Insécurité,un médecin du 93 : "Une catastrophe sanitaire est imminente".

Publié le 30 Mars 2012

Le nouveau discours de la presse serait que les français n'ont d'intérêts que pour le chômage, les salaires, la santé et l'éducation. Ce serait fantastique si c'était vrai. L'insécurité ne serait pas une préoccupation des français. Pas même l'immigration! Quant à l'islam, pas un mot! Et puis ces sujets sont fascisants et tout juste bons pour des partis d'extrême droite et donc, exit.

Tout va bien donc et cette bonne classe politique nous renvoie à nos chères études en affirmant que les français ont du bon sens et savent ce qui est important ou non. La preuve? les sondages, voyons qui rappellent les "vrais" préoccupations des français! Dont acte!

Pour autant, si on peut cacher la poussière sous le tapis, il arrive un moment, où elle déborde. Pourvu se disent nos politiciens que ce soit après les élections. On verra bien après... 

Gérard Brazon

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822. C'est le nombre d'agressions à l'encontre de médecins recensées en 2011 et dévoilé mardi par le Conseil national de l'Ordre des médecins. C'est moins qu'en 2010, année record avec 920 agressions, mais ce nombre reste anormalement élevé. Avec 67 déclarations d'incidents sur le département, la Seine-saint-Denis est la localité la plus touchée par cet inquiétant phénomène. Conséquence, le département est confronté à une véritable désertification médicale.

Joselyne Rousseau est médecin généraliste depuis trente ans à Pierrefitte-sur-Seine (Seine-Saint-Denis). Elle a été victime de 18 agressions, principalement concentrées sur ces 6 dernières années. En 2010, l'une d'entre elles a été particulièrement violente: une arme sur la tempe, elle est braquée et plaquée au sol par deux jeunes cagoulés. Ils lui volent son sac à main, son portable, sa sacoche de médecin et ses clefs de voitures. Pourtant, cette femme déterminée de 56 ans ne s'en va pas. Bien au contraire, Joselyne Rousseau continue de pratiquer à Pierrefitte et tire la sonnette d'alarme, devant ce que le médecin, qui se décrit comme « une enfant de la banlieue », considère comme « véritable catastrophe sanitaire ».

FRANCE-SOIR. Quel est le constat que vous dressez sur l'accès aux soins en Seine-saint-Denis ?
JOSELYNE ROUSSEAU. Avec les professionnels de santé en Seine-saint-Denis, nous tirons la sonnette d'alarme. Non seulement sur le  nombre d'agressions de praticiens mais aussi et surtout sur la désertification médicale qui en est une conséquence directe depuis 2 ans et demi. Il est préoccupant que personne ne s'occupe de ces banlieues. C'est toute une population qui est sacrifiée. Sur les communes de Pierrefitte et de Stains, pour la seule année 2011, nous avons perdu 10% de nos effectifs, toutes professions de santé confondues. Nous prévoyons avec les départs en retraites, les départs en zones franches urbaines ou à cause des agressions, une perte de 10 à 15% de nos effectifs pour l'année 2012. A Pierrefitte, il y a 1 médecin généraliste pour plus de 3000 habitants quand la moyenne nationale est de 1 pour 1000 habitants. Nous sommes donc reconnus comme un désert médical par l'ARS (Agences régionales de santé, ndlr). Pourtant, la Seine-saint-Denis est le département qui connait les plus forts taux de mortalité périnatale, de maladies professionnelles, de cancer, de tuberculose et de saturnisme. Des pathologies qui sont extrêmement lourdes.


F.-S. Quelle est la réaction des pouvoirs publics face à ce phénomène ? 
J.R. Nous ne sommes absolument pas entendus par nos « irresponsables politiques »... et je pèse mes mots. Les deux associations de professionnels de santé de Pierrefitte (dont elle est présidente, ndlr) et de Stains, bougent beaucoup. Nous rencontrons régulièrement le préfet, qui, lui, nous aide. Nous avons également rencontré Xavier Bertrand, tout du moins son conseiller... et nous avons écrit plusieurs fois au président de la République. On a une catastrophe sanitaire imminente et tout le monde s'en fout. On ne s'occupera de la banlieue qu'entre les deux tours de la présidentielle et on oubliera immédiatement les promesses qui ont été faites. Sur le 93, nous sommes 1053 médecins généralistes libéraux. On prévoit, d'ici 10 ans, 517 départs en retraites. On espère, si tout va bien 180 installations dans le 93. En 10 ans, nous allons donc perdre plus de 300 généralistes en Seine-saint-Denis, soit 30% des effectifs pour une population qui est extrêmement précarisée, fragilisée et en très forte augmentation. Pierrefitte est la ville de France ou il y a la plus forte natalité. Pourtant nous n'avons plus de pédiatres, la dernière étant partie à cause des violences.


