Marseille capital Comorienne.

Publié le 18 Juillet 2012

De SlateAfrique

Avec 50.000 habitants à Moroni et autant à Mamoudzou, les capitales et chef-lieu respectifs des Comores et de Mayotte ne sont ni l'une ni l'autre la cité comorienne la plus peuplée au monde. La véritable «capitale» mondiale des Comoriens, tout au moins si l'on se réfère à la démographie, est à des milliers de kilomètres de l'océan Indien, sur les rives de la Méditerranée. A Marseille.

Parmi les plus de 800.000 habitants de la deuxième ville de France, les natifs et originaires des Comores représentent environ 10% de la population. Comment vivent-ils, comment sont-ils perçus, comment eux-mêmes se fondent-ils —ou pas— dans l'immensité européenne?

Premiers débarquements sur le Vieux-Port

«Des Comoriens se sont installés dans toutes les grandes villes portuaires françaises, commente le chanteur Ahamada Smis, des anciens combattants, des navigateurs, on en retrouve dans tous les ports, en particulier à Dunkerque et à Marseille, de toutes ces grandes villes portuaires, Marseille était la ville la plus chaleureuse, si bien que, peu à peu, les familles sont venues.»

Chanteur et historien, slameur, poète, proche du hip hop, Ahamada Smis pourrait être, dans d'autres cultures, ce qu'on appelle un griot. Son dernier album, il l'a appelé tout simplement Origines et à travers ses textes il se penche sur l'histoire de ses îles.

«Le projet Origines remonte à 1999, explique-t-il. Je voulais écrire un texte sur les Comores mais je me suis dit, "tu ne connais pas ta culture", alors je suis allé voir des anciens, j'ai fait des recherches, j'ai étudié les quelques travaux d'historien qui existent, qui ont retranscrit l'oralité dans des livres. Je voulais faire un album qui raconte la richesse de l'histoire des Comores.»

Le travail de mémoire semble bel et bien nécessaire pour toute une génération de Comoriens français et de Français comoriens, quadragénaires, nouveaux parents, dont la relation avec les origines précisément, est de plus en plus distendue. La mémoire s'effiloche d'autant plus que «l'oralité, ici comme là-bas, disparaît», ajoute Salim Hatubou, autre Marseillais, écrivain et conteur, qui a, lui aussi, choisi de travailler sur la mémoire des Comores et des Comoriens.

«Heureusement, sourit-il, l'université de Tokyo a envoyé deux anthropologues, à Marseille et à Paris, qui parlent swahili et étudient le conte comorien dans la diaspora...»

Plus sérieusement, Salim Hatubou ajoute:

«J'ai eu la chance d'avoir une grand-mère qui était conteuse dans son village et de vacances en vacances, j'ai tout appris d'elle, quand je suis venu en France à l'âge de 10 ans, je me suis senti en exil, si bien que je me suis raccroché aux contes de ma grand-mère, que j'ai commencé à retranscrire, avant de me lancer dans un travail de collecte autour des contes et des épopées. J'ai eu la chance aussi, d'avoir une mère qui était venue de Zanzibar avec des tonnes de livres, aussi bien en anglais, en français qu'en swahili.»

Mais pour un Ahamada Smis et un Salim Hatubou, qui tentent de conserver la mémoire, pour un Saïd M'Roumbaba, alias Soprano, devenu star nationale grâce à la musique rap, combien de Comoriens restent à l'ombre de leur communauté, comme invisibles pour les Marseillais qu'ils côtoient pourtant tous les jours...

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Islamisation française

Commenter cet article