Marie-Neige Sardin : le terme « bamboula » est-il raciste ? Par Caroline.

Publié le 28 Mai 2011


C’est un tribunal en plein travaux qui m’accueille, la confusion est assez consternante entre les bâches, l’absence de bureau d’accueil, le manque de signalétique, je tournicote un moment avant de trouver la chambre 14. La porte est fermée avec quelques personnes qui stationnent devant, deux jeunes dont un assez enrobé, un homme en costume assez baraqué. Hésitante je lui demande s’il fait partie du tribunal, il me répond que non. J’aperçois alors Marie-Neige sagement assise sur un banc avec d’autres personnes. Petite présentation en règle de ces convives un peu particuliers, chacun y allant de sa petite spéculation sur le sujet du jour. Nous sommes sept aux côtés de Marie-Neige, un chiffre porte-bonheur…

Marie-Neige essuie ses mains moites sur son haut bariolé portant dans le dos la mention « love »… Au bout d’un moment on nous invite à entrer dans une salle sans âme, mélange incertain de briques et de béton à peine égayée par des néons blafards et une vieille moquette élimée. Nous nous installons sur des bancs en bois que nos postérieurs vont rapidement maudire et observons les mouvements des robes en essayant de deviner qui est quoi. La Présidente entre, c’est une femme d’un certain âge, ses assesseurs également, les deux procureurs sont plus jeunes. Il n’y a que des femmes. Optimiste, je me dis qu’une femme d’un certain âge ne devrait pas trop tiquer sur l’expression « faire la bamboula ».

La première affaire concerne un vol. Je reconnais les deux jeunes qui attendaient devant la porte. Ils s’en tirent plutôt bien compte tenu du montant du vol avec pas mal de sursis et un travail d’intérêt général. Les deux dossiers suivants sont ajournés, s’ensuit une suspension de séance. Au dehors on entend crier une femme. L’une des deux procureurs s’exclame « c’est Mme Sardin ?! »… Manifestement elle est au courant que Marie-Neige est une grande gueule : une femme qui crie ne peut-être que Mme Sardin. Ça promet.

Une première interruption a lieu puis à 13h40 la séance reprend avec le jugement d’un flic qui aurait « falsifié » un procès-verbal, il s’agit du baraqué à qui j’ai parlé plut tôt. Personne parmi nous ne comprend très bien ce qu’on lui reproche exactement ni pourquoi on le torture alors que personne n’a manifestement eu à souffrir de cette erreur. Rien n’est prouvé mais il semble que ce flic dérange des gens au sein de sa propre confrérie. Ça sent l’inquisition à plein nez, heureusement pour lui il a un avocat très convaincant.

L’affaire suivante oppose un supposé agresseur sexuel à une supposée victime. Au départ nous prenons fait et cause pour la femme qui pleure, à la fin nous nous disons que l’accusation n’est peut-être pas aussi évidente.

A 15h35 la séance est de nouveau suspendue, nous attendons toujours. Enfin à 15h50 Marie-Neige est appelée à la barre. Lui sont lus les faits reprochés, une liste des agressions qu’elle a subies, les dits de voisins attestant qu’elle les insulte, leur met de la colle dans leur serrure, bref Mme Sardin est une mauvaise voisine. On l’interroge sur sa réticence à se faire prendre une empreinte digitale, sur sa non présentation de photo, sur le fait que sa voisine ait comparé son blog à une officine cybernétique du Ku-Klux-Klan, rien de moins. Des voisins affirment qu’elle les traite régulièrement de « sale arabe », « sale musulman », l’un d’eux va même jusqu’à affirmer qu’une photo de lui et de sa plaque minéralogique se trouverait sur son blog alors que c’est évidemment faux. Il est fait également allusion aux différents courriers envoyés à la Présidence afin de se plaindre d’un manque de protection suite aux agressions.

Il y a contestation sur l’horaire des faits : d’après la « victime » qui n’est pas présente, ils se seraient déroulés en journée alors que Marie-Neige qui était en grève de la faim depuis un mois ne pouvait se déplacer sans aide et que c’était bien durant la nuit que la femme a fait du ramdam.

