Mai 1980 – Le leader des Frères Musulmans Ismail Faruqi a mis en évidence le rôle de l’immigration musulmane dans l’islamisation de l’Amérique du Nord - Par Point de Bascule.

Publié le 7 Janvier 2013

En 1980, le symposium Les dimensions de l’islam en Amérique du Nord (Dimensions of Islam in North America)s’est déroulé à l’Université de l’Alberta (Edmonton). À cette occasion, Ismail Faruqi a prononcé un discours qui s’intitulait Les idéaux islamiques en Amérique du Nord (Islamic Ideals in North America). Une partie de son discours portait sur la mission des immigrants musulmans. Selon Faruqi, ceux-ci ont deux devoirs :

  1. Inviter les non-musulmans à l’islam;
  2. Transformer la réalité nord-américaine pour qu’elle se conforme aux normes islamiques.

Selon Faruqi, les peuples qui vivent déjà en Occident doivent être «détournés de leur malfaisance passée». À l’époque, il avait conclu sa présentation en affirmant que «Rien ne serait plus remarquable que de voir ces (…) peuples de l’Occident marcher sous la bannière d’Allahu Akbar!» Le but de Faruqi n’était rien de moins que l’islamisation de l’Amérique du Nord.

En 1977, Faruqi, Youssef Qaradawi et d’autres leaders des Frères Musulmans se sont rencontrés à Lugano (Suisse) pour établir les bases de ce qui allait devenir l’International Institute of Islamic Thought (IIIT) quatre ans plus tard. Basé à Herndon (Pennsylvanie), l’IIIT fournit aux activistes islamistes les ressources théoriques pour faire appliquer la charia dans leur environnement non-musulman et transformer les institutions là où ils vivent pour qu’elles se conforment aux normes islamiques.

Ismail Faruqi – Les idéaux islamiques en Amérique du Nord

Extraits du discours donné au symposium Dimensions of Islam in North America
Université de l’Alberta – 27-31 mai 1980
(Traduction française de Point de Bascule)

p.268 / La vision islamique présente à l’immigrant (musulman) un nouveau défi et une nouvelle promesse en lui imposant le devoir d’inviter tous les non-musulmans à l’islam et en lui rappelant que, par ses paroles et ses actions, il doit être le témoin de Dieu sur terre, son vice-régent qui établit les institutions de l’islam et qui fait triompher la parole et le jugement de Dieu.

p. 269 / Tôt ou tard, il (l’immigrant musulman) doit réaliser que son émigration de la terre qui l’a vu naître, permise et arrangée par Dieu, et rendue fructueuse par lui grâce à une relocalisation sur un nouveau territoire, est rattachée à sa nouvelle tâche qui consiste à inviter les non-musulmans à accepter Dieu. (…) Dieu ne l’a-t-il pas envoyé vers sa nouvelle Médine afin qu’il puisse librement inviter les gens à accepter la vérité?

p. 269 / La vision islamique fournit à l’immigrant (musulman) le critère par lequel il peut comprendre, juger et chercher à transformer les réalités malheureuses de l’Amérique du Nord.

p. 269 / La vision islamique fournit à l’immigrant (musulman) un profond amour, un attachement et un désir de voir une Amérique du Nord réformée, ramenée à Dieu, qui transmet Son message et Sa loi à l’humanité ici et ailleurs. Rien ne serait plus remarquable que de voir ces peuples jeunes, vigoureux et débrouillards de l’Occident se détourner de leur passé et marcher sous la bannière d’Allahu Akbar!

p. 270 / La vision islamique fournit aux immigrants (musulmans) de même qu’aux convertis nés ici le sentiment qu’ils ont une mission à accomplir.

Le discours complet d’Ismail Faruqi (en version originale anglaise) est disponible ICI

Quand Faruqi mentionne que les immigrants musulmans devraient considérer leur nouveau pays comme leur propre Médine, il fait référence au fait que, d’après les historiens musulmans, au début de l’islam, Muhammad et ses supporteurs avaient dû migrer de La Mecque à Médine avant de pouvoir accroître substantiellement leur influence et conquérir des territoires. De nos jours, demander à un musulman de considérer son nouveau pays comme une Médine, c’est une métaphore qui revient à lui demander d’islamiser la région où il vit et ses environs.

