Parler enfin de l'immigration franchement et clairement.

Publié le 24 Septembre 2011

Un article de l' écrivain sénégalais Monsieur Omar Ba qui a manifestement compris la France d'aujourd'hui et combat le politiquement correct et la soupe bien pensante. Cela fait du bien. Pour autant, il n'a pas dépassé l'anathème des partis radicaux! Probablement pour s'éviter de se mettre les éditeurs bobos sur le dos. Dommage.

Gérard Brazon

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Le jour où on parlera enfin d’immigration

 

Je suis un sénégalais arrivé en France en 2003. Ce pays m’a toujours habité dans une vie quotidienne où les vestiges du passé colonial côtoient les pures traditions africaines. J’entendais parler de la France, frappé par l’image pittoresque qu’on en donnait dans la littérature, les médias, et  les séries télévisées. Mon admiration n’en était que plus grande. J’ai alors tenté l’aventure migratoire comme le font des millions de jeunes dont c’est le seul rêve aujourd’hui.

Une fois en France, j’ai découvert un pays très différent de l’idée que j’en avais. Je me suis alors proposé de partager cette désillusion dans trois livres pour dire aux candidats forcenés à l’immigration combien l’Eldorado tant adulé n’était que pure chimère. Cette littérature n’était faite ni pour «cracher dans la soupe» ni pour stopper les flux migratoires comme certains caricaturistes ont pu le dire. Juste ai-je voulu ouvrir les yeux de migrants prisonniers d’une image déformée des pays qui les attirent inexorablement. Un rêve qui – soit dit en passant – cause des milliers de morts.

Il s’est agi aussi, dans ces publications, d’apporter du sang neuf à un débat sur l’immigration que la victimisation n’en finit pas de figer. Bref, j’ai souhaité détendre l’atmosphère, persuadé qu’aussi longtemps qu’on évoquera le sujet en s’insultant il n’en ressortira rien de positif.

Dans cet exercice que je savais pourtant difficile, j’ai découvert, à mes dépens, un pays où règne en maître un discours policé et fuyant. Ma voix dissonante a été vilipendée, combattue et dénigrée sous le prétexte fallacieux que, dans mes écrits, je n’ai pas livré la bonne chronologie des faits de ma vie. Ce qui – je le rappelle – était délibéré de ma part. Cette hostilité corrobore bien la phrase de Paul Valéry. «Qui ne peut attaquer le raisonnement, disait-il, attaque le raisonneur». Et un célèbre adage d’ajouter : «quand on lui montre la lune, le sot regarde le doigt». Car le fond de mon propos n’a fait l’objet, jusqu’à présent, d’aucune réplique sérieuse.

J’ai alors compris que s’agissant de l’immigration ce qu’on entend par «débat» s’assimile plutôt à un anathème jeté sur quiconque porte un discours clair, fut-il un immigré. Un bâillonnement  systématique prévaut. De ce fait, j’ai compris pourquoi l’extrême droite ne cesse de prospérer malgré les indignations qu’elle suscite. Le fait est qu’un grand espace est laissé en jachère, que cette faction radicale occupe avec un discours fait d’un peu de vérités et de beaucoup de mensonges. Mais parce que la peur de passer pour un fasciste est plus prégnante que jamais, un tel espace est déserté par des citoyens exaspérés qui expriment leur ressentiment dans les urnes.

Aussi curieux que cela puisse paraître c’est en France que le débat sur l’immigration est des plus aseptisés. On ne peut pas prendre une position qui s’écarte de celle dominante sans passer pour un horrible raciste. Un célèbre chroniqueur en a fait l’expérience en mars 2010 quand il a osé constater que la population carcérale en France était majoritairement composée de jeunes issus de l’immigration. Au lieu d’une étude sérieuse sur le pourquoi de cette donnée statistique que tout le monde sait réelle, «la France des choqués» a actionné le rouleau-compresseur médiatique avec son cortège de raccourcis et d’accusations. Résultat, la question de fond a été enfouie dans les caniveaux de la République.

On ne semble pas observer qu’entre le fascisme et l’angélisme il y a bien des voies intermédiaires. Il y en a une principalement, que j’appelle celle de la responsabilité. En quoi est-il horrible de dire que les pays du Nord ne peuvent pas accueillir tous les immigrés qui le souhaitent ? Voilà une vérité qui n’a même pas besoin d’être ressassée pour être vraie. J’irai même plus loin. Prôner l’ouverture des frontières relève d’une véritable perversité intellectuelle qui fait croire à des millions de migrants qu’ils ont le droit de quitter leurs pays respectifs par tous les moyens, y compris meurtriers. C’est bien cela qui m’inquiète par-dessus tout dans l’idéologie tout-immigrationniste.

Comment ne pas voir dans les bons sentiments de certains un réel écran de fumée qui oblitère le nœud du problème ? En tant qu’immigré je sais combien la situation de mes frères et sœurs est préoccupante.  Elle stagne voire empire irrémédiablement. Depuis près d’un demi-siècle, politiques et collectifs de militants se chamaillent sur le sujet sans porter, de part et d’autre, des solutions sérieuses. A coup d’annonces et de petites phrases, des professionnels de la parole publique ont fait de l’immigration un véritable fonds de commerce qui agrémente copieusement leurs discours propagandistes. C’est simple : quand les uns s’indignent de la situation des «pauvres» immigrés, les autres restent dans une surenchère de déclarations à la limite de la xénophobie. Autant dire une ritournelle insupportable qui n’a que trop duré et où chacun essaye de se tailler une légitimité aux yeux de l’opinion. Pendant ce temps, les ghettos s’amplifient, les communautarismes s’exacerbent tout comme les tensions sociales. Surtout, la liste des morts s’allonge sur le chemin de l’exil.

A y être attentif, certains semblent se complaire dans la dichotomie expulsion-indignation servie à longueur d’année. Je pense que le jour où on voudra sérieusement évoquer le sujet de l’immigration, les passions et les émotions devront être contenues sans que ceux qui font cet effort ne soient qualifiés d’horribles fascistes. Des expulsions il y en aura toujours tant qu’il existera une loi qui régit l’entrée et le séjour des étrangers. Je ne vois même pas comment il pourrait en être autrement. L’important est de faire en sorte que les décisions d’éloignement s’accompagnent de mesures efficaces qui aident à la réinsertion dans les pays d’origine. C’est tout le sens de l’immigration circulaire que j’appelle de mes vœux depuis tant d’années.

J’ai pourtant le sentiment qu’une telle politique ne sera pas systématisée de sitôt pour les raisons que je viens d’évoquer.  Alors je continue d’en véhiculer le contenu au milieu des sarcasmes, des intimidations  et des tentatives de déstabilisation.

Omar Ba, écrivain. Dernier ouvrage d’Omar:N’émigrez pas ! l’Europe est un mythe(Jean-Claude Gawsewitch éditeur)

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Photo: Jean-Paul Ney/MaxPPP

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Politique Française

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MIKA 24/09/2011 16:54



Inrerview d'OMAR BA (vidéo)


http://www.youtube.com/watch?v=XWReQs7lgw8&feature=related