Mélenchon est-il le meilleur recruteur de gauche pour Marine Le Pen ?

Publié le 15 Février 2011

Par Djamila Gérard de Riposte Laïque

           Jean-Luc Mélenchon doit débattre contre Marine Le Pen, le 14 février sur RMC-Info et BFM-TV. Il est curieux qu’une personne qui a toujours demandé par ailleurs l’interdiction du Front national, et qui l’a encore confirmé récemment (1), accepte un débat démocratique avec une personne dont il a une « détestation absolue » et dont il a même dit que « les ancêtres de ces gens-là, l’extrême droite européenne, ont envoyé non seulement les Juifs où l’on sait mais les communistes et les socialistes dans les camps de la mort » (2).

Ce summum du «Point Godwin» est bien sûr totalement mensonger et insultant, mais il traduit la pauvreté des arguments de Jean-Luc Mélenchon sur le fond, comme le font d’ailleurs la plupart des gens de gauche. Ce qui est incroyable, c’est que Jean-Luc Mélenchon accepte de débattre avec une personne qu’il traite quasiment d’héritière des milices françaises collaborationnistes et dont il juge le parti anti-républicain et contraire aux lois françaises. Gageons que ce débat n’en sera que plus intéressant.

Mais Jean-Luc Mélenchon a peut-être un autre intérêt à affronter Marine Le Pen : celui de clarifier les différences d’avec elle, alors qu’ils sont tous deux rapidement classés comme « populistes » par l’UMPS au pouvoir. Et dans ce cas, évidemment, il s’agit d’un combat électoral pour défendre un programme devant le suffrage des Français en 2012. C’est donc déjà l’aveu que le Front de gauche et le Front national peuvent se disputer une partie des électeurs, ce qui ridiculise les accusations de Jean-Luc Mélenchon envers Nicolas Sarkozy lui reprochant de « siphonner les voix du Front national ». Là encore, quelle incohérence !

Et c’est effectivement une donnée que mettent en évidence les observateurs de la vie politique : des gens de gauche se tournent vers le Front national et le mouvement s’accélère avec l’arrivée de Marine Le Pen à la tête de ce parti. Riposte laïque en a interviewé deux qui sont passés directement du NPA au FN (3). Alors comment Jean-Luc va-t-il tenter de « re-siphonner » ces militants, et au-delà, les électeurs de gauche tentés par le FN ?

Hé bien justement, la question lui a été posée dimanche dernier sur BFMTV, et cette vidéo est très instructive :

On voit des anciens militants du PCF préparer la campagne cantonale du Front national où ils sont désormais encartés. Ecoutons bien leurs arguments :

- « La sécurité, les idées de Marine, et l’immigration. »

- « Quand vous voyez des Strauss-Kahn, des socialistes, qui acceptent des places données par Monsieur Nicolas Sarkozy, on se pose des questions. »

- « J’ai voté François Mitterrand, un an après j’étais au chômage comme tout le monde. »

- « On ne peut plus avoir confiance, ils nous ont trahis. »

- Jean-Luc Mélenchon « va retourner de l’autre côté. Au deuxième tour il va se retirer pour aller avec les socialistes. »

La première réaction de Jean-Luc Mélenchon est stupéfiante de mépris : Ces personnes « ne m’ont pas l’air très brillantes ». Puis il ajoute comme pour se rattraper : « Moi elles m’émeuvent beaucoup ». Mais le mal est fait.

Et il dit ensuite que « le gros de la troupe de l’électeur du Front national, ce ne sont pas les quartiers populaires. Je tiens à le préciser, à le rappeler sans cesse. C’est toujours dans les beaux quartiers. Cessons sans cesse de montrer le peuple du doigt en lui attribuant tout ce que la société condamne et en particulier le Front national. »

C’est une contrevérité énorme, puisque tous les scrutins (y compris le dernier, celui des régionales) montrent d’une part que c’est dans les « quartiers populaires » que le Front national fait ses meilleurs scores et non dans les « beaux quartiers », et d’autre part qu’il réussit bien mieux auprès des ouvriers qu’auprès des riches. Jean-Luc Mélenchon n’hésite donc pas un seul instant à nier totalement la vérité des chiffres, que chacun d’entre nous a pu vérifier dans sa ville. Donc ce n’est pas les médias ou autres qui « montrent le peuple du doigt » comme le prétend Jean-Luc Mélenchon, mais une réalité sociologique qu’il rejette. Soit il ment sciemment, soit il se trompe, mais dans les deux cas ça n’incite pas à voter pour lui et pour le Front de gauche.

