Quand des journalistes français affirment des idioties sur Israël...

Publié le 16 Janvier 2014

Quelques heures après l’annonce de l’accord Shalit, le journaliste Soren Seelow écrivait dans un article publié sur le site internet du journal Le Monde : « Israël a longtemps refusé que soient libérés des détenus ayant « du sang sur les mains », c’est-à-dire ayant effectué ou commandité des attaques contre l’armée ou des colons ».

Révolté par cette définition du terrorisme, Dror Even Sapir, qui fut grièvement blessé dans l’attentat de la cafétariat à l’Université hébraïque de Jérusalem, a écrit au journaliste pour lui exprimer son écoeurement (voir ci-dessous).

L’article a, grâce à son intervention, été modifié.

 
Monsieur,

 
Le 31 juillet 2002, j’étais assis dans l’une des cafeterias de l’Université de Jérusalem, sur le mont Scopus, en compagnie d’une étudiante italienne et d’un étudiant français, David Gritz. Une bombe de forte puissance a explosé, à six ou sept mètres de l’endroit ou nous étions assis.
 

L’étudiante italienne a été légèrement blessée, je l’ai été moi-même très grièvement, et David a été tué sur le coup. Des projectiles, de ceux que les terroristes rajoutent à la charge explosive pour en décupler les effets meurtriers, l’ont atteint en pleine tête.

David Gritz, un étudiant brillant diplômé de l’I.E.P. de Paris et auteur d’une thèse sur Emanuel Levinas, avait 23 ans, et il était fils unique. Huit autres personnes ont été tuées, 80 ont été blessées : parmi elles une jeune étudiante a perdu un œil, une autre a perdu l’usage de ses jambes. Une bonne partie des blessés sont traumatisés, à vie.

 

Cet attentat n’est que l’un de ceux, et pas le plus meurtrier, qui ont ensanglanté Israël au cours de la « seconde Intifada ».

Contrairement à la « guerre des pierres » qui avait caractérisé la première du nom, cette seconde Intifada s’est distinguée par le nombre de civils Israéliens tués : 715 en tout, soit l’écrasante majorité des Israéliens morts au cours de cette phase du conflit, dont le nombre est estimé à 1062. La plupart des attentats se sont produits dans les grandes villes israéliennes – Jérusalem, Tel-Aviv, Haïfa, Netanya, Rishon LeTzion…- , seule une petite part d’entre eux dans les implantations des territoires occupés.

 

Vous avez probablement compris quel était l’objet de mon courriel. Dans l’article que vous avez consacré aux prisonniers palestiniens, vous écrivez la phrase suivante : « Israël a longtemps refusé que soient libérés des détenus ayant « du sang sur les mains », c’est-à-dire ayant effectué ou commandité des attaques contre l’armée ou des colons »

 

Cette phrase m’a tout bonnement écœuré. Les détenus « ayant du sang sur les mains » sont bien entendu, principalement, les commanditaires et les auteurs des attentats que j’ai évoqué plus haut.

Leurs victimes ne sont ni des soldats ni des « colons », encore que ces derniers soient tout autant des civils que les Israéliens vivant en Israël même. Leurs victimes sont des étudiants, des passagers d’autobus, des piétons, des clients de supermarchés, des familles entières attablées dans un restaurant, des mères de familles, des enfants en bas âge, des adolescents, des vieillards…

Ecrire une telle phrase, Mr Seelow, dénote soit d’une ignorance totale des réalités les plus fondamentales du sujet sur lequel vous vous êtes penché, soit d’une inqualifiable mauvaise foi intellectuelle.

Je crois que la première option est préférable, même si elle remet en cause vos compétences professionnelles. Je vous accorde le bénéfice du doute, et j’interprète de la même manière une autre des énormités que j’ai révélé dans votre article : vous qualifiez l’organisation israélienne de défense des droits de l’homme « B’tzelem » d’ « antisioniste ».

Cette organisation n’est ni sioniste, ni antisioniste : il ne rentre tout simplement pas dans ses attributions de se prononcer sur ce genre de question. Soit vous l’ignoriez, ce qu’encore une fois je veux bien vous accorder, et vous ne savez donc rien d’Israël, du conflit israélo-arabe et du sionisme.

Dans ce cas, cela devrait vous disqualifier d’écrire sur le sujet. Soit vous le saviez, et vous sous-entendiez donc que lorsque l’on défend les droits de l’homme en Israël et dans les territoires palestiniens on ne peut qu’être « antisioniste », soit opposé à l’idée même d’un Etat pour le peuple juif. Dans ce cas, vous êtes engagé au service de la propagande anti-israélienne la plus grossiere.

Les deux mêmes explications, ignorance criante des faits ou propagandisme anti-israélien, sont, je le répète, les seules qui tiennent concernant l’erreur la plus grave de votre article, celle qui concerne bien évidemment les prisonniers « ayant du sang sur la main ».

Je précise, Mr Seelow, que je me suis entretenu de votre article avec le « spécialiste » que vous citez, Frédéric Encel, un ami de longue date. J’ai également l’intention de m’adresser par courriel à Mr Alain Frachon, et peut-être aussi de rendre publique le courriel que voici.

Je vous souhaite de prendre conscience de certaines choses.

Dror Sullaper (Even-Sapir), journaliste, Jérusalem


Dror Even Sapir présente « L’invité de Jérusalem », « Point Virgule » ainsi que l’édition du midi du dimanche sur Guysen TV. *

Merci a Marc Femsohn pour son envoi – Source http://www.guysen.com/

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Israël: une démocratie

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