Quand les juifs étaient chassés des pays arabes : La reconnaissance de la « Nakba » Juive

Publié le 19 Octobre 2011

Mercredi 19 octobre 2011

Juifs-de-Fez-en-1900.jpgJuifs de Fèz en 1900

Admettre la situation difficile des réfugiés Juifs des pays arabes – supprimée des récits historiques – pourrait être la clef de la paix au Moyen-Orient.
 
Cette semaine, devant l’assistance de ses pairs et de membres du Parlement, une réfugiée juive de 80 ans du nom de Sarah a raconté l'histoire de son traumatisant départ d'Egypte, en 1956, suite à la crise de Suez.
 
Son mari avait perdu son travail. Malade, elle était restée en Egypte avec son nouveau-né, alors que son mari était allé chercher du travail en Europe. Elle est partie sans rien – tout comme 25.000 autres juifs expulsés par Nasser, et contraints de signer un document attestant qu'ils ne reviendraient jamais. Dans un dernier acte de haine, les douaniers saccagèrent sa valise ainsi que le landau de son bébé.
 
Sarah s'exprimait à l’occasion d'une conférence, à la Chambre des Lords, dans le cadre du Congrès pour rendre justice aux Juifs des pays arabes. JJAC, une coalition internationale qui réunit soixante dix sept organisations, tient son congrès à Londres, et a pour objectif de défendre les droits des 856 000 réfugiés Juifs (selon les chiffres indiscutables de l'ONU) comme Sarah.
 
L'exode a commencé il y a soixante ans lorsque les Etats arabes, bien décidés à écraser militairement le nouvel Etat d'Israël, se sont retournés contre leurs paisibles communautés juives. Les violences de rues avaient tué plus de cent cinquante Juifs. En dix ans, plus de la moitié des Juifs avaient fui ou avaient été expulsés, à cause de lois discriminatoires, des extorsions, des arrestations, des internements et des exécutions. Ceux qui restèrent devinrent des sujets, des otages politiques du conflit arabo-israélien.
 
Aujourd'hui, 99.5% des juifs – pratiquement tous hormis quatre mille cinq cent personnes – sont partis. 
 
En tant qu'historien, Nathan Weinstock a observé que même les juifs de l'Allemagne de 1939 n'avaient pas été aussi soigneusement « ethniquement nettoyés » que dans les pays arabes. 
 
La déportation des Juifs des pays arabes n'était pas seulement une réaction à la création de l’Etat d’Israël et à l’humiliante défaite des Arabes. Le facteur « rejet » était déjà en place. Les pays de la Ligue Arabe avaient déjà rédigé une loi, en Novembre 1947, classant leurs citoyens Juifs comme des ennemis étrangers. Les minorités non musulmanes, historiquement méprisées et traités comme dhimmis, avec très peu de droits, étaient déjà opprimées par le pan-arabisme, lui-même inspiré des nazis et de l’islamisme. Ces facteurs ont déclenché le conflit contre le Sionisme, et se prolongent jusqu’à ce jour.
 
la « Nakba » juive – terme arabe pour la « catastrophe », n’a pas seulement vidé de ses Juifs des villes comme Bagdad (un tiers des habitants étaient Juifs), il a déchiqueté le tissu culturel, social et économique des pays arabes. Les Juifs ont perdu des maisons, des synagogues, des hôpitaux, des écoles, des tombeaux et des terres qui représentent cinq fois la surface d’Israël. Leur héritage – antérieur de plus de mille ans à l'Islam, fût entièrement détruit.
 
L’Etat Juif, qui, avec difficulté, a accueilli six cent mille de ces Juifs expulsés, dont bon nombre d'entre étaient apatrides, est à la fois une réponse à l'antisémitisme arabe, et la légitime expression politique de ce peuple Moyen-Oriental. La moitié de la population Juive d'Israël sont les descendants des réfugiés chassés des régions arabes et musulmanes.
 
Les gouvernements arabes n'ont jamais admis avoir commis des violations en masse des droits de l’homme et des droits civiques des Juifs, et encore moins présenter des excuses ou offert des compensations. Plus de cent vingt résolutions de l'ONU concernent les 711.000 réfugiés palestiniens ; PAS UNE SEULE ne se rapporte au nombre, pourtant plus grand, de réfugiés Juifs. 
 
Bien que des initiatives de paix aient été formulées avec des références au « problème des réfugiés », Juifs et arabes, Israël a toujours été réticent à l’idée de politiser la question des réfugiés Juifs, les ayant intégrés avec succès en tant que citoyens. Le déni arabe s’est ainsi superposé au silence israélien, et a permis d’effacer l’existence des réfugiés juifs, ce qui a conduit à la négation, la déformation et la decontextualisation des évènements.
 
Au mois d'avril 2011, l’ONG « Justice pour les Juifs des Pays Arabes » (JJAC) a obtenu un résultat important, car le Congrès américain a adopté pour la première fois une résolution sur les réfugiés juifs : Toute future résolution mentionnant les réfugiés palestiniens devront explicitement mentionner également les réfugiés Juifs des pays arabes. 
 
La résolution parle de reconnaissance, et non de restitution, bien que les pertes juives aient été évaluées au double de la valeur des pertes palestiniennes. Cette résolution pourrait participer à un accord de paix, par la reconnaissance du fait qu'il y a eu des victimes des deux côtés. Ainsi, rendre justice aux Juifs n'est pas simplement un impératif moral, mais également la clef de la réconciliation.
 
De plus, un obstacle important à la paix pourrait être levé si le « droit au retour » des Palestiniens était contrebalancé par le « droit des Juifs à NE PAS retourner » dans les tyrannies arabes, ce qui serait la reconnaissance de fait d’un échange de population de nombre à peu près égal.
 
Les réfugiés juifs, qui ont passé jusqu'à douze ans dans les camps de transit israéliens, pourraient également servir d’exemple au reclassement (dans des pays arabes ou dans un éventuel état palestinien) des réfugiés arabes languissant dans les camps. 
 
En attendant, la prise de conscience de la « Nakba juive » se développe : un juif libyen qui s'est sauvé, par crainte pour sa vie, s'est adressé au Conseil des droits de l'homme de l'ONU. Les réfugiés Juifs ont été mentionnés à Westminster au Parlement de Grande Bretagne, et sur la radio de la BBC. Aux États-Unis, au Canada et au Parlement européen, la campagne pour leur faire justice s’active. 
 
A la réunion de mardi, Sarah témoignera du fait que deux sortes de réfugiés ont émergé du conflit arabe-israélien. Le Royaume-Uni sera invité à rechercher quel rôle il pourrait jouer pour résoudre les problèmes de tous les réfugiés du Moyen-Orient. Il y a cinquante deux ans, Sarah a rejoint son mari en Angleterre ; ils ont reconstruit leur vie en laissant derrière eux l'Egypte. Cela ne signifie pas qu’il ne faut pas leur rendre justice.
 
Reproduction vivement encouragée, avec la mention suivante et le lien ci dessous :
© guardian.co.uk. Traduction et Adaptation,© Danièle Tabah et Jean-Patrick Grumberg pour www.Drzz.fr 
 
 

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Israël: une démocratie

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