Politique : l’industrie du mensonge ou le syndrome de Janus par Guy Sauvage.

Publié le 13 Avril 2013

Bien sûr, tout le monde ment, tous les jours, et pour toujours. Petits mensonges artisanaux d’évitements de conflits, petits mensonges artistes de ménagement, de protection de nos agressivités de contact avec autrui.

Par Guy Sauvage

Masques.gif Mentir, de « mens » (esprit), sous-entend la nécessité de l’intelligence d’un assouplissement dans nos relations humaines quotidiennes, sociales, amoureuses, altruistes…

Par contre, le mensonge industriel prend son expansion dans d’autres formes, plus centrées sur les intérêts directs de ses auteurs.

En politique, par exemple, essentiellement BINAIRE, le mensonge sépare, dans ses schémas rhétoriques simplistes, les représentations du « bon » et du « mauvais ».

Mon groupe, mon parti prend image de moralité, de droit, du bel agir, des bonnes solutions, de la liberté, du meilleur intérêt de tous… contre l’ « autre », contraire, mauvais, fauteur de troubles, cynique, égoïste, diabolisé…

Et voici mes excellents arguments en faveur des miens (et donc de moi-même), et mon hostilité envers les méchants, en face, qui ne nous et ne vous veulent que du mal, sans le dire, bien sûr.

… Avec les omissions de rigueur pour ce qui ne va pas chez moi et pour ce qui va pas si mal chez eux.

Cette industrie mensongère serait fondamentale pour certains, car elle permettrait, selon eux, l’alternance politique possible après les déceptions habituelles d’une équipe sortante. Elle rendrait espoir au peuple et l’ouvrirait à de nouvelles promesses aussi peu fécondes. Cycle vicieux, mais bien fonctionnel.

Toutes les campagnes électorales se fondent sur ces illusions  (le changement qui chante, maintenant ou aux calendes) et se suivent par les mêmes désenchantements ou encore l’éternelle attente de la baguette magique de l’homme providentiel.

Comment comprendre alors l’explosion politique actuelle après, au fond, un mensonge industriel de plus d’un ministre de l’argent?

Tout le monde sait que des hommes et des femmes politiques, comme dans toutes professions, mentent avec une même assurance cynique et se préoccupent avant tout de leurs propres (ou sales) intérêts.

Il y a certes des doses insupportables de mensonges, surtout après de pareilles couches cumulatives, mais, peut-être aussi le murissement de ce que l’on pourrait appeler le syndrome de Janus.

Ce dieu antique romain présentait un double visage. Dieu des « portes », il était censé pouvoir ouvrir ou fermer les portes de la paix ou de la guerre, selon son bon vouloir.

Janus, aujourd’hui, ce serait le double visage, le double langage du pompier pyromane, du pasteur pédophile, de l’imam terroriste au bon sourire modéré, de l’antiraciste esclavagiste, de l’agresseur victime, du partouzeur rigoriste, du socialiste fraudeur (liste non exhaustive…).

Janus, ce serait l’écart enfin insupportable entre le discours et la réalité, tenu depuis trop longtemps comme norme bien-pensante en politique et dans bien d’autres domaines.

Oui, la foi est le plus souvent bien dangereuse, ouvrant la porte à toutes dérives des croyances les plus délirantes, au sens psychiatrique des termes.

Faire con-fiance au discours d’une supposée autorité, politique ou religieuse, devrait passer de moins en moins. Faire con-fiance aux mots-écrans du virtuel ou du désir que le monde soit tel qu’on veut le croire ne conforte que la dénégation de la réalité. On parle à présent du « sentiment » d’insécurité, d’urinoir unisexe ou d’un ministre Janus, brocardé comme « isolé » dans ses mensonges, alors qu’il n’en reçoit que les dividendes.

Désastre…

Pourtant, des retombées constructives du désastre actuel pourraient se concevoir.  Un esprit critique en vigilance, un ne-pas-croire à la fumée des discours, le demander-raison à nos « responsables » de leurs promesses creuses, les rappels du concret…, bref,  un véritable débat démocratique ouvrirait mieux à TOUS une meilleure capacité de penser.

Guy SAUVAGE

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Point de vue

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