Marie-Neige Sardin déclarée coupable en 8 actes - par Caroline Alamachère.

Publié le 13 Juin 2011

par Caroline Alamachère - Riposte laïque

Acte I – L’arrivée au tribunal

La file d’attente traine un peu, le détecteur est en panne et les messieurs rechignent à retirer leur ceinturon au passage du portique. Forcément, ils ont pris le temps de se faire beau, chemise blanche impeccable, I-phone dernier cri, coiffure sophistiquée et bien sûr ils sont venus avec leur femelle, faire-valoir de service pour les accompagner. Pas de fouille au corps pour compenser la grève intempestive de l’appareil, rien. Une grenade ou un couteau peuvent donc tout à fait pénétrer à l’intérieur du tribunal, il suffit de dire avec votre plus grand sourire que c’est votre portable qui fait du boucan et c’est bon. Bon à savoir.

Acte II – Prise de la température

Les réjouissances se passent dans la même salle que la dernière fois, chambre 14. Je vois des gens assis de l’autre côté de la porte vitrée et hésite à entrer. Voyant que les robes noires ne sont pas encore présentes j’entre alors et cherche du regard Marie-Neige et sa bande et ne vois qu’une tribu de mâles au premier plan et quelques personnes par ci par là. Perplexe, je cherche mieux et finis par apercevoir une petite tache rose près du mur du fond qui a l’aspect de Marie-Neige. Elle me regarde sans me faire signe comme si elle était là sans y être vraiment. Ce qui me frappe d’emblée c’est que Marie-Neige a un banc entier pour elle toute seule. Ça doit être pour ça que je ne l’avais pas vue au premier regard : je cherchais un groupe. Je traverse la salle et vais m’assoir à ses côtés. Je demande bêtement où sont les autres… il n’y a pas d’autres en fait. Bon, il va falloir faire sans. C’est vrai que ce n’est qu’un délibéré qui ne devrait durer que le temps de dire le montant de l’amende, pas de spectacle prévu a priori, à moins que Marie-Neige ne se mette tout d’un coup à danser sur l’air de la Bamboula de Carlos mais il y a quand même assez peu de chance.

Acte III – La feuille de lierre

Après quelques paroles échangées, Marie-Neige me montre quelque chose qu’elle triture dans sa main et m’explique que c’est une feuille de lierre, une façon d’avoir un morceau de nature avec elle en ces circonstances difficiles. « C’est une habitude » me dit-elle avec un petit sourire qui cache mal sa gorge nouée. Ça me fait soudain penser à quelque chose, je cherche fébrilement dans mon sac un trèfle à 4 feuilles qu’on m’avait donné et lui tends, juste au cas où, histoire d’avoir un peu de soutien supplémentaire. Quand le concret se dérobe sous vos pieds, il ne coute rien de faire appel à l’imaginaire, quitte à passer pour une bille. Etre superstitieux ou ne pas l’être, telle est la question.

Acte IV – Le flic relaxé

La bande de mâles assis dans la rangée de gauche est grave et disciplinée. On est bien dressé dans la police. Le prévenu est appelé à la barre et la juge lui annonce sa relaxation. C’était évident et je suis soulagée pour lui. Il retourne vers ses collègues sans un sourire, j’imagine qu’il fera la fête plus tard. Ses collègues ont quant à eux une joie rentrée mais forcément perceptible, l’un d’eux frappe doucement la cuisse de son collègue en guise de félicitation, démonstration virile mais contenue du rugbyman dans un vestiaire.

Puis dans un même élan ils se lèvent tous et sortent de la salle. Ce flic était bien entouré, ça a dû lui faire chaud au cœur.

La feuille de lierre est en train de se désagréger sous ses doigts…

Acte V – Marie-Neige est coupable

On appelle Mme Sardin à la barre. Je ne le sens pas, c’était trop mal engagé, le taureau a déjà les oreilles coupées, l’estocade est inévitable. Quatre petits ronds d’un trèfle séché ne feront pas le poids.

