Michel Tribalat sur le communautarisme par "Enquêtes et Débats".

Publié le 31 Juillet 2011

Michèle Tribalat réagit sur le débat entre Eric Keslassy

et Guillaume Roquette sur le communautarisme.

 

 

Michèle Tribalat (photo) est démographe à l’INED (Institut National d’Etudes Démographiques), spécialisée sur les questions d’immigration. Elle a récemment publié un livre qui a fait beaucoup de bruit, “Les yeux grands fermés“. Elle nous a transmis son commentaire suite au visionnage de notre débat entre Éric Keslassy et Guillaume Roquette sur le communautarisme, nous vous le livrons tel quel.

Je viens de regarder le débat entre Roquette et Keslassy. C’était très intéressant. Trois choses, entre autres, m’ont frappée.

1) La confusion entre catégories populaires et populations d’origine étrangère.
Quand Éric Keslassy parle des handicaps des classes populaires, il donne à entendre que les populations d’origine étrangère sont en première ligne. Je cite de mémoire : comme elles sont sur-représentées dans les classes populaires, elles sont les premières touchées par la reproduction sociale. Ce n’est pas vrai. Encore près de 80 % des ouvriers ou employés en France âgés de 18-50 ans sont d’origine française, c’est-à-dire qu’ils ne sont ni immigrés ni enfants d’immigrés.

2) La dénégation de l’importance de l’immigration actuelle : la référence à l’Insee est, en la matière, délicieuse. 
Je suppose qu’Éric Keslassy avait en tête l’article du Monde du 4 décembre 2009 qui parlait de la stabilisation de l’immigration, en utilisant les chiffres de l’Insee. Ce n’est pas vrai non plus. On a eu une stabilisation de la population immigrée entre 1975 et 1999. Ça c’est vrai. Mais depuis, en fait depuis le milieu des années 1990, la France connaît une nouvelle vague migratoire. La proportion d’immigrés s’y accroît au rythme qui était celui des années 1968-1975, comme vous pourrez le constater sur le graphique ci-dessous (Accroissements relatifs composés en moyenne annuelle de la proportion d’immigrés).

3) la confusion qui règne à propos de l’immigration familiale. 
Le regroupement familial existe depuis toujours. Il a trouvé une formulation juridique (conditions) en 1976, après une interdiction en 1974 censurée par le Conseil d’État. Il a changé de nature. Autrefois, il s’agissait de conjoints et d’enfants rejoignant des travailleurs. La migration familiale était donc engendrée par la migration économique. Ce n’est plus le cas. On peut même parler d’auto-engendrement des flux familiaux.

Par ailleurs, l’importance des étrangers et des non francophones est l’un des critères pris en compte pour la détermination des ZEP. Ce qui veut dire qu’à conditions sociales équivalentes, un établissement ayant une population étrangère et/ou non francophone importante aura plus de chances d’être classée en ZEP qu’un établissement n’en ayant pas (cf circulaire 81-238 du 1er juillet 1981 de Savary : “Il vous appartiendra de tenir compte dans la situation de chaque secteur : de son implantation géographique ; de la composition socio-économique des familles; de la présence d’enfants étrangers ou non francophones ;……. ” Source). Ce qui peut se justifier, mais enfin, la composition des ZEP n’est pas neutre d’un point de vue ethnique.

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Politique Française

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Samia 01/08/2011 06:39



Bonjour,


Il suffit aussi de retrouver le quartier où on a grandi, et de le revoir dans ses souvenirs. Je suis née dans un quartier français de Marseille, aujourd'hui il n'en a plus que le nom. C'est
devenu une wilaya d'Alger, avec tout ce qu'il faut pour être comme au pays. Et la mairie de secteur avec son parc fleuri,  se transforment en vrai en cour des miracles pendant les mariages.
Les drapeaux algériens flottent sur les portières des voitures qui roulent à tombeau ouvert. C'est qu'il faut être sacrément heureux en France pour se marier si jeunes alors que d'autres peinent
à vivre et à se loger. Et surtout à se construire une famille pour assurer un avenir à leurs enfants si jamais leur rêve se réalise. Oui vraiment la France est une chance pour les immigrés et
leurs enfants. Mais le reconnaitront-ils un jour ?