Dans ces circonstances, quand des agences gouvernementales occidentales se fient à des organisations liées aux Frères Musulmans et les subventionnent pour qu’elles «intègrent» les immigrants musulmans, elles obtiennent inévitablement le résultat contraire. Elles se trouvent à favoriser la ghettoisation des nouveaux immigrants et l’islamisation de leurs propres pays.

Dans son livre Priorities of the Islamic movement in the coming phase (chapitre 4), Youssef Qaradawi, qui a établi les bases de l’IIIT avec Faruqi, enjoint spécifiquement ses supporteurs de développer des «ghettos musulmans» en Occident. En 1995, Qaradawi a lancé l’appel aux musulmans de conquérir l’Occident.

Ismail Faruqi alimentait le ressentiment des immigrants musulmans face à l’Amérique du Nord et les décourageait d’utiliser leurs habilités pour améliorer leur sort personnel

Ce qui s’est dit lors du symposium Dimensions of Islam in North America à Edmonton en 1980 est consigné dans deux documents :

  1. Un rapport de l’événement (proceedings);
  2. Le livre The Muslim Community in North America publié en 1983. Ce livre contient des versions corrigées des discours qui ont été livrés au symposium, des annexes sur les organisations musulmanes qui étaient actives en Amérique du Nord en 1980, un glossaire, etc. Une partie importante du livre est disponible sur Google Livres.

Une portion du discours de Faruqi qu’on retrouve dans le rapport (proceedings) n’a pas été reproduite dans le livre. Faruqi y déclare que les récents immigrants musulmans n’ont pas de futur en Amérique du Nord sauf s’ils se joignent à son offensive qui vise à islamiser le continent. Il déclare ce qui suit :

(Traduction PdeB) La possibilité que (les immigrants musulmans) puissent contribuer de façon significative à (la culture occidentale), quelles que soient leurs talents, est nulle.

(Version originale) (T)he gates of significant contribution to (Western culture) by whatever creative talent (Muslim immigrants) may possess are forever closed.

Quand une proportion importante de leaders d’une communauté se comporte comme Faruqi et fait tout ce qu’elle peut pour convaincre les nouveaux immigrants que leurs efforts ne seront pas récompensés dans leur nouveau pays et qu’au lieu de se forcer pour se faire une place au soleil, les nouveaux immigrants devraient se joindre au combat pour «détourner» leur nouveau pays de son passé et l’islamiser, il ne faut pas se surprendre que les nouveaux immigrants qui appartiennent à cette communauté aient des problèmes importants de chômage et d’intégration.

Plus prévaut une telle conception chez une catégorie particulière d’immigrants, plus prévaut une telle conception chez ceux censés aider les nouveaux immigrants à «s’intégrer» à leur nouvel environnement et plus ce sera difficile pour ces derniers de se trouver un travail, de le garder et de se baser sur leurs propres ressources pour améliorer leur situation personnelle.

La partie du discours de Faruqi qui est seulement disponible dans le rapport (proceedings) est archivée sur Point de Bascule.

Le symposium subventionné par le régime de Saddam Hussein a ignoré la présence chiite en Amérique du Nord

Bien que le symposium d’Edmonton se soit intitulé Les dimensions de l’islam en Amérique du Nord (Dimensions of Islam in North America), il n’a pas pris en compte la réalité chiite sur le continent. Abdulaziz A. Sachedina, professeur d’Études religieuses à l’Université de Virginie l’a fait remarquer dans un texte de 1994 (note 2) que lui-même consacra à la réalité chiite en Amérique du Nord.

La situation peut probablement s’expliquer en partie par le fait que l’ambassade d’Irak au Canada appuya financièrement le symposium au moment où Saddam Hussein préparait la guerre contre l’Iran. Vraisemblablement, le régime de Saddam Hussein tentait d’amener les intellectuels musulmans rassemblés à Edmonton à supporter sa cause dans la guerre qui s’annonçait. L’appui de l’Irak à la conférence est mentionné dans la préface du livre The Muslim Community in North America.

La liste des conférenciers au symposium de 1980

Voici la liste des conférenciers au symposium telle qu’elle apparaît dans le livre The Muslim Community in North America (p. xi). De courts profils de trois des conférenciers suivent cette liste.

