Philippe Karsenty: la vérité sur « l’affaire al-Doura » doit sortir au grand jour

Publié le 30 Octobre 2010

 

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« Il est temps que la vérité sur « l’affaire al-Doura »  sorte au grand jour, on ne peut accepter l’inacceptable » 

 

Une interview exclusive de Philippe Karsenty, conjointement préparée par Aschkel, Marc Brzustowski, le magazine Méteor, et réalisée par Michaëla Benhaim.


Pour © 2010 aschkel.info, © 2010 lessakele et © 2010 Météor Magazine

 

 

 

Philippe-1.pngMalgré un emploi du temps chargé, Philippe Karsenty nous a fait le plaisir de nous accorder une interview pendant son bref séjour en Israël. Depuis huit ans, Philippe Karsenty se bat pour rétablir la vérité sur « l’affaire al- Doura ». Suite à la récente sortie du livre de Charles Enderlin « Un enfant est mort », Philippe Karsenty s’est déplacé pour rencontrer des officiels israéliens.

 

Pas de mausolée pour l’enfant martyr ?

 

Michaëla Benhaim : Mohammed al Dura est-il bien mort et connaît-on le lieu de sa tombe avec certitude, car il est étrange que les Palestiniens, vu l’ampleur de l’affaire, n’en n’aient pas fait un lieu de culte, voire même un lieu de pèlerinage ?

 

Philippe Karsenty : Ce que l’on peut affirmer et certifier, c’est que l’enfant que l’on voit à la fin du reportage de France2 n’est pas mort. Ce reportage de Charles Enderlin est une mise en scène pure et simple. Pour le reste, cela fait dix ans que cela s’est passé, Gaza est une zone dangereuse. Je n’ai aucun moyen de savoir ce qui s’est passé dans les heures, les jours, les années qui ont suivi. Mon « travail » s’arrête lorsque le caméraman de France 2 coupe sa caméra et que Charles Enderlin affirme que l’enfant est mort alors que ce n’est pas vrai.

 

M.B : Pour quelle raison le rapport d’expertise prouvant que c’est une supercherie n’a pas été publié à travers le monde ? Ce rapport figure t-il dans le dossier judiciaire ?

 

P.K : Le rapport balistique qui dénonce la supercherie est accessible à tous sur le site de Media-Ratings (www.M-R.fr) depuis deux ans. Ce rapport figure dans le dossier judiciaire.

 

 

M.B : le 22 octobre 2010, un communiqué officiel du bureau du 1er ministre Benyamin Netanyahou a été publié. Il est très accusateur contre France2 et Charles Enderlin. Comment expliquez-vous ce revirement et pourquoi ?

 

P.K : L’attitude des autorités israéliennes a, pendant plusieurs années, été décevante. J’ai l’impression qu’ils n’avaient pas saisi l’ampleur et l’importance de cette affaire. Aujourd’hui, grâce - et j’insiste sur le mot grâce - à la sortie du livre de Charles Enderlin et au tapage médiatique qu’il a entraîné en France, les Israéliens se sont réveillés et ont réalisé que cette histoire n’a eu de cesse de prospérer dans le monde entier et a continué à causer des ravages. D’autant plus qu’Enderlin a rajouté dans son livre des éléments concernant les Israéliens. A chaque intervention dans les médias (France 2, France Culture, France Inter, le Monde…) il a soutenu certains arguments, entre autres, des plus saugrenus : il a affirmé qu’Israël confirme que son cameraman palestinien, Talal Abu Rahma est « blanc comme neige » et qu’il a le soutien de l’armée israélienne. Ainsi, il continue à embarquer les Israéliens dans ses analyses mensongères et accusatrices contre Israël.

 

Notre silence est instrumentalisé !

« L’affaire al Doura » est une des accusations les plus graves contre l’Etat d’Israël depuis sa création. C’est l’image qui a, sans aucun doute, le plus choqué dans le monde, cette dernière décennie.

