Manuel Valls a écrit un livre et bien entendu, il ne fera pas ce qu'il a écrit

Publié le 21 Juillet 2012

De l'opposition au pouvoir, des promesses aux réalités, des désirs aux mensonges. Manuel Valls a écrit un livre et bien entendu, il ne fera pas ce qu'il a écrit. Les plus heureux se sont les gens de l'UMP qui enfin vont pouvoir délirer à leur tour et affirmer des certitudes qu'ils oublieront par la suite. C'est le jeu binaire de la politique française. Je te tiens, tu me tiens par la barbichette!  Il est plus que temps de faire exploser cette configuration.

Gérard Brazon

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Valeurs Actuelles

Statistiques de la diversité, détention des mineurs, réhabilitation de l’ordre : nous avons retrouvé ce qu’écrivait le ministre de l’Intérieur en 2011, dans son livre “Sécurité, la gauche peut tout changer”. Suivra-t-il ce programme ?

Où l’insécurité est-elle la plus criante ? […] Où les règlements de comptes sont-ils les plus nombreux ? Quelles sont les zones de non-droit où l’angoisse et la peur, comme un brouillard épais, empêchent de vivre et de circuler sereinement ? La réponse, tout le monde la connaît. Personne ne veut la clamer haut et fort. Et qu’on ne me parle pas de stigmatisation.[…] S’habiller de la fausse pudeur du politiquement correct, c’est mettre sous couvercle un problème que l’on n’a pas le courage de régler. Ces lignes auraient pu être écrites par l’un des spécialistes “musclés” de la sécurité que compte la droite dans ses rangs. Elles l’ont été par un député socialiste, candidat à la primaire, porte-parole du candidat Hollande et nouveau ministre de l’Intérieur. Manuel Valls, à l’époque député de l’Essonne et maire d’Évry, a fait de la sécurité son cheval de bataille (« J’ai dû, confronté à cette dure réalité, faire évoluer mes convictions face à la violence inouïe entre les bandes rivales, la gangrène de la drogue, les dégradations, les incivilités, les occupations illicites des gens du voyage. »). Avec d’autres au PS (Delphine Batho, Julien Dray, Bruno Le Roux), il a voulu libérer le parti de ses lubies angéliques, incarnées aujourd’hui au gouvernement par Christiane Taubira.

Son livre sonnait en 2011 comme un acte de candidature au poste de “premier flic de France”. Il ne doit pas être mis entre les mains de la nouvelle ministre de la Justice : elle y découvrirait la profondeur du gouffre qui la sépare de son collègue de la place Beauvau. Elle comprendrait aussi pourquoi, sur déjà nombre de sujets, il douche ses ardeurs.

« L’histoire de la gauche est marquée par une parfaite dichotomie, voire une schizophrénie idéologique lourde, en matière d’ordre et de sécurité », analysait Valls en 2011. Un « malaise »(sic), fruit d’un postulat tenace au PS, selon lequel « l’insécurité serait uniquement une conséquence de l’injustice sociale, au-delà de toute responsabilisation du contrevenant ou du criminel ». Sans concession, Valls instruit dans son livre le procès de Sarkozy, coupable selon lui d’avoir mené une « politique du chiffre » doublée d’une « course à l’échalote » pour séduire les électeurs du Front national. Mais il accuse surtout son camp : « La gauche au pouvoir aura aussi le devoir de comprendre les échecs de ce qui, quatorze ans auparavant, en a été le prototype : la police de proximité. »Le ton est sans appel, le constat incisif et les formules lapidaires. Les titre de chapitres (« Une justice au pain secdes prisons en miettes »« Mieux punir les enfants de la République »« Parlons ghetto »…) laisse imaginer que le nouveau ministre ne cédera pas un pouce de terrain au politiquement correct. Revenant sur une polémique qui l’avait touché (il avait été filmé sur un marché d’Évry, parlant des « Blancs, Whites, Blancos »), Valls persiste et signe :