Mme Sardin est coupable ! Coupable d’avoir prononcé des mots dont rien ni personne ne pourra jamais prouver qu’ils ont été prononcés. C’était parole contre parole mais certaines paroles ont plus de valeur que d’autres surtout si on les a inventées et montées en épingle. Il se dit que les absents ont toujours tort, ce jeudi il a été prouvé que c’est faux. La pseudo-victime était absente aux deux séances et c’est pourtant elle qui a eu raison. Elle a eu raison d’une femme qui ne lui a rien fait, qui ne l’a pas insultée, qui lui a juste demandé en pleine nuit d’arrêter de faire la bamboula. La susceptibilité et la mauvaise foi peuvent détruire une vie mais ce n’était manifestement pas le problème de la procureure qui n’a vu qu’une raciste dans cette libraire décidément bien infréquentable.

500 euros d’amende sont requis + 90 euros pour les frais. Les deux chefs d’accusation retenus justifiant cette amende de 500 euros sont d’une part « l’injure envers un particulier en fonction de sa race, de sa religion ou de son origine, par parole, écrit, image ou moyen de communication au public par voie électronique » et d’autre part le refus de s’être soumise aux opérations de relevés signalétiques, lequel refus était lié au traumatisme du viol puisque Marie-Neige ne supporte plus le contact physique. Une raison parfaitement défendable et que n’importe quel individu doté d’un cerveau serait capable de comprendre mais madame le procureur ne l’a pas compris. C’est drôle, je pensais qu’une femme était forcément mieux placée pour comprendre le viol et ses conséquences en termes de traumatisme. Je me trompais. Peut-être que lorsqu’on occupe certains postes on cesse d’être une femme ou pire encore, on cesse d’être un être humain.

Marie-Neige Sardin a subi hier un 2e viol en quelque sorte, en public cette fois, un public sage et silencieux à moins que ce ne soit de l’indifférence.

Acte VI – L’injure au tribunal

La greffière fait signe à Marie-Neige de venir signer des papiers, là tout de suite, le tribunal est pressé. Marie-Neige refuse de signer sans avoir lu avant ce qui est écrit, chose sur laquelle toute administration même judiciaire insiste habituellement. Hélas, ce qui vaut pour le citoyen lambda est perçu dans ce cas comme une énième provocation et la présidente le fait savoir « c’est un manque de respect, une injure au tribunal ! ». Voilà. Sachez donc que lire un document émanant d’un tribunal avant de le signer est injurieux.

Venant de personnages qui 15 jours plus tôt ont torturé pendant ¾ d’heure un policier parce qu’il n’avait pas relu son procès-verbal avant de le signer est assez comique, enfin si l’on est prêt à rire de tout.

Acte VII – Larmes, stupeur et tremblements

Nous quittons la salle dans un état de sidération. Marie-Neige tremble, elle veut écrire quelque chose mais ses mains l’abandonnent. L’avocate ne peut que constater une injustice qui ne l’étonne plus. Pragmatique elle suggère de faire appel. Les larmes coulent sur les joues rougies de Marie-Neige. On a envie de la prendre dans ses bras pour qu’un instant au moins elle s’abandonne au chaud mais comment prendre dans ses bras quelqu’un qu’on ne peut toucher ?

Acte VIII – La libre pensée

Alors que je suis dans le bus pour rentrer chez moi, je vois au dehors une plaque de rue « rue de la Libre Pensée »… Je descends du bus pour la prendre en photo. Un mec me demande ce que je photographie, je lui dis et il se met à me regarder comme si j’avais perdu l’esprit.

Moralité

J’ai appris trois choses en ce jeudi : la première c’est que les absents n’ont pas toujours tort. La deuxième c’est que la libre pensée n’est désormais plus qu’un concept vide, tout comme la justice. Et la troisième c’est que les trèfles à 4 feuilles peuvent avoir de graves défaillances.

Caroline Alamachère

http://refairelemonde.canalblog.com/archives/2011/06/10/21368616.html 

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Coups de gueule

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francis CLAUDE 13/06/2011 23:00



aprés Zemour, je l'avais bien ecrits déja sur ce blog vous vous attendiez a quoi???