F.-S. Quelles sont les mesures que l'on vous propose ?
J.R. Nous souhaitons des mesures pour maintenir le maillage libéral en Seine Saint Denis et attirer les jeunes. Or, on ne nous propose qu'une seule réponse : les maisons pluridisciplinaires. Cela peut être une solution, mais cela va créer « un pôle santé » au sein des communes, qui va isoler un peu plus les personnes qui ne peuvent se déplacer. Cela va également mettre en péril tous les professionnels de santé qui ne pourrons s'y installer. Je pense spécialement aux pharmaciens. Avec un seul pôle de santé on a besoin que d'une seule pharmacie...


F.-S. Que préconisez-vous ? 
J.R. D'une part des mesures pour assurer notre sécurité. Avec mon homologue de Stains, nous avons expérimenté et même établi le cahier des charges d'un système de « bip » avec géolocalisation. Nous y avons consacré du temps. Seulement, les ministères de l'Intérieur et de la Santé, qui étaient chargés d'en assurer le financement, se sont renvoyés la balle, et ces bips sont au point mort. On les voudrait opérationnels et financés. Nous souhaitons également une ligne direct avec un numéro à 4 chiffres pour alerter l'état-major de la police en cas d'agression. Au niveau de Stains et de Pierrefitte, nous demandons également un système de vidéo-surveillance important qui nous permette de repérer le moment ou les jeunes se cagoulent ou se décagoulent ainsi qu'un éclairage public efficient. On sort le soir dans des zones très obscures ce qui n'est pas tout à fait normal. Et puis nous demandons des incitations financières pour le maintien des jeunes professionnels de santé.


F.-S. Pourquoi les médecins sont pris pour cibles ? 
J.R. Au départ, ils s'attaquaient aux policiers, aux pompiers puis aux enseignants. Le médecin, c'est la nouvelle mode. Il va falloir se décider sur des mesures punitives à l'égard de ces jeunes mineurs, qui ont souvent entre 13 et 15 ans, et qui sont déjà cagoulés, violents et armés. Je ne parle pas de la prison. Mais il faut des sanctions qui les éloignent un temps des cités, d'abord pour eux mêmes. Ce sont eux mêmes qui sont en danger.  Ces petits délinquants ont pour seul exemple les jeunes de 18 ans qui, eux, sont déjà dans la grande délinquance. Et eux-mêmes mettent en danger les mômes de 8-9 ans avec l'exemple de gamins de 13 ans qui se font de l'argent facile en braquant des médecins. C'est un vrai problème de société. On a créé des ghettos et les ghettos nous rendent la monnaie de notre pièce. C'est à mettre en lien avec la paupérisation de la population, ce sont des gens extrêmement pauvres, à Pierrefitte,  30% des gens ont la CMU. 90% de ces gens sont comme tout le monde et aspirent à avoir un accès aux soins et à un système de santé qui soit digne de ce nom. Mais on se fait pourrir par une minorité qui l'emporte, au final, sur la majorité.


F.-S. N'êtes vous pas découragée ? 
J.R. Je garde toujours le même enthousiasme pour mon travail. Même si les conditions en Seine-saint-Denis sont très difficiles. Nos patients valent la peine que l'on continue à se battre pour eux.  Il y a une solidarité incroyable entre eux. J'ai un patient qui vient me chercher quand je finis tard le soir parcequ'il sait que j'ai la trouille. Il ne repart qu'une fois que je suis enfermé dans ma voiture. Je me suis installé à Pierrefitte parce que je suis une enfant de la banlieue. Et aujourd'hui je ne regrette rien... mais j'aimerais que l'on nous vienne en aide.

Propos recueillis par Marc-Antoine Bindler
Pour le généraliste, la Seine-saint-Denis serait confrontée à une véritable "désertification médicale".

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Faits Divers- Sociétés

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Tijl Uilenspiegel 31/03/2012 19:34


Pourquoi ne pas demander aux musulmans modérés du quartier d'envoyer leurs gros bras comme vigiles personnelles pour les médecins et autres services d'urgence. Ce serait une belle occasion de
prouver qu'ils existent, eux qui profitent aussi de tous ces services publics.

yves IMBERT 30/03/2012 22:01


Non monsieur le médecin, on n'a pas créé les ghetos, ce sont les immigrés qui les ont créés puisque quand un FDS a les moyens de le faire il éloigne sa famille des "chances pour la France"
incultes et violents  qui entrent à pleine porte et destabilisent la société française.



Francis Claude 30/03/2012 17:51


Le cholera est un fléau en afrique...alors...

jpb 30/03/2012 10:51


filiciter la politique,UMPS PC ,EXPULSION