Prédire la politique Moyen-Orientale : 10 questions posées à Daniel Pipes par Greg Callaghan

Publié le 24 Avril 2012

Signalé par Nancy Verdier

The Australian

Adaptation française: Anne-Marie Delcambre de Champvert

The Australian: En Egypte, les partis islamistes détiennent maintenant environ 80 pour cent des sièges au parlement. Compte tenu du fait que la majorité des manifestants de la place Tahrir étaient des laïcs libéraux, est-ce que le printemps arabe de l'Égypte été récupéré?

Daniel Pipes: Non, parce que les libéraux de la place Tahrir n'ont pas arraché le pouvoir à Moubarak. Les militaires ont pris avantage de leurs manifestations de masse pour en finir avec un président dont ils avaient assez, en grande partie à cause de son intention de remettre le pouvoir à son fils, Gamal.

Est-ce que la victoire des Frères musulmans est une mauvaise nouvelle pour les laïcs et les chrétiens coptes d'Egypte?

Oui, mais les Coptes s'en sortent aussi mal sous le régime militaire, qui s'est engagé dans un pogrom contre eux il y a un semestre. Je doute que les Frères musulmans aient obtenu une victoire, mais je vois plutôt les élections législatives comme fondamentalement frauduleuses.

Y a t-il un risque que les principaux bénéficiaires des grandes manifestations au Moyen-Orient puissent être dans l'avenir les partis islamiques bien organisés?

Oui, les partis islamiques bien organisés sont en mesure de s'emparer du pouvoir dans un certain nombre de pays, y compris la Libye, la Jordanie, la Syrie et le Yémen. Mais je vois ceci comme étant moins le résultat d'éphémères tribulations économiques que la conséquence d'une profonde frustration à propos de la faiblesse de la oumma, la communauté musulmane, au cours des deux derniers siècles. C'est ce que j'appelle le traumatisme de l'Islam moderne.

Si les États-Unis n'étaient pas partis en guerre contre l'Irak, Saddam Hussein aurait-il été renversé par son propre peuple de toute façon?

Non, parce que le régime de Saddam Hussein était unique dans sa violence et sa détermination à se maintenir au pouvoir. Le régime syrien est sans doute ce qui s'en rapproche le plus. Je ne crois pas que les Irakiens aient eu l'idée de se révolter contre Saddam ; s'ils l'avaient fait, je suis dubitatif sur leur réussite. Rappelez-vous, Saddam a utilisé des armes chimiques contre son propre peuple en 1988.

Est-ce que le régime iranien connaît un affaiblissement?

Certainement il ressent la pression. Le boycott européen du pétrole fait son effet et la lutte actuelle entre le président Armadinajad et le chef suprême Khamenei reflète les graves divisions internes entre l'élite cléricale et des vétérans militaires comme Armadinajad. Je vois l'Iran comme comparable à l'Union soviétique dans les années 1970: un Etat puissant et belliqueux, mais un Etat bidon, parce que la plupart de ses sujets sont étrangers [au système].

Quelle est la probabilité d'une frappe aérienne israélienne ou/et américaine contre les installations nucléaires de l'Iran?

Je ne peux pas répondre à cela, mais je détecte que les Iraniens seront empêchés d'acquérir des armes nucléaires. Téhéran est fermement décidé à construire des armes nucléaires comme les dirigeants de la Corée du nord.

Est-ce qu'une frappe militaire contre l'Iran galvaniserait la population [qui se mettrait alors] derrière le régime théocratique?

Peut-être, mais cela pourrait [aussi] l'amener à tourner sa colère contre le gouvernement. Cela est difficile à savoir.

Etes-vous plus pessimiste à propos de la Turquie qu'à propos de l'Iran ?

Oui. Lorsque le parti islamiste, l'AKP [Adalet ve Kalkinma Partisi- Parti de la justice et du développement (NDLT)], est arrivé au pouvoir en 2002, il y est allé doucement avec l'armée et n'a guère fait pour renverser les principes de la laïcité établis par Ataturk dans les années 1920. Quand il a été réélu en 2007, le projet d'islamisation de l'AKP est devenu beaucoup plus évident, surtout en affaiblissant le pouvoir politique de l'armée. Depuis sa réélection l'an dernier l'AKP n'a plus pris de gants et l'intimidation a augmenté.

Est-ce que le président syrien Bachar al-Assad peut survivre?

Non. L'augmentation de la résistance des soldats, de plus en plus de problèmes économiques et l'opposition internationale en plein essor condamnent le régime.

Est-ce que l'islam fondamentaliste voit son influence augmenter ou diminuer?

Il est à son apogée pour ce qui est de maintenant. L'effondrement du régime islamique en Iran serait un événement clé qui marquerait son déclin.

Avril 2012

http://fr.danielpipes.org/11011/predire-politique-moyen-orientale

Version originale anglaise: Predicting Middle Eastern Politics

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Le Nazislamisme

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