Jean-Luc Mélenchon explique ensuite que « beaucoup de gens sont totalement désorientés par la droite et la gauche parce qu’ils ne peuvent plus se reconnaître en rien et que tout est du pareil au même. » Et il dit que ce qui est décrit dans « ce très bon reportage », auprès de « gens tranquilles » et de « gens décents » (ah bon, ils ne lui semblent plus « pas très brillants » ?) c’est qu’il a dit dans son livre à propos de l’Amérique du Sud. Il faut donc, selon lui, « une gauche conséquente qui aille frapper là où il faut frapper, pour donner les moyens au grand nombre de vivre. »

Donc la gauche ne serait plus la gauche, et n’est pas différentiable de la droite. Mais c’est exactement ce que disent les militants FN du reportage ! Seulement, les a-t-il seulement écoutés ? Par exemple, ils parlent de François Mitterrand dont Jean-Luc Mélenchon a été un admirateur et l’un des ministres les plus fidèles.  Mais il ne répond pas là-dessus, pas plus que sur les autres sujets évoqués : l’immigration et l’insécurité.

Comme l’un des militants FN accusait Jean-Luc Mélenchon d’appeler de toute façon à voter socialiste (et même dans l’hypothèse Strauss-Kahn) au second tour, le journaliste Olivier Mazerolle repose la question. Jean-Luc Mélenchon dit alors qu’il n’a pas « à répondre aux questions du Front national » ! Or ce n’est pas « le » Front national qui l’interpelle sur ce point, mais des militants de gauche passés au FN et qu’il devrait chercher à reconquérir. On voit donc une fois de plus la réaction spontanée de mépris : ces gens sont passés au FN, donc ils ne sont plus de chez nous et ils ne m’intéressent pas.

Alors Olivier Mazerolle repose habilement la question, « vis-à-vis des électeurs potentiels qui sont les vôtres ». Et là Jean-Luc Mélenchon répond au nom de la « tradition républicaine », que « depuis le début de la République, au deuxième tour, quoi qu’on se soit dit au premier tour, on s’incline devant la décision majoritaire des nôtres. Dans toutes les élections, sans exception, aucun parti de gauche, fusse le NPA, ne s’est comporté autrement au deuxième tour, que de dire : la gauche se désiste pour la gauche. »

On remarque tout d’abord une confusion et un abus, qui consistent à réduire la République et la « tradition républicaine » aux « nôtres », c’est-à-dire à la gauche. Cette tradition de désistement n’a rien de strictement républicain.

Mais surtout, Jean-Luc Mélenchon dit clairement qu’il appellera à voter sans aucune condition pour le candidat socialiste au second tour, même si c’est Dominique Strauss-Kahn qu’il accuse pourtant d’être vendu à Nicolas Sarkozy et d’affamer les peuples grecs et irlandais. Il confirme donc mot pour mot ce que lui reproche le vieux militant FN ex-PCF. Ce n’est pas ainsi qu’il regagnera sa confiance. Par contre, le Parti socialiste peut dormir sur ses deux oreilles : Jean-Luc Mélenchon va parfaitement jouer son rôle de recruteur à la gauche de la gauche.

Très retors, les journalistes de BFM-TV en mettent une seconde couche, en montrant une seconde partie de reportage sur ces militants FN de gauche : pourquoi ils ne se « retournent pas » vers Jean-Luc Mélenchon ? Réponses :

- « Mélenchon pique peut-être un peu les idées du Front national. »

- « Il pioche les idées de Marine. »

- « Mélenchon attend que le bateau coule pour avancer des discours comme ça. Nous ça fait quand même une paire d’année qu’au Front national on les lance, ces idées. »

Mélenchon réagit en disant qu’il ne sait pas « de quelles idées parle cette dame » et que « c’est pas tout de faire parler quelqu’un qui dit n’importe quoi ». Une fois de plus, le mépris. La « dame » appréciera…

Olivier Mazerolle précise : « sur la fermeture des frontières, sur la mondialisation… »

Jean-Luc Mélenchon : « Madame Le Pen ne propose pas de frapper la finance internationale. Madame Le Pen ne propose pas de prendre les banquiers à la gorge. (…) Elle parle d’écluses (…) Moi je parle de « filtres » pour rejeter des produits, des méthodes, au nom de raisons sociales et de raisons écologiques. »

A croire que Jean-Luc Mélenchon n’a pas écouté les discours de Marine Le Pen lors de sa campagne interne, ni son discours au congrès de janvier du Front national ! Elle n’a eu de cesse de pourfendre les banquiers, même si elle n’a pas utilisé la métaphore de l’étranglement (ou de l’égorgement ?), de vouloir les taxer, et même de proposer de nationaliser les banques qui se comportent mal. Et quelle est la différence entre « écluses » et « filtres » ? Marine Le Pen n’a-t-elle pas dénoncé les « produits » importés par un dumping social et écologique, et proposé de les taxer lourdement par des droits de douane ?