 

 

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Bamako

 

 

Le travail de fourmis effectué par un grand nombre de personnes, dont moi, a donné ses fruits pour, finalement, atteindre un grand nombre d’intellectuels, de journalistes et enfin d’hommes politiques israéliens, mais aussi françaisBeaucoup ont ouvert les yeux et se demandent comment se fait-il qu’avec un montage aussi grossier, nous nous soyons tous fait manipuler !

 

 

M.B : Pourquoi, le gouvernement israélien ne poursuit-il pas Charles Enderlin devant un tribunal du pays  tout en sachant qu’il est également Israélien ?

 

P.K : Je n’ai pas à me mêler de la justice israélienne. L’objet de mes passages en Israël est, d’une part, d’avancer au niveau des rencontres avec des politiques, et d’autre part d’avancer au niveau médiatique, faire passer le message afin que gouvernement comprenne que la situation est intenable. Il y a quelques personnes qui bloquaient- on va parler au passé, sans les nommer - parce que cette affaire ne les arrangeait pas. « L’affaire al Doura » est une affaire d’un intérêt général contre l’intérêt privé. Personne n’a d’intérêt particulier à ce que la vérité sorte au grand jour. « Seuls » l’ensemble des citoyens israéliens, des Juifs et des hommes épris de vérité dans le monde entier, y compris les Français, y ont intérêt ! C’est bon pour la démocratie, celle de la France, entre autres, qui devrait faire le ménage dans ses medias. En revanche il y a beaucoup de gens qui ont à perdre dans cette affaire, dont certains en Israël continuent à défendre Charles Enderlin pour couvrir leurs propres erreurs passées. Au sein de l’establishment israélien, Enderlin est encore très puissant et soutenu malgré ses « états de service ». Mais les choses sont en train de changer.

 

 

M.B : Justement, nous assistons à une prise à partie virulente de Ben Dror Yemini dans le quotidien « Maariv », contre la mollesse des gouvernements sur cette question depuis l’année 2000 : peut-on parler de pression médiatique sur l’actuel gouvernement, ou qu’il était tout simplement temps de percer l’abcès ? 

 

P.K : Je rencontre beaucoup d’officiels israéliens et je pense que oui, les medias les motivent un peu. Cette histoire montre une fois de plus le pouvoir des médias. C’est un média, France 2, qui a créé ce « bidonnage », et  ce sont les medias qui se sont unis pour le défendre. J’ai rencontré des gens de presse formidables, également des gens de bonne volonté en Israël qui m’ont confié « tu comprends, on connaît Charles depuis tellement longtemps, ça m’embête de …. ». Pour moi, le problème n’est pas Charles Enderlin, mais le tort que cette histoire a causé à Israël et au reste du monde. Il est grand temps que cette histoire soit rectifiée.

 

 

M.B : Vous allez rentrer en France. Charles Enderlin y dispose toujours d’appuis officiels qui n’hésitent pas à prendre en otage le public par voie de presse ou par l’entremise d’un livre « Un enfant est mort ». Ces milieux continuent d’accuser une grande partie de la communauté juive et vous-même de « thèse conspirationniste ». Ce communiqué vous permet-il de rouvrir le dossier en vue de l’établissement des faits, malgré l’ostracisme qui règne dans ce pays sur cette question ?

 

P.K : Tout se fait par étapes. J’avance progressivement au niveau politique et médiatique en France et  en Israël, et à un moment donné, cela va coûter trop cher à France 2, et à l’Etat français, de s’entêter et de couvrir ce bidonnage. Ils seront obligés de lâcher. Le nouveau président de France Télévisions, Remy  Pflimlin , qui semblait avoir de bonnes dispositions lors de sa prise de fonction, ne serait-ce que pour découvrir la vérité, n’a rien fait jusque-là et a refusé toute avancée. Il a aussi largement donné l’antenne à Enderlin à la parution de son livre sans lui apporter de contradiction. C’est absolument scandaleux. A un moment donné, tous ceux qui ont participé à cette mascarade avaleront leur chapeau !


