi, à aucun moment il n’est évoqué le système politico judiciaire de la charia qui légalise la mort par lapidation pour “punir” l’adultère. Pourtant, c’est ce système politico juridique qui génère et génèrera encore des Sakineh (que celle-ci soit sauvée ou pas). Pourtant, il n’y pas si longtemps, je me souviens d’un jeune philosophe à chemise blanche savait critiquer sur le fond le système qui produisait les goulags et les dissidents. Pourquoi aucune critique de la charia dans vos tentatives de sauver une femme légalement lapidée selon la loi de dieu ? Pourquoi aucune allusion au système fasciste de la charia dans votre soutien aux nouvelles dissidentes que sont Ayaan Hirsi Ali, Taslima Nasreen et tant d’autres ...

La barbarie à visage humain se rencontre encore un peu partout dans le monde. Cependant, c’est maintenant dans la perspective du djihad mondial (dont la pierre angulaire est l’application de la charia) qu’elle fait système. A la différence du nazisme ou du communisme, la barbarie actuelle s’appuie sur un soubassement religieux et identitaire de plus de mille ans.

Un combat pour tous

La sauvegarde du monde libre a besoin de tous ses défenseurs. Encore faut-il qu’ils soient plus enclin à agir contre le totalitaire religieux actuellement le plus violent que de s’opposer aux laïques qui veulent défendre leurs valeurs émancipatrices et refuser l’intolérable aux pieds de leurs immeubles. Encore faut-il que ceux qui veulent défendre la laïcité en pensant ne pas avoir à agir contre la confessionnalisation croissante de nos espaces partagés agissent activement pour faire reculer tout accommodement entre nos politiques et l’islam politique plutôt que de rationnaliser sur le recul des principes laïques que l’on constate depuis des années.

J’espère que cette lettre ne vous aura pas blessé et qu’elle ne rejoindra pas la pile de celles que vous considérez comme issues du cerveau déstabilisé d’un islamophobe raciste et xénophobe. Elle ne vise pas à polémique. Elle n’attend pas non plus une réponse. Je préfère de beaucoup que votre temps soit consacré à défendre la laïcité de façon efficace même dans le cadre de votre stratégie que je trouve sous optimale. Cette lettre tend seulement à attirer votre attention sur cette stratégie qui me semble en partie contre productive pour défendre la laïcité dont vous désirez comme moi la préservation.

En espérant vous avoir appelé à une réflexion sur l’efficacité de votre combat laïque, veuillez agréer, Madame, mes sentiments les plus respectueux.

Franck Bernard

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Politique Française

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