Muhammad ABDUL RAUF, Université des Émirats arabes unis
Baha ABU-LABAN, Université de l’Alberta
Charles J. ADAMS, Université McGill / Montréal QC
Lila FAHLMAN, Écoles publiques d’Edmonton
Ismail FARUQI, Université Temple, Philadelphie PA
Yvonne HADDAD, Séminaire de Hartford
Murray HOGBEN, Collège militaire royal de Saint-Jean
C. Eric LINCOLN, Université Duke / Durham NC
Emily KALLED LOVELL, Université Arizona State
Lawrence H. MAMIYA, Collège Vassar / Poughkeepsie NY
Azim NANJI, Université Oklahoma State
Siddieq NOORZOY, Université de l’Alberta
Regula B. QURESHI, Université de l’Alberta
Saleem M. M. QURESHI, Université de l’Alberta
Mahmud SAMRA, Université de Jordanie
Earle H. WAUGH, Université de l’Alberta

YVONNE Y. HADDAD

En 1980, elle était professeure au Séminaire de Hartford. Aujourd’hui, elle enseigne au Prince Alwaleed Center for Muslim-Christian Understanding à l’Université Georgetown. En 2005, le prince saoudien Alwaleed bin Talal a fait undon de $20 million au Centre qui porte son nom. Le Centre est dirigé par John Esposito, un supporteur de longue date des Frères Musulmans.

En 2008, GMBDR a rapporté que l’IIIT, l’organisation fondée par Faruqi avait appuyé financièrement des conférences auxquelles Yvonne Haddad participait.

Investigative Project on Terrorism indique que Haddad, Esposito et d’autres intellectuels qui leur sont associés «aident à justifier le faux concept de fondamentalisme islamique modéré en répétant les prises de position publiques de fondamentalistes rusés (savvy) plutôt que d’examiner le matériel distribué par ces leaders à leurs propres militants, ce qui est la véritable façon de déterminer les intentions qui les animent.»

EARLE H. WAUGH

Waugh est professeur à l’Université de l’Alberta, tout comme il l’était lorsque le symposium s’est déroulé en 1980. Dans une vidéo de 2006 mettant en vedette Khalid Tarabain, Waleed Najmeddine et d’autres leaders du Edmonton Council of Muslim Communities (ECMC), il accueille avec enthousiasme la mise sur pied d’une Chaire d’études islamiques parrainée par l’ECMC à l’Université de l’Alberta. Plusieurs des organisations associées aux Frères Musulmans qui appartiennent à l’Inter-Masajid Shura (IMS) appartiennent également à l’ECMC. Contrairement à l’IMS cependant, des organisations musulmanes non-sunnites sont associées à l’ECMC.

Faisant allusion aux vagues de violence islamiste dont nous sommes témoins depuis plusieurs années, Earle Waugh déclarait dans la vidéo de 2006 que la mise sur pied d’une Chaire d’études islamiques à Edmonton devrait contribuer à «renverser la situation dans laquelle les musulmans se retrouvent, situation qui a vu une infime minorité détourner toute une religion».

Si la mission de l’ECMC était de stopper l’extrémisme islamique, ses leaders auraient choisi quelqu’un d’autre qu’Ibrahim Abu-Rabi comme premier détenteur de la Chaire d’études islamiques. Jusqu’à sa mort en 2011, Abu-Rabi était associé de près aux Frères Musulmans.

En 2007, GMBDR a rapporté qu’Abu-Rabi était allé en Grande-Bretagne pour donner un cours qui était annoncé par le Muslim Council of Britain, l’organisation locale des Frères Musulmans.

En autant qu’Abu-Rabi ait été concerné, la révolution iranienne représentait le modèle qui devait inspirer les musulmans. En 2008, il a déclaré que «la seule révolution islamique qui ait réussi jusqu’à maintenant est celle qui a été menée par Khomeini».

Dans un texte de 1991 (p.90), Earle H. Waugh lui-même a décrit le régime iranien comme «entêté et violent» (“wilful and violent”).

