Quand la jeunesse devient réactionnaire Par Yvan Rioufol

Publié le 12 Novembre 2011

Par Ivan Rioufol 

La jeunesse française n'est pas celle des "Indignés" qui se réclament de la morale à trois euros de Stéphane Hessel et que la gauche altermondialiste et antisioniste survend dans les médias. Ces protestataires-là, qui font déplacer journalistes et caméras depuis que leur mouvement poussif a été lancé en mai, ne sont pas cinquante à s'être installés devant la Grande Arche de la Défense, au cœur du quartier d'affaires de Paris, avec la prétention de représenter, disent-ils, les 99% de la population qui subissent la loi du 1% des puissants. L'Humanité en a même compté...vingt, ce qui n'empêche pas le quotidien communiste de consacrer une page, ce mercredi, à ce non événement. Le fiasco des manifestants et de leurs soutiens est, en fait, l'échec du jeunisme, cet artifice dont la gauche "sympa" fut friande. Le procédé démagogique, qui voulait voir dans le "jeune" un allié du progressisme, a suscité son propre rejet. La Révolution conservatrice, ce phénomène européen qui s'inscrit en réaction aux politiques de la table rase, gagne la jeunesse abusée.

Une enquête du Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof), menée auprès de lycéens et étudiants et publiée dans Le Monde de mardi, illustre ce retournement réactionnaire, à propos de l'armée. A l'antimilitarisme et à la détestation de tout ce qui pouvait se rapporter à la nation, ce fond de sauce du discours moderniste, a succédé un surprenant plébiscite des jeunes pour l'armée. Ils sont 85 % à lui accorder leur confiance. Le devoir et la discipline rencontrent l'adhésion, mais également la notion de sacrifice et le désir d'être utile à son pays. Pour les sondés, un bon soldat est d'abord "courageux", note Le Monde. Dans leurs représentations, l'armée doit d'abord "défendre" et "protéger", avant de faire la guerre. A noter que si l'armée arrive en première position, la dernière place est détenue par les partis politiques, qui ne recueillent la confiance que de 13% des sondés. Ce rejet alimente un populisme qui trouve un écho de plus en plus important chez les moins de trente ans, selon une autre étude du centre de réflexion britannique Demos.

"Alors que de nombreux pays européens ont les yeux fixés sur l'état de leur économie, une autre crise de confiance se prépare," note Jamie Bartlett, auteur de ce dernier rapport."Dans toute l'Europe, des jeunes gens se sentent abandonnés par les partis traditionnels et leurs représentants et affichent  de la sympathie pour les groupes populistes. (...) A leurs yeux, les principaux partis politiques ont perdu le contact avec la réalité, sont insipides et lointains, incapables de répondre aux difficultés qu'ils rencontrent quotidiennement". L'étude britannique montre notamment que la montée de l'islamisme, perçue comme une menace, fédère de plus en plus de personne en Europe. Une constatation que l'enquête planétaire sur la jeunesse, menée par la Fondation pour l'innovation politique, avait déjà faite il y a quelques mois, en notant également l'attachement des jeunes européens à leur culture et à l'intégration.
  
Cette jeunesse indignée, qui n'intéresse pas les médias, risque fort de faire parler d'elle en 2012.

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Point de vue

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