Il y a aussi un problème avec certains diplomates en Israël, pas tous : il existe une pseudo élite, un establishment, qui entretient des relations consanguines avec les medias et qui a peur de les confronter. Mais de la même façon que l’on n’apaise jamais les terroristes ni les dictateurs, l’apaisement n’a jamais fonctionné avec les medias diffamateurs. S’ils se comportent de façon criminelle comme l’a fait France 2, il faut les traiter comme tels. Quand un media donne une information fausse, il faut la réfuter et faire payer un prix aux médias et aux journalistes menteurs.

 

Le mensonge ne peut être combattu que par la vérité !

 

En Israël, les  autorités savent très bien se défendre face aux attaques militaires. Mais je déplore que lorsque cela devient médiatique,  elles perdent leurs moyens. Diplomatiquement, c’est carrément la catastrophe ! Le bilan diplomatique du ministère des Affaires étrangères israélien  est mauvais si on analyse leurs résultats sur les 10 dernières années. Médiatiquement et diplomatiquement, l’image d’Israël est en faillite. Il est grand temps de changer leur façon de faire de la diplomatie et leurs méthodes de communication pour obtenir des résultats plus favorables !

 

 

M.B : Pensez-vous que cette position officielle de l’Etat d’Israël ouvre un nouveau chapitre diplomatique qui contraint des personnalités comme Valérie Hoffenberg à revoir leur jugement, alors qu’il ne s’agissait auparavant que du combat d’un « franc-tireur » ?

 

P.K : Il y a une réponse toute simple à faire au sujet de Valérie Hoffenberg : elle ne m’intéresse plus et les seules choses qui parlent « en sa faveur » sont les remerciements que lui a fait Charles Enderlin dans son livre, pour n’avoir pas participé au combat « al-Doura ». Je suis uniquement à la recherche de la vérité. A un moment donné, j’ai été contraint de cibler certaines personnes, car elles faisaient obstacle à la progression de la vérité, car j’ai toujours dit que ceux ou celles qui se mettraient entre moi et la vérité, je les écarterai. Quand ces personnes qui ont fait obstruction se sont manifestées de façon bruyante ou en coulisses pour m’empêcher d’atteindre mon objectif, j’ai été obligé de les neutraliser. Je n’ai plus aucune raison de me plaindre de Valerie Hoffenberg puisqu’elle ne s’occupe plus de cette affaire.

 

 

M.B : Jusqu'à présent, la France se contentait de surfer sur le silence d’Israël, comme la commission Golstone ou comme l’enquête de l’ONU sur la flottille. Cette reconnaissance tardive peut-elle permettre de faire voler en éclats cette omerta, face à laquelle celui qui se tait a toujours tort ?

 

P.K : C’est indéniable, celui qui se tait a toujours tort. Je pense que l’on a une trop grande indulgence actuellement envers la diplomatie française. Par exemple, Bernard Kouchner a fait remettre la Légion d’Honneur à Charles Enderlin après qu’il ait perdu son procès contre moi. Je constate que l’on a tous un regard assez critique sur la diplomatie américaine de Barak Obama. Moi aussi. Néanmoins, je note que la diplomatie américaine d’Obama s’est beaucoup mieux comportée vis-à-vis d’Israël que celle de la France de Sarkozy. L’analyse précise du vote des résolutions à l’ONU, effectuée par des expertes telles que Malka Marcovitch ou Ann Bayefsky, prouve que l’administration américaine a voté contre le rapport Goldstone, ainsi que contre la plupart des résolutions qui accablaient Israël à l’ONU. Il n’en n’est pas de même pour l’administration Sarkozy - un président mal influencé, mal entouré, avec des conseillers diplomatiques peu compétents - et qui s’est laissé guider pour finalement épouser la ligne diplomatique du Quai d’Orsay.

