Oui, les musulmans peuvent et doivent rire d'eux-mêmes..

Publié le 8 Septembre 2012

07.09.2012 | Saira Khan | Daily Mail

 

"Citizen Khan", une sitcom sur la vie quotidienne d'une famille pakistanaise en Angleterre, est accusée de véhiculer préjugés et clichés. Certainement pas, s'exclame cette journaliste, elle-même d'origine pakistanaise, qui trouve la série hilarante, et parfaitement conforme à la réalité.

 

BBC One - Le web de la série TV "Citizen Khan" 

BBC One - Le web de la série TV "Citizen Khan"

Le 27 août, j’ai ri aux éclats en regardant sur BBC One le premier épisode de Citizen Khan [ jeu de mot sur le film ”Citizen Kane” d'Orson Welles], une nouvelle série humoristique sur le chef d’une communauté musulmane et sa famille. Etant moi-même une Britannique de confession musulmane qui porte le nom de Khan et qui a grandi au sein de la communauté asiatique de Nottingham dans les années 70, j’aurais très bien pu être offensée par cette série satirique. Pourtant, je l’ai adorée. Enfin, me suis-je dit, une sitcom britannique qui donne aux musulmans de ce pays l’occasion de rire d’eux-mêmes ! 

premier épisode de la série TV Citizen Khan



Le lendemain de la diffusion, je me suis cependant rendu compte que, contrairement à moi, la majorité des téléspectateurs reprochaient à l’émission de ridiculiser l’islam et de véhiculer des “préjugés sur les Asiatiques”. Les twitters bouillaient même d’une indignation religieuse et moralisatrice. 

La série a été présentée comme une émission humoristique sur une famille musulmane ordinaire de la Grande-Bretagne d’aujourd’hui mais, selon ses détracteurs, elle accumule les clichés sur les musulmans et “manque de respect au Coran”. Qu’elle ait été regardée par près de 3,5 millions de personnes alors qu’elle passait à une heure tardive ne compte pas ! Les seuls mots que ces gens-là ont à la bouche, ce sont les clichés, les préjugés et les insultes. 

Une scène de Citizen Khan semble avoir particulièrement offensé une partie des téléspectateurs : c’est le moment où M. Khan — le type même du chef de communauté terriblement suffisant — rentre chez lui et où sa fille cache son visage maquillé sous son foulard et se met à lire le Coran. Beaucoup de téléspectateurs ont accusé l’auteur de la série — lui-même Britannique musulman — d’insulter le Coran et de dévaloriser le hijab et les valeurs qu’il incarne. 

C’est absurde. On trouve ce genre de filles asiatiques dans toutes les grandes villes britanniques. J’en croise chaque fois que je vais faire du shopping : des filles magnifiques qui vous regardent par-dessous le foulard dont elles ont l’habitude de se couvrir. J’ai grandi en compagnie de filles comme elles. Et paradoxalement, ce sont les plus intelligentes. Elles ont compris que, tant qu’elles obéiraient à leur père, celui-ci serait heureux de les voir rester fidèles aux traditions familiales. C’est cela qui rendait la scène si drôle - elle était si proche de la réalité ! (Si c'est cela l'intelligence des jeunes filles, c'est à désepérer... Ndlr Gérard Brazon)

Beaucoup d’autres éléments de la série représentent parfaitement le quotidien des musulmans en Grande-Bretagne, que ce soit le souci de l’économie qui pousse M. Khan à acheter du papier hygiénique en gros (un trait de caractère qui fait que les musulmans sont si bons en affaires) ou la constante préoccupation de son épouse vis-à-vis de ce que vont penser ses amies et ses voisins. Il est intéressant de noter que, comme dans la vie réelle, Mme Khan ne porte pas toujours le hijab alors que ses filles sont contraintes de le faire. La raison en est que, lorsqu’ils sont arrivés en Grande-Bretagne dans les années 60 ou 70 — comme mes parents —, le couple a voulu adopter la culture de leur nouveau pays et a donc rejeté des symboles culturels comme le hijab qui les distinguaient du reste de la population. Mais, quarante ans plus tard, la situation a tellement changé que l’une des filles Khan est assez sûre d’elle pour vouloir manifester son adhésion à la religion musulmane. 

Quand une émission montre ce genre de détails, il est clair que ses réalisateurs savent exactement de quoi ils parlent. C’est pourquoi la brillante équipe qui a réalisé Citizen Khan mérite les éloges de la communauté musulmane britannique — bien plus que ses critiques. 

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Du côté des médias

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