Quant à « frapper la finance internationale », j’espère avoir plus de détails le 14 février sur les gros bras du Front de gauche. Marine Le Pen propose par exemple que l’Etat et les collectivités locales soient libérées de la contrainte de 1973 d’emprunter sur le marché spéculatif, et que la Banque de France retrouve sa souveraineté comme prêteur public. Quant à lui, Jean-Luc Mélenchon veut que les Etats empruntent à la Banque centrale européenne contrôlée par les oligarques mondialistes et l’Allemagne qui y dicte ses conditions. Il n’est pas évident que ça aille davantage dans le sens de notre souveraineté et de notre liberté d’action.

Donc Jean-Luc Mélenchon prépare bien mal son débat face à la présidente du Front national, et ce qu’il dit sur les frontières ou la mondialisation, c’est ce que dit aussi Marine Le Pen. Sinon que, comme le fait remarquer un militant, le Front national a dénoncé la mondialisation bien avant que Jean-Luc Mélenchon ne quitte le Parti socialiste. Donc Jean-Luc Mélenchon n’apporte pas de plus-value par rapport aux propositions de Marine Le Pen, et « oublie » de traiter les problèmes d’immigration, d’insécurité ou d’islamisation contrairement au Front national.

Non seulement il en fait moins que Marine Le Pen, mais en plus il ne se rend pas compte qu’il parle à des militants ou électeurs FN venant de la gauche, et donc qui ont certainement écouté les discours de Marine Le Pen un peu plus attentivement que lui. Entre le mépris qu’il affiche à leur égard et son ignorance feinte ou  réelle du nouveau programme frontiste, il ne fait que les encourager dans leur passage du PCF ou du PS au FN.

Puis Jean-Luc Mélenchon accuse « cette petite musique pourrie qui fait une espèce de catégorie où on a mis dedans tous les populistes, comme ils disent », catégorie qui « mélange des contraires et qui permet de disqualifier d’un seul coup tout le Front de gauche », et il embraye longuement sur le dessin de Plantu malgré les tentatives de recentrage d’Olivier Mazerolle.

Mais c’est Jean-Luc Mélenchon lui-même qui vient de « disqualifier tout le Front de gauche » pendant sept minutes ! Pour contrer Plantu et l’UMPS qui l’assimilent à Marine Le Pen dans la catégorie « populiste » afin de conserver leur chasse gardée, il fallait se différencier à la fois du nouveau programme du Front national et de l’UMPS, ce que n’a pas fait Jean-Luc Mélenchon, sinon par des erreurs d’analyses voulues ou non.

En conclusion, Jean-Luc Mélenchon donne raison sur toute la ligne à ces militants passés du PCF au FN, et le mépris qu’il exprime envers eux ne va certainement pas aider à les faire revenir au bercail, surtout quand il dit que quoi qu’il dise avant le premier tour, il appellera à voter pour le candidat socialiste au second tour. Comme programme de « révolution citoyenne », c’est un peu léger.

Finalement, je me demande si en jouant son rôle de recruteur pour le Parti socialiste, Jean-Luc Mélenchon ne va surtout envoyer à son corps défendant des électeurs de gauche vers le Front national. En tout cas il n’arrêtera pas (et inversera encore moins) le mouvement de ces transfuges qui pourraient, pour parodier une expression ancienne, préférer l’original Marine Le Pen à la copie Jean-Luc Mélenchon.

Djamila GERARD

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(1) Mélenchon voulait interdire le Front National

(2) http://www.123video.nl/playvideos.asp?EMB=EmbedLayer&MovieID=899905

(3) http://www.ripostelaique.com/Venussia-Myrtil-ou-comment-une.html

http://www.ripostelaique.com/Fabien-Engelmann-Pourquoi.html

http://www.ripostelaique.com/Venussia-Myrtil-ou-comment-une.html

http://www.ripostelaique.com/Fabien-Engelmann-Pourquoi.html

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Point de vue

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island girl 16/02/2011 19:38



Melenchon,Martine Aubry,A Marie,Besanceno,etc....tous ces incapables sont des faire valoir pour Marine Le Pen....car ils manquent d'intelligence ...la TV affiche la bétise sur un plateau !!!il
devraient réfléchir à cette phrase:LE MAL DU MONDE MODERNE,C'EST QUE LA BETISE S'EST MISE à PENSER...



roy 15/02/2011 22:32



Mon point de vue c'est que Mélenchon est un idiot qui ne sait pas ce qu'il dit et qui ne sait que vociférer. La droite de la droite et non pas l'extême droite pour moi à le droit d'exister tout
comme le NPA et même le front de gauche. Mais qui sortira la France de l'ornière dans laquelle elle est tombée.: Islamisation repentance, baisse froc etc ???