Interview Claude Goasguen - par Avraham Azoulay du "P'tit-hebdo".

Publié le 22 Février 2011

           Voici une interwiew de Claude Goasguen Président du Groupe d'Amitié France-Israël par un journal en ligne http://www.leptithebdo.net/ qui édite en Israël.

       Ceux qui me suive depuis un certain temps savent combien j'ai de la sympathie pour Israël si ce n'est une certaine admiration pour un pays vieux d'à peine 60 ans, construit quasiment sur des pierres et du sable.

         Là, où certains s'assoient en disant Inch Allah (Dieu le veut), en forme d'excuses faciles si ce n'est  d'interdits culturels pour ne pas faire, ne pas construire. Et d'autres, qui ont fait de ce petit pays toujours en guerre, une puissance économique et qui plus est, le dernier rempart de notre civilisation judéo-chrétienne.

          Israël tombe et c'est l'Europe qui tombera en suivant. Il n'y a que Bruxelles qui l'ignore et nos dirigeants politiques inconscients au mieux, complices au pire. Du moins par leur inconséquence.

Gérard Brazon

 

Interview Claude Goasguen 

         Claude Goasguen est Député-Maire du XVIe arrondissement de Paris et Président du groupe d'amitié France-Israël à l'Assemblée Nationale. Son soutien à Israël a toujours été sans ambiguïté. Il a même hissé sur la façade de sa Mairie un portrait du soldat franco-israélien Guilad Shalit. Répondant à l'invitation du Collège Académique de Natanya, il s'est rendu en Israël récemment. Nous avons ainsi pu le rencontrer. Il nous a expliqué son engagement politique envers Israël et nous a livré sa vision du conflit israélo-arabe et de ses répercussions en France.

 

A.A : Aujourd’hui il est politiquement correct de ne pas être pro-israélien. Pourquoi prenez-vous de tels risques ? Est-ce par rapport à la communauté juive qui est nombreuse dans le XVIème arrondissement ?

C.G : Non, j’étais déjà pro-israélien lorsque j’étais député du XIVème arrondissement et la communauté juive n’y est pas importante.

La politique n’est pas mon gagne-pain, je fais de la politique pour afficher mes idées et les exprimer. Et je fais des émules. A l’assemblée Nationale nous sommes maintenant 140 députés toutes tendances confondues, pour l’amitié franco-israélienne. Les deux Vice-présidents sont respectivement communiste et socialiste.

Ce courant ami d’Israël est véritable mais ne peut pas souvent s’exprimer pour ne pas gêner le gouvernement.

 

A.A : Le Président de la République prend-il en compte l’existence d’un tel courant favorable à Israël ?

C.G : Il a toujours été conscient de cette réalité. Le problème se pose avec le Ministère des Affaires étrangères. Il ne m’apprécie pas vraiment. Il faut dire que je veille régulièrement à mettre l’accent sur ce que le Quai d’Orsay essaie de taire.

 

A.A : Quelle est votre opinion vis-à-vis du boycott des produits alimentaires israéliens ?

C.G : C’est scandaleux ! Notre groupe a interpellé le gouvernement à plusieurs reprises à ce sujet. Ces actions ne sont pas du ressort des affaires étrangères mais du Ministère de la Justice. Il faut reconnaître que la Garde des Sceaux d’alors, Michèle Alliot-Marie, a été correcte. Mais beaucoup de gens ont peur dans un certain nombre de supermarchés.

 

A.A : Peur? En France?

C.G : Bien sûr. Certaines zones sont dominées par des groupes salafistes violents. Dans l’ensemble la Ministre de la Justice a très bien réagi. Elle a mené une véritable lutte, mais encore trop d’opérations de ce genre ont lieu.

 

A.A : La France dirigée par l’Islam dans 10 ou 20 ans, vous y croyez ?

C.G : L’Islam ne me dérange pas s’il s’adapte à la République. Et c’est le cas pour la majorité des Musulmans. Mais nous ne sommes pas suffisamment vigilants à l’égard de l’Islam salafiste qui terrorise les Musulmans. En fait, les personnes les plus menacées en France sont les Imams et les Mosquées qui sont favorables à un Islam républicain. Le vrai problème de l’Islam français et dans le monde en général est cette peur des Musulmans eux-mêmes vis-à-vis de leurs extrémistes qui sont très violents.

Cela dit, les Maghrébins en France posent moins de problème que l’immigration musulmane des pays du Sahel (Niger, Mali, Sénégal). Ces Musulmans sont polygames avec des relents d’animisme. Ils ne sont d’ailleurs pas aimés par les Maghrébins.

 

A.A : Ce sont eux qui ont amené la mode de la Burqa en France ?

C.G : Ce sujet est plus complexe. Je pense que la plupart des femmes qui portent la Burqa en France sont françaises non musulmanes d’origine.

 

A.A : Etes-vous l’un des initiateurs de la loi interdisant le port de la burqa ?

C.G : Oui avec Jean-François Copé. Je suis très content que la loi soit passée malgré les difficultés auxquelles nous nous sommes heurtés. La France avec la burqa, ce n’est pas la France.

