MEMRI: (Egypte) Le PND est mort, vive le PND

Publié le 15 Février 2011

MEMRI Middle East Media Research Institute Dépêche  spéciale n° 3571

 

Un satiriste égyptien : Le PND est mort, vive le PND


Dans un article paru dans le quotidien égyptien Al-Ahram sous le titre "Le PND est mort. Vive le PND ?", le chroniqueur et satiriste Nabil Shawkat estime que malgré la destitution de Moubarak, le PND continue de régner, recourant aux méthodes habituelles de persécution des opposants et de la presse, et d´accusation de l´ingérence étrangère. Extraits : [1]

"Un parti régnant, telle l´Hydre mythique, a plusieurs têtes et des tentacules à longue portée"


"Moubarak a désormais quitté la scène, peut-être sur l´ordre de son vice-président. Il ne fera pas partie de l´avenir de ce pays. Soit il quittera dignement l´Egypte, soit il sera relégué à l´arrière-plan, où il signera des papiers, et de temps à autres on le sortira pour répéter quelques expressions bien préparées. Moubarak n´est plus. Son fils n´est plus. Son parti n´est plus. Mais l´esprit de son règne, l´essence de son régim e et les méthodes de son ère sont loin d´être enterrées.

 

Il est dangereux de tuer un parti au pouvoir, parce qu´à l´instar de l´Hydre de Lerne, les partis ont pouvoir ont plusieurs têtes, des tentacules à longue portée et des poches très profondes. Je sais que l´armée a nié tout lien avec les maraudeurs pro-Moubarak, mais cette réfutation est loin d´être complètement sincère. Hier encore je passais près d´une voiture de la sécurité, à proximité du club italien de Bulak, au nord de la place Tahrir. A l´intérieur, un officier en civil mobilisait une poignée d´hommes à l´agression et au harcèlement d´une certaine personne. J´entendis donner l´ordre en passant par là, et jetai donc un œil aux plaques d´immatriculation. A n& acute;en pas douter, c´étaient des plaques de l´armée.

 

Ces derniers jours, l´armée a accusé (sans les nommer) des individus de porter l´uniforme militaire tout en propageant le chaos. Peut-être s´agissait-il d´un véhicule dérobé à l´armée. Mais encore une fois, peut-être pas.

 

Les signes sont préoccupants. Le Premier ministre Ahmad Shafiq est apparu à la télévision plus d´une fois, se démarquant des violences commises contre les manifestants et niant avoir donné des ordres en ce sens. Je le crois. Mais là aussi, je sais que des ordres ont été donnés, les maraudeurs étant trop bien organisés pour avoir agi sans direction.

 

Shafiq a sans doute dit la vérité. Mais Omar Suleiman, vice-président et président intérimaire en attente de son mandat, (…) a donné, dans sa première intervention télévisée, l´impression de gouverner le pays et de pourvoir, s´il le souhaitait, dire à Moubarak d´aller dans sa chambre et d´y rester. Le même jour, Christiane Amanpour a interviewé le président, mais sans l´avantage de la caméra. Moubarak n´est plus autorisé à jouer avec les médias en public.

 

Puis Suleiman a sorti son premier mensonge. Il a déclaré que les manifestants de la place Tahrir, qui l´ont pour ainsi dire amené au pouvoir, ou tout au moins à un pouvoir temporaire, étaient manipulés par des ´programmes étrangers´. Premier mensonge d´un régime tout frais, qui avait le goût amer d´un régime déposé. Suleiman a fait cette déclaration jeudi, le jour même de la chasse aux sorcières menés contre les journalistes étrangers au Caire, au cours de laquelle des dizaines d´entre eux ont été battus, arrêtés, tandis que leurs caméras ont été saisies et brisées. Je me trouvais alors sur la place Tahrir. Mon identité a été vérifiée plusieurs fois par le personnel de sécurité éparpillé, qui avait la garde des maraudeurs pro-Moubarak. L´un d´entre eux a été volontaire pour capturer ´un Juif" sur la place Tahrir. ´Et même s´ils trouvaient cinquante Juifs [, qu´est-ce que cela changerait] ?´ ai-je demandé. Il n´a pas répondu. Le jour précédent, ils avaient découvert un ingénieur juif assis dans un café de Port Saïd ou Isma´iliya. C´était censé prouver quelque chose – une preuve de la culpabilité des manifestants de Tahrir."

 

"S´il ressemble au PND, parle comme le PND et marche comme le PND, c´est peut-être le PND."

 

"S´il ressemble au PND, parle comme le PND et marche comme le PND, c´est peut-être le PND. Je sais que notre parti au pouvoir est consumé, battu, meurtri. Il ne peut plus mettre en avant le ´new look´ du très glamour Gamal Moubarak ou danser la chorégraphie complexe d´Ahmed Ezz. Mais le PND est toujours en vie.

 

Dans l´Egypte ancienne, la période de deuil était de quarante jours. C´était le temps requis pour passer du monde des vivants ou monde de l´éternité. Le PND n´est mort que depuis une semaine, et son fantôme court toujours comme un poulet décapité, criant son soutien pour un président qui boude dans sa chambre, tempêtant contre les invisibles "programmes étrangers" et donnant des ordres depuis des véhicules de l´armée abandonnés ou cédés. Si cette situation se prolonge au-delà des quarante jours de deuil [réglementaires], il y a de bonnes chances qu´un nouveau PND surgisse des cendres [de l´ancien PND] et nous fasse trembler une fois de plus."

 

(1) Al-Ahram (Egypte), 6 février 2011.

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Politique Française

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