On la sermonne sur sa parodie de la chanson « les Singes » de Brel. Marie-Neige répond que c’est de la poésie, ce qui ne convainc pas l’assesseur. Puis arrive le cœur du sujet : la « bamboula » fatidique. Le terme fait frémir l’assistance de ces dames. On parle de colonisation, horreur ! Marie-Neige se défend, dit qu’elle n’a jamais traité sa voisine de bamboula mais lui a demandé d’arrêter de « faire la bamboula », expression que l’assesseur doit fatalement connaitre comme tout le monde. Fermée et de mauvaise foi, la dame se défend d’avoir jamais utilisé ni même entendu ce terme. Marie-Neige lui lance un regard perplexe et frondeur, peu convaincue. La Présidente se fâche et lui demande de baisser le ton, de faire profil bas et de baisser les yeux. Marie-Neige est une vilaine petite fille sermonnée par la directrice de l’école. Aïe aïe aïe ! Le moins qu’on puisse dire est qu’elle ne lèche les bottes de personne notre Ségurane ! Et ça chauffe pour son matricule.

L’assesseur lui rappelle « vous avez le droit d’écrire ce que vous voulez dans certaines limites »… où sont les limites ? A quelles limites s’arrête la liberté d’expression ?

Elle s’offusque ensuite du terme « souchien » ou « sous chien » et demande une explication. Ça sent le piège. Marie-Neige tente de lui expliquer mais l’autre la prend de haut et lui demande quelle valeur scientifique accorder à ce terme, tout en précisant d’un air goguenard qu’elle-même a fait des études scientifiques et balaie toute tentative d’opposition au fait que la conception « de souche » n’a pas d’existence scientifique. Elle hausse la voix pour étayer au su de tous sa probité et sa supériorité intellectuelle face à l’ignominie de la libraire xénophobe « ah oui, vous voulez donc parler de race pure ?! ». Elle évoque ensuite les journalistes avec lesquels Marie-Neige est en contact. Celle-ci évoque Yvan Rioufol que l’assesseur ne connait pas, lui rétorquant sans même entendre qu’il s’agit d’un honorable journaliste du Figaro qu’elle n’a pas ce genre de lecture, comprenez des écrits racistes. Le ton est agacé, hautain, méprisant et inquisiteur. Elle l’interroge sur ses liens avec Novopress, Fdesouche qui figureraient sur le blog, ce que Marie-Neige dément fermement.

Elle s’étonne de ce que notre héroïne touche une misère du RSA et conserve malgré tout sa boutique et conclut en informant la salle qu’elle n’a pas de pathologie psychiatrique, ce qui pourrait certainement en arranger plus d’un mais effectivement Marie-Neige est absolument normale. Pas de bol ! Il lui est tout de même demandé d’avoir un suivi psychiatrique… si on pouvait tout de même finir par lui trouver une pathologie, ça serait vraiment bien quoi.

Une amende de 500 euros est requise contre elle.

Son avocate intervient alors et s’étonne du peu de témoignages fournis : tous les voisins n’ont pas été questionnés et celui à la plaque minéralogique, le plus virulent, a une plainte de Marie-Neige sur la tête ce qui tendrait à laisser penser qu’il a juste voulu se venger.

Elle précise ensuite avec un large sourire que le terme de « bamboula » apparait dans un roman de Jules Vallès et que Marie-Neige ne milite pas sur son blog en faveur du racisme mais en faveur des droits des femmes et de la liberté d’expression.

La séance se clôt vers 17h avec un délibéré prévu pour le 9 juin. On croise les doigts !

Caroline Alamachère

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Politique Française

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isabelle 28/05/2011 23:40



Le Larousse de poche, édition 2004, doit aussi être trainé en justice : il y figure le terme "bamboula" et cette définition : "faire la bamboula = faire la noce".



Nancy VERDIER 28/05/2011 15:42



C'est l'histoire des 3 singes : "ne rien dire, ne rien voir, ne rien entendre" . Voilà comment en France, nous citoyens français, à l'image de Marie Neige Sardin, nous devons vivre et nous
comporter et aussi recevoir les coups sans broncher. C'est intolérable. Dans une affaire de justice, j'avais écrit l'expression "empapaouter" et je pense que c'est à cause de cela que j'ai eu une
fin de non recevoir. Par contre, quand "on" nous insulte : Motus et bouche cousue. Cela ne sert à rien d'aller au Tribunal. Justice de Classe, de Caste ?? Je croise les doigts pour
Marie-Neige...A suivre. Une des premières choses à changer en France sera le système judiciaire et il faudra virer tous ces Juges. Oui, il nous faut une Révolution, une Nuit du 4 Août...et vite,
sinon, ILS vont nous écraser et nous mettre en Maison Psychiatrique....cela rappelle les beaux jours du Goulag...