Pourquoi la France vole au secours de la Centrafrique. Préface Gérard Brazon

Publié le 16 Octobre 2013

Souvenons-nous de Bokassa, de son couronnement comme Empereur, de la politique de Giscard, des tonnes d'argent des contribuables français déversé dans les poches de ces dictatures africaines. Quand cela va-t-il cesser ?

Gérard Brazon interview3  La France s'africanise de plus en plus et les résidents africains et d'ailleurs n'ont même pas la reconnaissance envers le peuple de France. "Sales blancs, tête de craie, sale français" et autres joyeusetés accompagnent le passant de la France profonde ou non. Les bobos parisiens adooorent la station Châtelet du RER. C'est le dépaysement total sur tous les plans. Sauf quand ils se font agresser par les "chances pour la France".

Hier, un ami Français, issu de la Côte d'Ivoire, habitant à Rueil-Malmaison prés de Nanterre me disait que son fils de 13 ans avait été obligé de fuir en courant, à la sortie de son école, des "chances pour la France" pour préserver son blouson. Pourtant, il est noir de peau. Ce gamin a eu la peur de sa vie. Plus personne n'est à l'abri.

Qui sont les responsables de ce gâchis ?

Ne vaudrait-il pas mieux permettre aux africains et autres de vivre chez eux ? Sont-ils plus heureux en France ? Quel résultat cela va-t-il provoquer sur notre territoire ? Je crains le pire devant cette politique aveugle des différents gouvernements et des intérêts d'une certaine France-Afrique qui perdure encore.

A la différence près que c'est désormais la France qui devient africaine et importe sur son territoire de futurs conflits religieux et ethniques.

Gérard Brazon

****

Le Point.fr

La crise en Centrafrique ressemble à bien des égards au précédent malien. Une rébellion qui renverse un président en poste depuis dix ans. Un coup d'État qui provoque immédiatement l'effondrement d'institutions fragiles. Des insurgés qui profitent du vide sécuritaire pour se livrer aux pires exactions sur la population. Un lobbying diplomatique intensif de la France, ancienne puissance coloniale, pour convaincre l'ONU de la nécessité d'un soutien militaire international. Puis la décision de Paris d'envoyer des troupes sur place pour appuyer une force africaine. La France est-elle sur le point de reproduire le scénario malien en République centrafricaine

"La situation n'est pas du tout la même que pour le Mali", explique au Point.fr un diplomate occidental ayant requis l'anonymat. "Le Mali était une intervention décidée dans l'urgence suite à une attaque terroriste", insiste le diplomate. "En République centrafricaine, l'optique est clairement de soutenir les forces africaines." Sauf que cette notion d'"appui" à une armée étrangère avait déjà été avancée par Paris en début d'année pour justifier l'intervention française au Mali.

Réaction "tardive" de la France

"Le but de la France est de mobiliser la communauté internationale sur la crise en République centrafricaine", reprend le diplomate occidental. "Le premier résultat est la résolution votée au Conseil de sécurité de l'ONU." Jeudi, les Nations unies ont adopté à l'unanimité une résolution décidant de renforcer la Misca (Mission internationale de soutien en Centrafrique), une force de l'Union africaine qui ne compte pour l'heure que 1 400 soldats (congolais, camerounais, gabonais, tchadiens) sur un effectif prévu de 3 600 hommes. En cas d'échec, le texte onusien prévoit le déploiement éventuel d'une mission de l'ONU d'ici le printemps prochain. Entre-temps, Paris va augmenter le nombre de ses soldats sur place - 410 aujourd'hui - pour arriver à terme à un contingent de 750 à 1 200 combattants. 

Une réaction pourtant jugée "bien tardive" par Roland Marchal, chercheur spécialiste de l'Afrique subsaharienne au CNRS. "La Centrafrique est ignorée par le monde entier alors que ce qui s'y passe est terrible et inacceptable". Indépendante depuis 1960, la République centrafricaine est l'un des États les plus pauvres au monde. En proie depuis à de multiples crises tant politiques qu'humanitaires, le pays a littéralement sombré dans le chaos en mars 2013, lorsque les rebelles de la Séléka (l'Alliance), une coalition de mouvements politiques opposés au président François Bozizé, ont déposé le chef de l'État. 

