Mourir virtuellement: Et si votre vie sur facebook s'arrêtait?

Publié le 17 Septembre 2010

          Nous avons tous des comptes Facebook et autres. Voici une réalité de ces sites sociaux. A lire pour ceux qui parfois s'ètonnent des comportements de certains sites.

Gérard Brazon

 

Mourir virtuellement

 

Texte collectif sous la signature de Françoise Alexis, Alain Bamps, Anthony Bochon, Fabian Cohen, Guy De Keyser, Jean-Philippe Desmet, Jacques Fostroy, Sandra Hansenne, Alain Henry de Frahan, Céline Hosten, Philippe Jacri, Carine Marlair, Aldo-Michel Mungo, Anaïs Mungo, Ariane Prowizur, Bruno R. Ropsy, Viviane Philips, Lionel Poncelet, Serge Van Cutsem, Jérémie Vander Meuter, Michaël Willemaers et Claude Grivegnée ; fondateurs du mouvement politique LA DROITE.

 

Dans "Traque sur internet", un film américain de 1995, l'héroïne, incarnée par Sandra Bullock, est confrontée à la destruction par des malfrats de tous les fichiers informatiques sur lesquels sont stockés les données liées à son identité. Du jour au lendemain, elle cesse d'exister pour les banques, les administrations ou encore les compagnies aériennes.

 

Quinze ans ont passé et internet imprègne plus que jamais notre vie quotidienne. Signe qui ne trompe pas, un nombre croissant de personnes considèrent désormais légitimement leur profil - sur Facebook ou sur tout autre réseau social - comme le prolongement virtuel de leur personnalité et de leur identité. Grâce à ce profil, chacun peut en effet partager des photos de vacances avec sa famille, faire découvrir un article de journal à des collègues ou encore discuter de projets de vacances avec des amis. Un profil, ce sont des contacts, des photos, des messages, des vidéos, bref, tout un réseau d'interactions sociales, certaines publiques, d'autres plus intimes.

 

Assez logiquement, les réseaux sociaux sont vite devenus indispensables à tous ceux qui ont quelque chose à dire et qui veulent le faire savoir. On a ainsi pu voir les membres d'un comité de quartier se regrouper pour demander plus de pistes cyclables à leur administration communale, des associations de défense des droits de l'Homme mobiliser des milliers de personnes à travers le monde pour empêcher l'exécution d'un condamné à mort, ou un artiste encore peu connu partager ses plus récentes créations avec ses admirateurs.

 

Par ailleurs, depuis la victoire de Barack Obama, personne n'ignore plus l'importance des réseaux sociaux dans une campagne électorale et dans la vie politique de façon générale. Leur gratuité, leur simplicité d'emploi et leur couverture globale en ont fait des auxiliaires indispensables au militantisme politique, et certains n'hésitent pas à voir dans l'émergence de ces réseaux sociaux une façon d'intéresser la frange la plus jeune de nos sociétés à la chose publique.

 

Faisant usage de notre liberté d'association et de notre liberté d'expression, deux droits fondamentaux garantis par notre Constitution, nous avons fondé ensemble le 17 juin 2010 un groupe de réflexion politique que nous avons baptisé "LA DROITE". Notre objectif est de peser sur le débat public en défendant des valeurs qui nous sont chères, notamment celles qui tournent autour d'un État fort et impartial. Pour faire connaître nos idées, nous avons créé dans la foulée un "groupe" sur Facebook. Un "groupe" est en fait un forum dont les fondateurs de "LA DROITE" - tous signataires de cette carte blanche - étaient administrateurs. Ce forum, ouvert et public, nous a permis d'échanger entre nous et de dialoguer avec quiconque se posait des questions sur notre programme et notre action. Près de 200 personnes étaient devenues membres de ce forum en quelques jours. Les discussions ont été nombreuses, souvent animées, mais toujours correctes. Nous n'avons jamais toléré les injures, la calomnie ou l'incitation à la haine. 

 

Malgré cela, force est de constater que nos idées dérangent visiblement certains, et au plus haut point. En effet, le 23 août, nous nous rendons chacun compte que nos profils Facebook respectifs ont été supprimés. Nous ignorons qui a souhaité ainsi nous museler, mais il s'agit plus que probablement d'une manouvre concertée, par laquelle un certain nombre de personnes mal intentionnées ont dénoncé simultanément nos profils comme "faux" auprès des robots informatiques de Facebook. Sans prendre la peine de vérifier la véracité de cette dénonciation de façon contradictoire, le « système » a dès lors non seulement supprimé le groupe "LA DROITE", mais a de plus supprimé les profils individuels de tous les administrateurs de ce groupe. Nous voilà tous devenus du jour au lendemain des parias de l'internet, sans possibilité de nous défendre autrement qu'en envoyant un courrier électronique au site pour plaider notre cause. Près de trois semaines se sont entre-temps écoulées depuis que nos comptes ont été bloqués et nos profils réapparaissent au compte-goutte depuis aujourd'hui ; mais certains sont toujours « Virtuellement morts ».

 

Certains souriront sans doute à la lecture de cette mésaventure. Après tout, disposer d'un profil sur un réseau social n'est pas un droit de l'Homme, aucun de nous n'a subi de préjudice financier, et notre intégrité physique n'a jamais été menacée. Pourtant, parce que la liberté d'expression est au cour des valeurs que nous entendons défendre, nous estimons qu'il est de notre devoir de mettre ce "fait divers" sur la place publique.

 

Internet et les réseaux sociaux sont devenus les Agoras du 21e siècle. Or, s'il est si aisé pour quelques individus isolés de faire taire une voix qui les dérange, nous n'osons imaginer la facilité avec laquelle un gouvernement autoritaire pourrait faire de même avec des mouvements citoyens qui voudraient faire entendre leur différence.

 

www.ladroite.be

 

PS : cette mésaventure a été évoquée dans un article de l'hebdomadaire Le Vif/L'Express du vendredi 3 septembre

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Politique Française

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