Quand monsieur Valls se conduit comme un voyou...

Publié le 23 Décembre 2012

Boulevard Voltaire
Tout le monde a entendu parler des promotions canapé. Plus original, voici la punition Canepa.

C’est un droit généralement reconnu à l’État de moduler à son gré la carrière des hauts responsables de la fonction publique, civile ou militaire, administrateurs, diplomates, officiers supérieurs et, plus particulièrement, de disposer souverainement des recteurs ou des membres du corps préfectoral. Ceux-ci connaissent dès le départ les règles du jeu et savent donc pertinemment que ce n’est pas toujours à raison de leur compétence et de leurs états de service, mais trop souvent en raison de leur plus ou moins grande proximité avec les puissants du jour qu’ils sont nommés, promus, mutés, limogés, mis en disponibilité, placardisés.

Aux États-Unis, ces choses se font plus ouvertement et plus brutalement que chez nous. L’élection présidentielle entraîne un mouvement général dans l’administration au profit du parti démocrate ou du parti républicain, et peut-être au détriment de l’intérêt et de la continuité de l’État. C’est ce que l’on appelle le spoil system, le système des dépouilles.

En France, les majorités successives et les gouvernements qui en sont l’expression ne se privent pas de faire entrer en jeu les affinités et les gages qui leur ont été donnés, quitte, là aussi, à faire prévaloir des critères personnels et politiques sur les mérites réels des intéressés, et la moindre des prérogatives du chef de l’État et de ses ministres n’est pas de satisfaire et de récompenser les amis et de punir les adversaires sincères ou supposés. Sur ce point, les méthodes diffèrent plus que les principes et les comportements.

Il y a ceux qui, à peine arrivés, procèdent à un grand coup de balai et ceux qui y vont plus doucement – plus hypocritement – quitte à entretenir un climat de suspicion et de peur aussi longtemps qu’est ouverte cette chasse aux sorcières. A cet égard, l’image de bonhomie et de tolérance que prétend donner de lui-même François Hollande apparaît plutôt mensongère. C’est particulièrement vrai s’agissant des services, particulièrement sensibles, qui dépendent de l’Intérieur dont François le débonnaire a confié le portefeuille au terrible M. Valls qui tient essentiellement à asseoir une réputation de rigueur et même de dureté qui ne saurait lui faire de tort auprès des électeurs. Il est vrai qu’il est plus facile d’en imposer à de hauts fonctionnaires formés à la discipline et à l’obéissance que d’en finir avec les truands marseillais et les tueurs corses.

Quoi qu’il en soit, ce ne sont pas moins de trente-cinq préfectures – un tiers des départements – qui ont changé de titulaires depuis le 6 mai dernier. Les scalps les plus spectaculaires accrochés à sa ceinture par M.Valls étaient jusqu’à présent ceux de Frédric Péchenard, directeur de la police nationale, Michel Gaudin, préfet de police de Paris, et Bernard Squarcini, directeur du renseignement intérieur. Le parcours, la personnalité de ces trois hommes, leur proximité avec Nicolas Sarkozy, le caractère de leurs postes, leurs actions mêmes les désignaient clairement à la vindicte de la gauche. Il n’en était pas de même de Daniel Canepa, préfet de Paris, préfet de la région Ile-de-France, qui vient à son tour d’être renvoyé, comme on n’oserait plus renvoyer un domestique.

Certes, M. Canepa, dans le cours d’une carrière brillante, avait été, entre 2002 et 2004, le directeur de cabinet adjoint d’un ministre de l’Intérieur nommé Sarkozy, et c’est sans doute son péché originel. Peut-être y avait-il urgence à caser un candidat, d’ailleurs parfaitement honorable, en la personne de Jean Daubigny. Mais de l’avis général, M. Canepa était l’incarnation même, il en reste quelques-uns, du grand commis de l’État et ce n’est pas sans raison que l’Association du corps préfectoral, qui l’avait porté à sa présidence, s’apprêtait à le réélire. Est-il admissible, est-il seulement décent qu’après trente-cinq ans passés dans le service public, à six mois de sa retraite et à six jours de Noël, M. Canepa ait appris par un appel téléphonique de son ministre, le mardi à 19 heures, que le conseil des ministres lui donnerait un successeur le lendemain mercredi dans la matinée ? On peut agir dans le strict respect du droit et se conduire pourtant comme un voyou.

Dominique Jamet, le 23 décembre 2012

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Politique Française

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sentinelle 23/12/2012 19:21


Quans ça tombe sur des pères de famille où des mères qui sont jétés du jour au lendemain personne n'en parle, pourtant s'est beaucoup plus grave car ils n'ont pas d'argent de coté et les
indemnités chômage ne seront pas au même barème, de plus ils n'iront pas à Pôle emploi où ont les culpabilisera de ne pas accepter n'importe quel boulot et d'être à la charge de l'état.


Alors nôtre luxe à nous petits employés est au moins de ne pas pleurer sur leur sort, à chacun ses galères.

segond 23/12/2012 16:26


Ce n'est pas un ministre cet homme la,c'est un "GNAFRON"

Epicure 23/12/2012 14:42


Ecoiutez...je ne vai pas plaindre ces "intrigants" de haut vol quels que soient leurs "mérites" et bord politique....


Tous au panier et vive le torage au sort pour 3 ans et renouvellement permanent des compétents. Au lieu de nous faire accroire que les carriéristes sont plus utiles que les Civils portant le pays
sur leurs épaules...


Il ne suffot npas de sortir de l'ENA pour mériter quoi que ce soit. Il en est de même d'ailleurs pour beauxcoup de métiers...les médecins diplômés (j'ai été médecin..) ne sont pas nécessairement
des géniies humanistes et compétents...


On n'é"vitera pas des favoritismes in situ...mais au moins, on n'installera pas des dynasties et des cliques, dans des fromages que nous achetons et qu'ils mangent.