Pauvreté : l'état impuissant. Par Chantal Delsol

Publié le 25 Février 2013

Pauvreté : l’État impuissant

Par Chantal Delsol

 

Un État providence hypertrophié ne parvient pas à empêcher la pauvreté de s’étendre. La vraie solution réside dans la solidarité de proximité.

 

En hiver, la pauvreté et l’exclusion se voient davantage… On nous annonce que la population pauvre augmente d’année en année. Nos gouvernants créent des cellules et des commissions antiexclusion. Par ailleurs, selon la tradition républicaine qui prend la morale pour de la politique, ils se préoccupent de donner des leçons de morale aux Églises — comme on sait, ceux qui donnent des leçons de solidarité ne sont jamais ceux qui appliquent la solidarité.

 

Comment se fait-il que nous ayons encore tant de pauvres dans un système providentialiste maximal ? C’est-à-dire dans un système où la providence d’État dépasse déjà les limites : la limite de ce que le contribuable peut supporter, la limite au-delà de laquelle les allocations risquent de développer l’inaction de certains bénéficiaires, la limite de ce qu’un pays peut supporter en termes d’administration pléthorique, la limite au-delà de laquelle les locataires sont si protégés que les propriétaires se font porter pâles au détriment des locataires eux-mêmes.

La cause du développement de la pauvreté serait uniquement le système libéral, l’économie capitaliste, l’avidité des riches et le matérialisme ambiant. Comme c’est court. On se croirait avant le congrès de Tours et l’avènement de Lénine. Nous avons fait un peu de chemin depuis.

 

Avoir une explication uniquement économique (le chômage), c’est déjà du matérialisme. La raison des choses n’est pas toujours matérielle et comptable, loin s’en faut. La solitude mène à la pauvreté ou à la misère. Intégré à une cellule familiale solidaire, le chômeur s’en sort. Il existe en France des familles où l’on vit à cinq adultes sur un seul salaire, en attendant mieux. Les études nous montrent aussi la pauvreté des mères célibataires et l’appauvrissement que suscite une rupture de la cellule familiale. Il n’est pas besoin de grands statisticiens pour démontrer cela, nous le voyons tous les jours, mais on a longtemps caché ces chiffres, qui auraient pu jeter le discrédit sur le divorce ou la liberté individuelle. On dirait que nous sommes empêchés d’affirmer que tel ou tel comportement rend les gens plus heureux. Sans juger personne, on peut affirmer que d’une manière générale les humains vivent mieux quand ils sont entourés de l’affection et de la solidarité de leurs proches. Autrement dit, leur bien-être n’est pas seulement d’origine économique, et la solidarité d’État n’est pas essentielle, mais accessoire. Ce sont des choses d’une banalité si écoeurante qu’on se demande pourquoi il faut encore les prononcer dans un pays normal. L’individualisme, qui a eu le mérite d’abolir les tyrannies particulières, a en même temps livré au vide et à la solitude tous ceux qui manquent de force pour s’en sortir par eux-mêmes. Cette situation, que Tocqueville avait déjà décrite, appelle encore plus de solidarité de proximité qu’autrefois.

Or, en France, la solidarité de proximité est faible, puisqu’on part du principe que l’État doit subvenir à tout : ce qui n’existe pas. L’État qui subvient à tout, c’est la Soviétie ou la Corée du Nord. Autrement dit la misère généralisée.

 

Si nos problèmes à cet égard sont si énormes face à des dépenses publiques pourtant considérables, si d’autres pays s’en sortent beaucoup mieux, c’est que nous avons voulu remplacer entièrement la charité par la justice distributive. L’appareil de la justice distributive est une énorme machine, qui catégorise les gens comme des caramels dans une boîte et ne peut s’arrêter aux problèmes particuliers. Les citoyens socialisés, autonomes, dotés, peuvent se répartir en catégories et marcher dans les listes préparées — car, c’est bien connu, les gens heureux n’ont pas d’histoire. Mais chaque exclu raconte une singularité si spécifique qu’aucune catégorie ne l’englobe. Chaque malheur est unique. Le gouvernement s’étonne que presque un million de pauvres ne vont même pas chercher le RSA activité auquel ils ont droit. C’est que la solidarité devrait être particularisée. À Rome, c’est l’association Sant’Egidio qui s’occupe des exclus, légitimée et soutenue par la Ville.

 

La cause de la pauvreté n’est pas seulement le chômage, mais aussi la solitude ; la réponse à la pauvreté n’est pas seulement l’allocation, mais aussi la présence. Impossible à comprendre pour des oreilles socialistes !

 

Pauvreté : l’État impuissant (article du magazine Valeurs Actuelles)

par Liberté Chérie Nice, lundi 25 février 2013, 08:45 · 

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Point de vue

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mika 25/02/2013 16:44


Et la solidarité de l'état vis à vis des constructeurs automobiles français ?


Le Ministère de l’Intérieur
renouvelle la flotte de la Police et commande des VW et des Ford ! Que dit Mr Montebourg ? http://abcmoteur.fr/actualites/police-achete-voitures-etrangeres/