Merah était un agent double de la DCRI qui a mal tourné, selon le juge anti-terroriste Trevidic

Publié le 27 Janvier 2013

Mohamed Merah

Frédéric Helbert, journaliste d’investigation, spécialiste du terrorisme, a publié (1) tard dans la nuit (ce qui explique probablement ses quelques fautes de frappe) une interview exclusive du juge anti-terroriste Marc Trevidic sur l’islamiste Mohamed Merah.

Ayant suivi et étudié de près l’affaire depuis le début, j’ai très tôt eu l’intime conviction que la DCRI avait tenté de recruter Mohamed Merah comme agent de renseignement, et que ce dernier avait trompé les français.

Mon impression s’est confirmée lorsque j’ai lu les déclarations de Bernard Squarcini, le directeur central du renseignement en charge de l’affaire, qui défendait la thèse du « loup solitaire », une thèse qui ne tenait pas.

Mes propres recherches rattachaient en effet Merah à des réseaux terroristes bien organisés :

  • des membres de sa famille et des proches étaient impliqués dans le jihad,
  • il avait séjourné dans des camps d’entrainement au Pakistan,
  • dans une de ses poches, avait été retrouvée la carte de visite d’un agent et ancien garde de Nicolas Sarkozy,
  • le rapport du 15 juin 2011 de Christian Ballé-Andui, directeur des services du renseignement toulousain, faisant état d’un « potentiel de dangerosité élevé » était resté « sans réponse de Paris ».

C’était un peu beaucoup pour un « loup solitaire »…

Le juge Trevidic s’exprime donc pour la première fois, car le dossier est en train de s’ouvrir en grand : la Commission consultative du secret de la défense nationale a émis début janvier un avis favorable à la déclassification de nouveaux documents. Les détails de ce monstrueux attentat dont les islamistes sont les maîtres, vont s’étaler dans les médias dans les prochaines semaines, et les confidences du juge permettront peut-être d’amortir la déflagration.

Extraits de l’interview.

Marc Trevidic : « Ils (les agents de la DCRI) ont tenté un coup particulier, risqué, mais qui à leurs yeux valaient la peine, et qui aurait pu se montrer gagnant. Ils ont tenté de recruter (Mohamed Merah) tout simplement. De faire une infiltration. D’en faire un agent double.

Marc Trevidic : « Il y avait le risque bien sur mais il y a toujours un risque dans ce genre d’opération. On marche sur le fil.

Marc Trevidic : « C’est l’évaluation qui a foiré ! Merah a vu le coup venir, compris qu’il pouvait en profiter, et en fait s’est joué des hommes de la DCRI de Toulouse, continuant à préparer son Jihad, tout en donnant l’impression qu’il collaborait !!

Marc Trevidic : « peut-on reprocher aux hommes du contre-espionnage français leur tentative ? Comment-voulez-vous infiltrer des groupes islamistes sur zone, par exemple au Waziristan ? En envoyant un agent ? On est pas au cinéma ! Le seul moyen est de « retourner » quelqu’un déjà salafiste, déjà dans le schéma… »

L’art de la Taqiya

Marc Trevidic : « Vous couvrez l’anti-terorisme depuis longtemps alors vous savez ce qu’est la Takkya (Taqiya), l’art de la dissimulation et du mensonge religieusement permis pour tromper l’adversaire, l’ennemi.

Marc Trevidic : « C’est un « art » qu’on a commencé à enseigner dans les camps d’al Qaida dans les années 90, un peu comme un art de la guerre. L’idée que tu vas te confondre dans la population, ne donner aucun signe de suspicion, être un « agent dormant », jusqu’au jour où….

Marc Trevidic : « La Takyya permet tout: boire de l’alcool, sortir avec des filles, manger du porc, tout, au nom des intérêts supérieurs de la mission… mais quand on vous dit de passer à l’action, vous arrêtez tout, vous redevenez un jihadiste, un moudjahidin, et vous passez l’action. »

Marc Trevidic : « Qu’est ce qu’il a fait Merah ? Il n’a rien inventé. Il a fait la Takkia mieux que personne et quand l’heure de sa guerre sainte est arrivée, il est devenu ce que l’on sait. »

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Marc Trevidic : « Un point important aujourd’hui : il faut dépassionner, comprendre calmement ce qui s’est passé, là ou on s’est planté, et ce qu’on peut améliorer mais ne pas jeter l’opprobre rapidement sur tous les techniciens alors que c’est un monde et une matière très complexes. Et cesser l’instrumentalisation de l’affaire. C’est en tous les cas mon sentiment. »

C’est le sentiment du juge Trevidic et je le comprends. Il partage son quotidien professionnel avec ces techniciens. Je ne peux pas aussi vite que lui rejeter d’un revers de manche ce dont j’ai connaissance.

Notamment la terrible information publiée par La dépêche le 31 octobre 2012 (2) :

Après la tuerie de Montauban, Christian Ballé-Andui alerte ses supérieurs d’une probable piste islamiste. L’homme sait en effet que le régiment de Montauban, qui a été pris pour cible par Merah, « revenait de rotation en Afghanistan ». Mais là encore, sa hiérarchie ne se fie pas à son intuition et examine avec attention « la piste de l’ultra-droite », mettant en attente la piste sur le salafisme. »

Je ne sais pas pourquoi la piste de l’ultra-droite a été suivie malgré l’alerte du directeur toulousain de la DCRI.

Je ne sais pas si la mise en attente de la piste salafiste avait pour but de cacher que la DCRI avait infiltré les islamistes de Toulouse.

Je ne sais surtout pas, et j’insiste fortement là dessus, si l’intuition de Christian Ballé-Andui, pour le cas où elle avait été suivie d’une action immédiate, aurait évité la tuerie de Toulouse.

Je ne sais pas si nous l’apprendrons.

Je ne sais pas ce que Marc Trevidic veut dire lorsqu’il conclut son interview par : « il faut expliquer les paramètres, tirer les leçons, resserrer les boulons, remettre de l’ordre dans la boutique ». Quels boulons ? Quels paramètres ? Quel ordre dans la boutique ? Si « c’est l’évaluation qui a foiré ! » et que « Merah a vu le coup venir, compris qu’il pouvait en profiter, et en fait s’est joué des hommes de la DCRI de Toulouse, continuant à préparer son Jihad, tout en donnant l’impression qu’il collaborait!! », il n’y a pas de « boulons à resserrer » et « d’ordre à remettre dans la boutique ».

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Jean-Patrick Grumberg pour www.Dreuz.info

(1) http://www.frederichelbert.com/20130125/confidences-du-juge-trevidic-sur-laffaire-merah-un-coup-de-recrutement-a-ete-tente-un-loupe-terrible

(2) http://www.ladepeche.fr/article/2012/10/31/1478960-affaire-merah-la-dcri-a-nouveau-critiquee-pour-son-inaction.html

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Le Nazislamisme

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Marie-claire Muller 27/01/2013 15:57


Toujours à Toulouse et toujours en parlant des Mérah(père et fils)En 2001 après le WTC; L USINE AZF...A l'époque le père Mérah était soupçonné de mijoter quelque chose avec l'un de ses fils plus
agé que l'assassin mohamed.Hors l'affaire a sans doute été prise à la légére et volontairement oubliée,comme les allées et retours de djihadistes entre la France et l'Allemagne!!RESULTAT
BOUM!!!!!!