Printemps arabe en tunisie? A Montreuil, Rached Ghannouchi (islamiste) s’est offert un plébiscite - Benjamin Barthe

Publié le 19 Octobre 2011

Il est venu, il a discouru, il a convaincu. Rached Ghannouchi, le chef du mouvement islamiste tunisien Ennahda, a volé la vedette à tous ses compatriotes et concurrents, réunis en meeting commun, samedi 15 octobre, dans une vaste salle de spectacle de Montreuil, en banlieue parisienne. L’événement, orchestré par une coalition d’associations de Tunisiens de France, avait pour objectif de sensibiliser cette communauté riche d’environ 500 000 membres aux enjeux de l’élection à l’assemblée constituante du 23 octobre, le premier scrutin libre de l’histoire de la Tunisie. Mais cette réunion d’information multipartite, qui a fait salle comble, a rapidement tourné au plébiscite pour le mouvement islamiste, confirmant par là même son statut de favori de la consultation.

 

Avec un discours rassurant et rassembleur, Rached Ghannouchi s’est offert une véritable ovation, loin des applaudissements polis recueillis par ses rivaux. "En France, on dépassera peut être 50 % des voix, s’aventurait un jeune militant d’Ennahda, qui par souci de discipline, refusait de fournir son nom. Les gens nous connaissent depuis longtemps, alors que la plupart des autres partis n’ont commencé à militer qu’après la chute de Ben Ali, le 14 janvier. En mai, un sondage nous plaçait déjà largement en tête des intentions de vote. Notre seul ennemi, c’est l’abstention".

 

Sur les 217 sièges de la Constituante, dix sont réservés aux Tunisiens de France, dont le vote doit s’échelonner sur trois jours, du 20 au 22 octobre. Outre Ennahda, trois autres listes étaient représentées samedi à Montreuil, sur les quarante-huit qui se disputent les suffrages des électeurs installés dans l’Hexagone : les socialistes d’Ettakatol ; le Parti démocratique progressiste (PDP), classé au centre gauche ; et le Congrès pour la république, un mouvement centriste. Dopés par la venue de leur leader, le seul à avoir fait le déplacement à Montreuil, les militants d’Ennahda avaient débarqué en masse. L’espace qui leur était réservé, décoré de bannières, de ballons et recouverts de tee-shirts, de casquettes et d’autocollants à l’effigie de leur mouvement, tranchaient nettement sur les stands des autres partis, où seule une poignée de tracts était disponible.

"L’ENNEMI DE MON ENNEMI EST MON AMI"

A l’écart de la tribune, un membre du comité d’organisation du meeting s’inclinait devant la capacité de mobilisation des islamistes : "Ils sont très présents sur le terrain. La salle est clairement en leur faveur. Les gens du PDP sont furax de sefaire damer le pion." Saïf Eddin Trabelsi, de l’association UNI*T, très active dans l’animation du débat électoral, reconnaissait, lui, l’aura dont Ennahda est nimbé. "Ils ont été les victimes du régime Ben Ali pendant vingt ans, et c’est pour cela que les Tunisiens les aiment. Pour les cinq prochaines années, le vote obéira au principe qui veut que ‘l’ennemi de mon ennemi est mon ami’. Rien de plus. Le vote ne sera ni politique, ni rationnel. Il sera émotionnel".

Quand M. Ghannouchi est monté à la tribune, en dernière position, le silence s’est fait rapidement dans la salle, alors que jusque là, les orateurs devaient composeravec un brouhaha permanent. Applaudi à de multiples reprises, il a tenu des propos consensuels, assurant que son parti ne chercherait pas à restreindre les droits acquis par les femmes sous l’ère Ben Ali. "Dans nos listes, il y a des femmes sans voile, qui ne sont même pas pratiquantes", a-t-il déclaré. Il est également revenu sur l’affaire Nessma TV – la chaîne qui a diffusé le film Persepolis, de l’Iranienne Marjane Satrapi, où le prophète est représenté, ce qui a déclenché l’ire de certains islamistes – reprochant à cette télévision d’avoir provoqué le peuple. "On compte sur vous pour voter, pour revenir en Tunisie, monter des projets et faire avancervotre pays", a lancé en conclusion Rached Ghannouchi.

OPÉRATION SÉDUCTION

Dans l’assistance, Boubakeur Ghrib, un ingénieur informatique d’une trentaine d’années, se disait séduit. "Ce qui me fait le plus peur, ce n’est pas qu’Ennahda gagne, assurait-il. Ce mouvement fait partie de notre histoire et de notre identité. Ce qui m’inquiète, c’est la réaction des pays occidentaux dans une telle situation. On a vu avec le Hamas ce dont ils sont capables. Le dénigrement est déjà en marche avec tous ces médias qui présentent Ennahda comme un monstre sur le point d’instaurer un régime taliban".

A la sortie de la salle, Asma Hichri, une jeune assistante de puériculture, très élégante en jupe et collants noirs, n’avait pas grand-chose à reprocher au discours de Rached Ghannouchi. Elle se voulait néanmoins prudente face à l’opération séduction des islamistes. "C’est évident que Ghannouchi n’allait pas tenir un discours islamiste pur et dur à quelques jours du scrutin, dit-elle. Il n’est pas bête. A-t-il des intentions cachées ? Je ne sais pas. Ce qui est sûr, c’est que les islamistes disposent d’une base populaire très large. A nous de nous engager pour leur faire contrepoids."

Benjamin Barthe Le Monde/Afrique

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Le Nazislamisme

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marco 22/10/2011 14:19



Au fait,ils repartent quand en Tunisie ,avec leur leader???



riziere 19/10/2011 16:00



Et après tout le monde repart en Tunisie ? En bons citoyens tout le monde devrait participer pour remonter le pays. Ah y'a pas d'allocations là-bas ???