Pour en finir avec François Fillon et la médiocratie. Lettre ouverte par Henry Flecher

Publié le 14 Décembre 2012

Lettre ouverte à François Fillon

Monsieur le Premier Ministre,

Je milite à droite depuis 50 ans (j'ai eu 68 ans le 29 novembre et à 18 ans j'étais déjà bien engagé) et j'ai connu, vous vous en doutez, de nombreux hommes politiques, petits ou grands.

Quand vous êtes apparu sur la scène politique française, vous m'êtes apparu comme quelqu'un de sympathique, calme et déterminé - bien qu'assez peu militant, je dois dire. Et tout au long des cinq années durant lesquelles vous avez été Premier Ministre, j'ai souvent admiré cet espèce de détachement qui semblait vous conférer une "force tranquille" qui s'alliait bien avec le volontarisme et la pugnacité de Nicolas Sarkozy.

Cependant, de temps à autre, vous laissiez échapper un mot, une "petite phrase", laissant à entendre que vous estimiez avoir un destin personnel, un rôle important à jouer pour l'avenir de notre pays, une "vision" de la politique qui apporterait, le moment venu, un regain d'humanisme dans ce monde si brutal de la politique. Et cela sonnait juste, tout en étant un peu prématuré selon moi.

Puis de temps à autre, le temps passant, vous laissiez entendre même votre différence voire votre désaccord face à celui qui vous avait choisi comme le premier de ses ministres, et là je me disais: mais pourquoi fait-il cela? Est-ce par opportunisme et pour préparer de futures échéances électorales?

Lors de la campagne présidentielle, j'ai assisté au meeting que vous avez tenu au Zenith, à Toulon (avec une heure de retard) et je dois dire que ma désillusion a commencé en vous écoutant et en vous regardant: vous sembliez être là en service commandé, sans chaleur et sans passion, articulant des slogans pour la foule mais manifestement sans aucune empathie.

J'en serais resté là de mes interrogations vous concernant si, par la suite, vous ne m'aviez à nouveau surpris à plusieurs reprises: en quittant la circonscription de la Sarthe pour vous présenter à Paris, faisant perdre votre circonscription à l'UMP mais vous assurant un siège au palais Bourbon dans une circonscription plus proche de la capitale.

Puis en vous précipitant pour annoncer votre candidature à la présidence de l'UMP, là où il aurait peut-être été plus sage d'être moins pressé et mieux entouré. Mais après tout, pourquoi pas? J'ai fait partie de ceux qui pensaient que quel que soit le candidat élu, nous nous rangerions tous derrière lui.

Toutefois, vous avez voulu, dès l'abord, tenter de démontrer aux militants et aux sympathisants que vous étiez le mieux placé, "le plus fort", en faisant la course aux parrainages et en demandant à des députés membres de l'UMP de faire ouvertement campagne pour vous contre Jean-François COPE.

Vous n'étiez pas privé de l'appareil de l'UMP à ce moment là, que je sache, ni durant l'élection elle-même: preuve en est le nombre d'e-mails reçus par les militants recensés sur les fichiers et émanant soit de vous soit de vos soutiens.

Mais voilà! les sondages et les médias vous avaient placé sur un nuage et vous n'étiez pas prêt à en descendre lorsque les premiers résultats sont tombés. Et c'est là que votre masque est tombé.

Vous vous disiez auparavant confiant en nos institutions, dans lesquelles vos partisans étaient largement représentés, mais à l'annonce de votre probable défaite, vous avez "perdu la tête" (passez-moi cette expression!) et changé de tactique, de stratégie, et de manière d'agir: à telle heure vous déclariez vouloir vous en remettre à la décision de la Commission de Contrôle, qui sans nul doute rectifierait les "errements de la COCOE, puis tout à coup cette CNR n'était plus légitime, plus honnête, plus recevable à proclamer quelque résultat que ce soit: non, il fallait que l'on vous déclare vainqueur, vous ou personne!

Mais comme vous n'étiez pas bien sûr de vous, ni même de vos amis, il vous est alors venu à l'esprit qu'une menace de scission pourrait forcer la main à ceux qui s'apprêtaient à faire revenir le calme et à se mettre au travail.

Et, pis encore, alors que l'on vous demandait de tendre la main afin de résoudre le conflit que vos soutiens attisaient comme à plaisir, vous faisiez déposer l'annonce de la création du RUMP, provoquant outre l'hilarité de nos voisins anglais, la colère et le désengagement chez des centaines ou des milliers de militants.

Vous qui vous disiez rassembleur, vous êtes devenu diviseur.

Et pour ne pas vous avouer vaincu, vous semblez avoir préféré provoquer une profonde fracture au sein de l'UMP, qui s'apprêtait à faire son travail de parti d'opposition et qui au lieu de cela a dû à nouveau se battre sur des fronts internes que vous avez ouverts.

On peut ne pas être un inconditionnel de Jean-François COPE, mais dans le cas d'espèce, c'est lui qui a été élu et proclamé comme tel par nos institutions mises en place il y a bien longtemps par Xavier BERTRAND. Et dès lors, votre devoir était d'accepter ce vote des militants, même s'il ne correspondait pas aux  sondages effectués auprès des sympathisants et aux souhaits des médias.

En agissant comme vous l'avez fait, vous avez causé des blessures profondes à notre mouvement et à notre électorat, et il faut aujourd'hui vous reprendre.

Il restera des cicatrices, des plaies, des pertes. Mais, alors que le Gouvernement et ses ministres accumulent jour après jour les erreurs, les fautes, les trahisons sans que l'opposition soit en mesure de lui faire échec en bon ordre, il est urgent pour vous de lâcher prise, de rentrer dans le rang, d'admettre les règles de la démocratie interne qui, quoi qu'on dise, a fonctionné.

Monsieur le Premier Ministre, si vous désirez donner l'image d'un Homme d'Etat, sachez perdre avec la dignité qu'a eue Nicolas Sarkozy.

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Politique Française

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