Massacres

Son remplaçant, Michel Djotodia, n'est autre que le chef rebelle de la Séléka. Dès son arrivée au pouvoir, celui-ci suspend la Constitution, dissout l'Assemblée, et proclame une "période de transition consensuelle" de trois ans. Or, l'ex-homme fort de la rébellion se retrouve bientôt dépassé par ses propres combattants, plus enclins à obéir aux chefs de guerre locaux. Estimés à 20 000 hommes, les rebelles de la Séléka sont des combattants issus du nord du pays, majoritairement musulman. "Il s'agit de jeunes désoeuvrés des villes, d'anciens miliciens de François Bozizé, mais aussi de combattants tchadiens", explique le chercheur Roland Marchal. "Parmi eux, certains espéraient, en rejoignant la Séléka, intégrer à terme l'armée du pays et devenir fonctionnaires". 

Mais le président Bozizé tombé, le combat politique a laissé la place au pillage et aux exactions. Vols, meurtres, viols ou massacres, le niveau de violence est inouï. "Les coups de téléphone terrorisés d'habitants se succèdent depuis le 24 mars dernier", affirme Roland Marchal. "Ils évoquent des vagues de pillage, mais aussi des menaces de mort par SMS." Si les premières victimes ont été les populations chrétiennes, majoritaires à 85 % dans le pays, les combats opposent désormais les deux communautés. "On assiste logiquement à un cycle de répression et de résistance", note Thierry Vircoulon, directeur du projet Afrique centrale à l'International Crisis Group, interrogé par le Point.fr.

L'armée française spectatrice

Face à l'inaction de l'armée, des groupes armés d'autodéfense, les "anti-balakas" (anti-machettes), formés de paysans refusant de céder leurs terres, se sont constitués. Tout d'abord gratuites, les violences ont pris un dangereux tour confessionnel, et fait 150 morts depuis septembre. Les combats ont provoqué le déplacement de plus de 270 000 personnes. Selon l'ONU, 1,6 million de Centrafricains, soit un tiers de la population, auraient besoin d'une aide humanitaire d'urgence. "En un mot, la situation est désespérée", a souligné dimanche Kristalina Georgieva, la commissaire européenne à l'Aide humanitaire. Des massacres qui se déroulent au vu et au su des troupes françaises et africaines présentes à Bangui, spectatrices.

"Pendant cinq mois, les troupes françaises sont restées massées à l'aéroport de Bangui sans rien faire [ils ont pour mission de protéger les ressortissants étrangers, NDLR], pointe le chercheur Thierry Vircoulon. "La France appelle à un nouveau dispositif militaire alors que l'on en a déjà un sur place", souligne-t-il. Mais désormais, la préoccupation française est surtout dictée par le risque de régionalisation du conflit.

Symbole de la Françafrique

"Il y a un cocktail explosif en Centrafrique et nous craignons que ce pays ne crée un appel d'air pour tous les groupes armés de la zone", confie à l'AFP une source diplomatique française, évoquant la présence de mercenaires tchadiens et soudanais venus de la sanglante rébellion ougandaise Armée de résistance du Seigneur. Sans compter la probable arrivée de djihadistes chassés du Mali ou d'éléments de la secte islamiste nigériane Boko Haram. La Centrafrique pourrait donc à terme devenir le nouveau sanctuaire des terroristes, comme le fut le Nord-Mali.

En contrepartie de l'aide française, Laurent Fabius, en visite dimanche à Bangui, a "exigé" des autorités centrafricaines que soient tenues début 2015 des élections libres, sans la participation des autorités de transition. Un ton qui rappelle celui employé avec les autorités maliennes, lorsque Paris avait pesé de tout son poids pour que la présidentielle - un succès - ait lieu au plus vite, mais qui vise cette fois un pays qui a longtemps été le symbole de la Françafrique (Paris a renversé le président Bokassa en 1979, au terme de l'opération Barracuda). 

 

"Toutes les prises de parole publiques des autorités françaises visent à apporter une réponse internationale à une crise qui touche d'abord la population centrafricaine", souligne le diplomate occidental. Après six mois de violences, l'arrivée dimanche à Bangui de Laurent Fabius a en tout cas suscité un grand élan d'espoir au sein d'une population traumatisée, de nombreuses pancartes appelant à se "réconcilier avec la mère nourricière". 

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Politique Française

Commenter cet article