Pourquoi l'islam et la oumma n'est pas une ochlocratie, mais un système totalitaire.Par Elisa Naibed

Publié le 9 Juin 2011

par Elisa Naibed,

 L' ochlocratie  , c'est le pouvoir de la foule souhaité par les anarchistes, anarcho-capitalistes et autres libertariens, une foule d'individus qui impose ses désirs, chaotiques et contradictoires, à tous. C'est le stade ultime de dégénérescence de la démocratie, où les intérêts particulier d'individus ou de groupes d'individus (via, p.e. un pouvoir syndical exorbitant) effacent complètement l'intérêt général (exemple:  lors des manifestations contre le Contrat première embauche).  Et non le gouvernement de tous par tous, qui est une notion certes voisine mais distincte, une autre dangereuse illusion du même type qu'on rencontre dans le excès à vouloir établir une démocratie directe (qui pourrait être un stade qui précède l'ochlocratie). 

 Pour basculer dans cette forme d'anarchie qu'est l'ochlocratie, il faut être passé par le stade de la démocratie, dont l'ochlocratie, comme l'oligarchie sont des cancers toujours présent).  Lorsque les masses arabes éprises de "liberté" s'imposent, elles n'ont connu ni démocratie, ni liberté de l'individu, et elles ne sont qu'un troupeau grégaire imprégné, depuis une dizaine de siècles, du lavage du cerveau qu'est l'islam. Un lavage de cerveau qui est bien plus structuré qu'on ne le croit, car il est encadré par les quatre écoles juridiques sunnites, et l'école juridique chiite depuis des siècles. 

 

Il s'agit donc bien plus d'une communauté (la Oumma) animée par un  mouvement totalitaire, à l'instar du communisme ou du fascisme, bien structuré (1),  réunie par une idéologie militaro-religieuse. Rien à voir avec un débordement de masses dans une démocratie chancelante.  

 

Sur le nationalisme laic et l'islamisme, je suis assez d'accord. Sauf que je ne dirais pas que ce sont 2 faces d'une même pièce, mais plutôt un phénomène qui encapsule l'autre ! Que ce soit le panarabisme, le nationalisme laïc, ou d'autres tentatives de modernisation au sein du monde arabo-musulmans, ce ne sont que des pelures d'orange autour de la communauté islamique,  une couche qui se surajoute à l'islam, mais sans oser vraiment le contredire. 

 

A lire: l'excellent article  de Lucien-Samir Oulahbib intitulé   "Nationalisme Arabe et Islamisme: les deux faces d'une même médaille",   où il explique bien que  la prétendue opposition entre islamisme et nationalisme arabe relève d'une conception occidentale parfaitement erronée : si le nationalisme arabe a certes prétendu moderniser l’islam, il n’a jamais cherché à se séparer du religieux, ni de la notion de Oumma (Communauté des croyants) pensée comme d'une "Essence" immuable. Entre le nationalisme arabe et l'islamisme, il n'y a donc pas d'opposition sur les objectifs de fond, à savoir la résurgence de la grandeur d’autrefois, le Califat, mais seulement sur les moyens d’y parvenir : la renaissance (‘Nahda’) pour le premier en s’inspirant des efforts de modernisation prônée au début du XIXe siècle par certains intellectuels installés en Europe; et le retour à l’imitation des pieux ancêtres (‘al-salaf al-salih’ qui donna le mot salafisme) pour le second. L'islam se définissant comme LA religion même, il était totalement exclu que le nationalisme arabe (ou sa variante socialiste) prenne pour socle une idéologie distincte de - et, a fortiori, en opposition avec - ce dernier. Même Mustafa Kemal, dit Atatürk, celui qui aura été le plus loin en matière de « laïcité », n’osera jamais franchir la ligne rouge, précisant toujours que le kémalisme n’était pas une idéologie.

En conclusion : nationalisme ou socialisme arabe ne peuvent prétendre qu’à moderniser superficiellement la façade institutionnelle et sociétale de l'islam, mais certainement pas son contenu. Voilà qui pose clairement les limites de la soi-disant « laïcité » en pays musulman, et le refus catégorique de nos soi-disant laïques, en ce compris, malgré le mythe, Atatürk (2), d’épouser vraiment les valeurs de la modernité, que ce soit au plan politique comme au plan des libertés individuelles.

 

 

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(1) contrairement à ce qu'on entend souvent à propos de l'islam, par ceux qui mettent en évidence l'absence d'une structure ecclésiale forte (comme l'ECR, p.e.), et qui méconnaissent que le même résultat peut être obtenu par un réseau de structures d'encadrement comme ces écoles juridiques, avec tout leur réseau de madrasas, de mosquées, d'imams, de caïds, et de prédicateurs variés...

 

(2)  pour une compilation de fait, de 1923 à 2003, illustrant cette "laïcité" à la turque : Liberté religieuse: Retour sur la laïcité à la turque   

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Point de vue

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