Promettre l'impossible, c'est mentir aux français.

Publié le 2 Octobre 2012

Le Point.fr - 

Hervé Gattegno, rédacteur en chef au "Point", intervient sur les ondes de RMC du lundi au vendredi à 8 h 20 pour sa chronique politique "Le parti pris".

Pour Hervé Gattegno, François Hollande a peut-être pensé que l'austérité n'est supportable qu'enrobée d'une part d'idéalisme.

Pour Hervé Gattegno, François Hollande a peut-être pensé que l'austérité n'est supportable qu'enrobée d'une part d'idéalisme. © Bertrand Langlois / AFP

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Après avoir présenté, vendredi, un budget de grande austérité, le ministre du Budget, Jérôme Cahuzac, a certifié qu'il n'y aurait aucune hausse d'impôt avant 2013. Cette affirmation vous a fait bondir. Votre parti pris : promettre l'impossible, c'est mentir aux Français.

C'est un curieux revirement qui s'est opéré ces derniers jours. Longtemps, François Hollande a affiché la prudence du gestionnaire, le sérieux du social-démocrate prêt à gouverner. On a beaucoup dit que ses 60 engagements de candidats étaient assez raisonnables - ça lui a été reproché par une partie de la gauche. Or, subitement, c'est à croire que les vannes de la raison ont lâché. Ce qu'a dit Jérôme Cahuzac pourrait passer pour un dérapage s'il n'y avait pas eu auparavant d'autres proclamations tout aussi insensées. Ce ne sont pas les ministres qui sont intenables..., mais leurs promesses !

Vous faites allusion à l'objectif de réduction du déficit à 3 % dès l'an prochain, qui est déjà controversé parmi les socialistes ?

Pas seulement au PS, mais aussi chez les économistes, parce que le budget est fondé sur une prévision de croissance à 0,8 % qui n'est déjà plus crédible. "Notre prévision est volontariste mais réaliste", disait Pierre Moscovici ce week-end dans Le Monde. Tout part évidemment de là, mais François Hollande lui-même a juré que la dette n'aura pas augmenté d'un euro à la fin de son mandat : c'est impossible, sauf si la France fait 2 % de croissance par an pendant cinq ans - à ce stade, ça relève de l'acte de foi ! Pour mémoire, dans son discours de politique générale, en juillet, Jean-Marc Ayrault jurait aussi qu'il "refusait l'austérité". La semaine dernière, sur France 2, il a aussi promis que la TVA n'augmenterait pas d'ici 5 ans...

L'autre promesse du Premier ministre qui a suscité beaucoup de commentaires, c'est qu'il a affirmé que neuf Français sur dix seraient épargnés par les hausses d'impôts. C'est crédible ?

Autant que les promesses précédentes, c'est-à-dire pas du tout. Tous les experts de la fiscalité ont fait et refait les opérations ; aucun n'a trouvé le même résultat que Jean-Marc Ayrault (sauf Pierre Moscovici, mais peut-être qu'ils ont la même calculatrice...) Qui peut croire que les 10 milliards de recettes supplémentaires inscrites au budget seront pris aux "riches" ? Même la seule hausse de l'impôt sur le revenu touchera plus que un contribuable sur dix ; et il faut aussi tenir compte du plafonnement des niches fiscales (qui ne sont pas toutes réservées aux nantis : voyez les emplois à domicile), de la redevance TV ou même de la nouvelle taxe sur la bière - là, beaucoup de Français vont trinquer. C'est normal, puisque tout cela s'apparente à des serments d'ivrogne...

Mais est-ce que la plupart des Français ne sont pas en mesure de comprendre que des efforts sont nécessaires à cause de la crise ?

Bien sûr que si. Et c'est précisément ce qui rend l'attitude du gouvernement absurde. François Hollande et Jean-Marc Ayrault pourraient facilement admettre que la situation est plus grave qu'ils ne l'avaient prévu ; qu'ils ont été trop optimistes. Politiquement, ce serait à moindre coût : l'opinion s'y attend et il n'y a pas d'élection avant deux ans, ce qui écarte le risque de sanction. Il y a donc une conjonction idéale pour satisfaire à la fois au réalisme économique et à l'éthique politique. Visiblement, ce n'est pas le choix de François Hollande. Peut-être pense-t-il sincèrement que l'austérité n'est supportable qu'enrobée d'une part d'idéalisme. Candidat, il disait vouloir "réenchanter le rêve français". Les promesses en l'air transforment le rêve en pari. Mais un pari fou, qui ne fera pas beaucoup de gagnants.

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Economie-Finance-Industrie

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