Peut-on durablement consommer sans produire en France ?

Publié le 3 Août 2012

Une prise de conscience?  

Le Monde

Autrefois de nombreuses entreprises arboraient en France le fier qualificatif d'"import-export". En ces temps - pas si reculés - le commerce consistait en un échange de produits et services réalisés dans son propre pays contre des biens ou des services réalisés ailleurs du fait de la géographie, des économies spécialisées ou des conditions du marché.

 

Aujourd'hui en France tout concourt à faire de notre pays une "grosse économie" paresseuse et dépendante des créanciers qui se contente d'importer tout ce qu'elle n'a pas (plus) le courage et l'envie de produire.

 

Prenons simplement trois exemples emblématiques de notre économie de la consommation :

- la téléphonie mobile : jadis (il y a moins de 15 ans) lors du lancement de ce service des constructeurs français étaient présents (Sagem ou Alcatel) et vendaient des téléphones de qualité, produits souvent en France, aux côtés de Nokia ou de Siemens, autres marques européennes qui produisaient sur le continent. Aujourd'hui la téléphonie mobile compte pour 5 milliards d'euros dans le déficit du commerce extérieur, plus aucun téléphone n'est fabriqué en France depuis des années (Alcatel signant des téléphones low cost produits en Chine).

 

Pis encore, si on fait le compte des équipements professionnels de télécommunication, des applications téléchargées sur les différents "markets" par les utilisateurs et évidemment de la vente des téléphones, on peut dire que cette activité est devenue une source massive d'évasion de richesses et de perte d'indépendance pour notre pays (ne parlons pas d'Internet non plus).

 

- l'automobile : il y a 10 ans encore l'automobile participait à hauteur de 10 milliards d'euros au solde positif de notre commerce extérieur. Aujourd'hui le solde négatif est d'environ 5 milliards d'euros - mais combien dans les prochaines années ? Si Renault, malgré la conjoncture morose, gagne encore de l'argent c'est à la fois sur des marchés étrangers (hors Europe) mais aussi et surtout parce qu'il produit à bas coût hors de France. Avec un taux d'occupation des usines de 60 % en France on peut estimer que les droits à polluer permettent d'assurer les paies des salariés qui produisent (et produiront) de moins en moins. A un moment ou à un autre il faudra bien fermer nos usines - ou alors accepter qu'elles ne servent plus que de musées du XXe siècle industriel.

 

- l'alimentation : c'est toujours un secteur porteur et qui apporte un excédent annuel (en 2011) de près de 11 milliards à notre commerce extérieur. Mais attention : nos produits sont bien peu positionnés sur l'air du temps : bio, sans engrais ni pesticides. Là encore nous n'avons pas pris les bonnes décisions il y a 10 ou 15 ans et le coût de la main d'œuvre agricole pèse de plus en plus sur nos prix.

 

Qu'en déduire sinon que notre pays n'aime plus guère produire, qu'il se croit encore en position dominante d'Empire pouvant dicter ses lois économiques au monde entier et que si nous n'abandonnons pas très vite le mythe de relance keynésienne par la consommation nous deviendrons collectivement un pays d'assistés, dépendant du crédit des autres, visité comme un musée des XIXe et XXe siècles mais certainement pas comme une nation capable de fournir des solutions ou des services pour l'avenir - qui avec 7 milliards de terriens sera laborieux ou ne sera pas.

Didier Cozin, ingénieur de formation professionnelle

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Economie-Finance-Industrie

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lasserre 03/08/2012 14:54


L'Australie ...c'est loin ?