« J’entends déjà certains m’objecter avec cécité et précipitation – drapés de sublimes principes humanistes et auréolés de lauriers antiracistes – qu’il est interdit de faire des amalgames entre la couleur et la pauvreté, la couleur et les difficultés sociales, la couleur et l’insécurité. […] Je veux, en tant que responsable de gauche, pouvoir parler en conscience […] de sécurité, de nation, de laïcité, de couleur, librement. Et si je dois choquer les âmes frileuses, eh bien j’emploierai avec d’autant plus de conviction ces mots comme des marteaux pour clouer le bec aux autruches de la pensée. »

Quand Manuel Valls détaille une sorte de “catalogue” de ses positions sur les grands sujets touchant à la sécurité, ses propos détonnent. Au sujet de l’ordonnance de 1945 sur les mineurs : « Confrontés que nous sommes à cette violence et cette précocité toujours plus importantes, les beaux principes de l’irresponsabilité pénale [des mineurs, NDLR] peuvent parfois paraître un peu désuets. […]La prison reste une solution, dans certains cas les plus graves. »Il récuse le terme cher à Ségolène Royal d’« ordre juste » « le simple fait d’accoler au mot “ordre” l’épithète “juste” est l’aveu inconscient pour la gauche que l’ordre seul est vécu comme une dérive, une menace. »

Cécile Duflot non plus ne devrait pas lire ce livre. Attachée à la dépénalisation du cannabis, elle serait sûrement déçue : « Certains de mes amis à gauche proposent la légalisation pure et simple. Je m’y oppose formellement. […]La légalisation serait une défaite morale et philosophique pour la gauche. »Et de promouvoir l’idée de « statistiques de la diversité » (tout en se défendant de parler de “statistiques ethniques”), qui seraient « une révolution ». Il poursuit, mettant à jour son bréviaire réactionnaire : « La vidéosurveillance – n’ayons pas peur des mots ! – produit de formidables résultats […]. » Valls cite même comme une référence la politique sécuritaire menée par Serge Grouard, député du Loiret et maire UMP d’Orléans, dans sa ville.

Certaines déclarations prennent leur sens une fois la gauche arrivée au pouvoir et son trublion installé à la tête du ministère de l’Intérieur :

« Je veux réhabiliter l’ordre en tant que tel, dans ses vertus structurantes et libératoires pour l’individu. » Il évoque longuement la question de la surpopulation carcérale (« dans ces conditions, nous ne pourrons pas échapper à la création de nouvelles places de prison »), mais aussi les contraintes budgétaires qui gênent toutes les politiques publiques : « Étant donné la situation de nos comptes publics, […] nous n’aurons malheureusement pas les moyens, à court terme, de revenir sur la totalité des suppressions d’effectifs […]. »Valls pense sans tabous et sans états d’âme. Son credo ? « Sortir de la politique du chiffre et tendre vers une culture du résultat. »

Le journal l’Express le surnommait récemment en couverture « le socialiste de droite ». Valls déteste qu’on le compare à Sarkozy ou qu’on lui fasse remarquer sa proximité avec le camp d’en face. Pourtant, son nom revient en boucle quand il s’agit pour un membre de l’UMP de dire du bien d’un adversaire. De lui, Valérie Pécresse dit qu’« il a moins de réflexes idéologiques et sectaires que la plupart des socialistes. Il a plus d’ennemis dans son camp qu’à droite ! » Il bouscule son camp (« Le mot socialiste ne veut plus rien dire »), mais son positionnement lui vaut d’être – de loin – le membre le plus populaire du gouvernement. Ses prédécesseurs Guéant et Hortefeux, comme Copé, ne cachent pas leur affection pour cet atypique. Avec des ennemis comme eux, plus besoin d’amis. Geoffroy Lejeune

Sécurité, la gauche peut tout changer, de Manuel Valls, Éditions du Moment, 2011.

Sécurité : la gauche peut tout changer
Valls, Manuel
Ed. du Moment(avril 2011)

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Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Point de vue

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Epicure 21/07/2012 19:59


Les gens de gauche , Valls inclus, sont en contradiction avec eux mêmes...et avec le réel! Cela fait un peu beaucoup pour pouvoir penser juste et gouverner!


En conséquence ils vont se planter magsitralement ! L'échec est préprogrammé.
Nous allons rigoler...
Ne vous trouvez pas, en attendant, au mauvais endroit au mauvais moment!