 

 

M.B : Est-ce finalement la reconnaissance du caractère d’exemple que vous attribuez à « l’affaire al-Doura », avec toutes les conséquences en terme de délégitimation, que nous commençons juste à comprendre et à voir sous un autre angle aujourd’hui ?

 

P.K : Dans « l’affaire al-Doura », comme dans l’affaire Goldstone, les antisémites se servent à chaque fois d’un Juif : Charles Enderlin d’un coté, ou Richard Goldstone de l’autre, pour valider leurs accusations les plus accablantes envers l’Etat d’Israël.

 

On a toujours besoin d’un Juif pour accabler les Juifs. C’est une histoire qui se répète depuis 3000 ans.

 

Lors d’une conférence à laquelle j’avais participé à Jérusalem en février 2010, l’assistance m’avait hué au départ parce que j’avais commencé en remerciant Goldstone pour son rapport. En réalité, je remerciais Richard Goldstone d’avoir ouvert les yeux à de nombreux Israéliens. Le fait de ne pas répondre aux mensonges des medias a un prix. On constate que le rapport Goldstone est fait de plusieurs choses : de mensonges médiatiques répétés dans le rapport et de mensonges d’ONG qui n’ont fait que pomper leurs mensonges dans ceux des medias.


Grâce à Golstone, il y a eu un déclic en Israël. Toute cette campagne qui est menée contre I’ Etat juif est une vraie campagne antisémite internationale et si vous pensiez que l’antisémitisme est démodé, c’est faux ; ils lui ont juste trouvé une autre dénomination : « l’antisionisme », ce qui est en fait la même chose. En France, en 2009, il y a quand même eu un Parti Antisioniste qui a été autorisé à se présenter aux élections européennes ; c’est vous dire la tolérance que l’on a aujourd’hui envers ce phénomène !


Nous sommes actuellement dans une situation d’antisémitisme pur avec malheureusement des Juifs en Israël qui servent ces ennemis-là.

 

 

M.B : Un dernier mot sur le livre de Charles Enderlin « Un enfant est mort » qu’il est d’ailleurs possible de lire directement sur internet

 

P.K  : La grande thèse du livre d’Enderlin est de dire qu’en fin de compte on s’est attaqué à « l’affaire al-Doura » afin de décrédibiliser ses livres « d’histoire » tel que le « Rêve brisé ». Charles Enderlin est celui qui a tenté et réussi en France à reconstruire l’Histoire, il est parvenu [selon lui] à casser le consensus historique international. Ainsi, à l’époque, en l’an 2000, lorsque tous les négociateurs avaient constaté qu’Arafat avait refusé les offres généreuses d’Ehoud Barak ; Enderlin, lui, avait totalement démenti cette version des faits en 2002 en affirmant que Barak n’avait jamais fait d’offre généreuse à Arafat. Il affirme que c’est uniquement pour lutter contre ses livres « d’histoire »  que l’on cherche à le décrédibiliser sur al-Doura. C’est faux. al-Doura est un bidonnage. Le livre qu’il vient de publier sur l’affaire n’est qu’un tissu de mensonges. Quand on voit comment il peut mentir sur des choses aussi facilement vérifiables que celles qui se trouvent dans ce livre, quand on observe sa mauvaise foi et sa capacité à écarter les faits qui gênent le message idéologique qu’il souhaite répandre, on doit légitimement douter du contenu de ses précédents livres. Par conséquent, dès mon retour à Paris, je vais mettre en place une équipe de chercheurs qui va éplucher ses livres, regarder les faits et interroger les personnes citées (si elles sont encore en vie) pour voir si elles confirment ou infirment, les propos avancés par Enderlin. Nous publierons un rapport dans les mois qui viennent.

 

Merci Philippe Karsenty

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Politique Française

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