Dans son livre qui porte sur Les origines intellectuelles du renouveau islamique dans le monde arabe moderne (Intellectual origins of Islamic resurgence in the modern Arab world), Ibrahim Abu-Rabi s’est attardé à la contribution théorique du fondateur des Frères Musulmans. Il a écrit qu’on doit se souvenir de Hassan al-Banna comme de celui qui s’est efforcé de faire passer la mosquée «d’une place statique vouée au culte à un centre de la révolution islamique». (pp. 76-77)

Contrairement à ce qu'affirme Earle Waugh, on ne trouve pas dans les prises de position passées d'Ibrahim Abu Rabi des éléments qui permettent de conclure que l'ECMC soit engagé dans une direction différente de celle de cette soi-disant «infime minorité» d’extrémistes qui aurait «détourné» la religion.

MUHAMMAD ABDUL RAUF

Dans le discours qu’il a livré à Edmonton en 1980, Muhammad Abdul-Rauf n’a pas ouvertement enjoint les immigrants musulmans d’islamiser leur nouveau pays comme l’avait fait Faruqi mais il leur a néanmoins rappelé que «l’islam a une longue tradition d’expansion en dehors de son territoire d’origine». (p. 272)

Selon Discover the Networks, «Dr. Muhammad Abdul Rauf (1917-2004) était originaire d’Égypte et un contemporain de Hassan al-Banna, le fondateur des Frères Musulmans. Il a été professeur à l’Université al-Azhar jusqu’en 1948. En 1965, il a déménagé à New York où il acheta un terrain de Manhattan grâce à des contributions de $1,3 million fournies par l’Arabie saoudite, le Koweit et la Libye de Kadhafi. Après quelques années on y a bâti un important centre culturel islamique. Muhammad Abdul Rauf est le père de Feisal Abdul Rauf».

Des définitions étonnamment franches du jihad, de la taqiya et d’autres concepts islamiques

Dans le glossaire de termes islamiques ajouté au livre The Muslim Community in North America en 1983, le termeJihad est défini sans détour comme la «guerre menée contre tous ceux qui ne sont pas musulmans»De nos jours, des définitions comme celles-là sont quasi-introuvables dans les documents officiels. En 2012, même des services de police comme la GRC font toutes sortes contorsions pour éviter de recourir à la terminologie utilisée par les islamistes eux-mêmes.

Quatre exemples de définitions franches qui complémentent les textes de Faruqi, Haddad et Abdul Rauf. Les traductions françaises sont de Point de Bascule.

Dhimmi : Un adepte d’une religion tolérée par l’islam, par exemple le christianisme et le judaïsme

Dhimmi: A follower of a religion tolerated by Islam, i.e. Christianity and Judaism

Jihad : Guerre menée contre tous ceux qui ne sont pas musulmans; parfois un combat contre des défauts personnels

Jihad: War against all who are not Muslim; sometimes the battle against personal evils

Kafir (pl. Kufr) : Littéralement, «celui qui cache la vérité». Généralement, le terme désigne les incroyants (les non-musulmans)

Kafir (pl. Kufr): Literally, “the one who covers up the truth,” but generally the word for unbeliever

Taqiya : Dissimuler les principes lorsque leur présentation au grand jour risque d’entraîner la persécution; particulièrement utilisée par les chiites

Taqiya: Camouflaging principles when admitting them would invite persecution; especially utilized by the Shi’ites

Le manuel de charia Umdat al-Salik (Reliance of the Traveller) approuvé par l’IIIT (fondé par Ismail Faruqi) explique en détails les circonstances dans lesquelles les musulmans sont autorisés de mentir.

Canoe.ca (11 juillet 2012): La GRC prescrit à ses policiers d’éviter l’utilisation de termes islamistes «incendiaires» (Mounties instructed to avoid 'inflammatory' Islamist terms)

Références supplémentaires

Point de Bascule (9 février 2012) : Ismail Faruqi : Leader musulman à Montréal (1958-1967) et fondateur du principal centre de recherche des Frères Musulmans en Occident (1981)

Point de Bascule (3 août 2011) : Tariq Ramadan enjoint ouvertement les musulmans de coloniser les États-Unis

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Le Nazislamisme

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mika 07/01/2013 19:27


Roger Botte :
Pourquoi le Coran n'a-t-il pas interdit l'esclavage?



http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=8J9aXVXZ5z0#!