 

A.A : Vos nombreux déplacements en Israël ont-ils pour objectif d’afficher votre solidarité ?

C.G : La plupart du temps, j’emmène avec moi des députés ou des personnalités qui n’aiment ou ne connaissent pas Israël. Le résultat est toujours positif : au bout de quinze jours, ils ont laissé tomber leurs a priori et sont devenus pro-israéliens ! Je fais ce travail avec d’autres députés. Nous voulons sortir Israël de cette image de pays fanatique, militaire, alors qu’il s’agit du pays le plus libre du pourtour méditerranéen. Tel-Aviv est, à mon avis, une ville beaucoup plus libre que Marseille.

 

A.A : On assiste, en ce moment, à une levée de boucliers contre la construction annoncée de 1000 unités de logement à Jérusalem. Que pensez-vous de ces réactions ?

C.G : Cela permet de ne pas aborder d’autres sujets. Le Moyen-Orient en France a une connotation très particulière en raison de l’importance des communautés juive et musulmane. Tout ce qui concerne Israël a un retentissement médiatique immédiat. Malheureusement, la presse française s’intéresse aux évènements de manière univoque. C’est pourquoi un travail en profondeur est nécessaire.

Concernant les colonisations, je peux vous affirmer qu’en France, ce n’est pas le principal sujet de nos préoccupations.

 

A.A : Mais comme l’a dit notre Premier Ministre, Jérusalem n’est pas une implantation, il s’agit de la Capitale de l’Etat d’Israël.

C.G : Je suis déjà convaincu de cela. Je pense que, tôt ou tard, Jérusalem sera reconnue comme Capitale d’Israël.

 

A.A : Et de la Palestine ?

C.G : On verra. Mais elle sera certainement reconnue comme la capitale de l’Etat d’Israël. Je considère que la paix viendra par des discussions régionales et non pas internationales. Le Monde veut s’occuper à tort d’Israël et de la Palestine. Il faut laisser les acteurs régionaux discuter entre eux. J’estime que cet intérêt que le Monde porte à Israël et aux Palestiniens est un alibi pour ne pas parler d’autre chose, comme le Tibet ou l’Iran.

B.Obama, par exemple, a bloqué les discussions entre l’Egypte et Israël au sujet de Gaza. En réalité ces négociations tournaient autour du Hamas et de l’Iran. Comme ce problème était gênant pour B. Obama, il a détourné l’attention sur les Palestiniens et a tout enlisé.

 

A.A : Comment jugez-vous la politique américaine ces dernières années ?

C.G : Les Américains portent une lourde responsabilité. Je ne suis pas du tout d’accord avec les négociations organisées par B. Obama car elles n’ont qu’un objectif électoraliste américain.

 

A.A : Qu’il n’a pas atteint…

C.G : A bout de ressources, il a tenté de se réconcilier avec les Evangélistes en imposant à Israël des discussions avec Mahmoud Abbas. Cela ne pouvait pas marcher et il a perdu. C’est dérisoire de constater que le Moyen-Orient est un enjeu électoral aux Etats-Unis.

C’est ici, en Israël, que tout doit se passer. Il y a beaucoup d’acteurs sur place qui sont concernés par la question, elle permet aussi de réunir Sunnites et Chiites face à un ennemi commun. Que se passera-t-il lorsque leur conflit sera tel que même la guerre contre Israël ne les réunira plus ? A vrai dire, lorsque je parle avec des ambassadeurs sunnites ou chiites dans mon arrondissement, personne n’évoque la Palestine.

 

A.A : Lors de vos voyages en Israël, vous rendez-vous à Gaza ?

C.G : Non, je n’ai pas pu rentrer à Gaza mais j’étais à Sdérot, en Cisjordanie et à Ramallah.

 

A.A : Qu’avez-vous pensé de Ramallah ?

C.G : J’ai trouvé que notre argent était bien utilisé pour les villas ! Il n’y a quasiment pas de routes mais beaucoup de villas.

 

A.A : La population française ne réagit pas face à ce détournement de leur argent ?

C.G : Personne n’est au courant. J’ai beau tenté de le faire savoir. Tout passe par l’Europe, les Français n’ont pas conscience de tout ce qui se joue au niveau européen. C’est le grand flou, il y a des tabous. Tout ce qui touche à l’Islam est tabou. Cette situation déstabilise et stigmatise les Musulmans eux-mêmes. Par leur désintérêt hypocrite, les Français sont en train de faire le jeu des noyaux extrémistes. Le mieux est de dire la vérité, nous sommes en démocratie.

 

A.A : Pourquoi n’y a-t-il pas davantage de personnes comme vous qui dénoncent ces comportements ?

C.G : Le drame c’est que le Front National s’est emparé du débat et l’a pollué. Maintenant chaque personne qui s’exprime sur ce sujet est accusée de fascisme. La question d’Israël a été incontestablement touchée par la montée du FN. On essaie de minimiser l’existence de l’Etat d’Israël, on le défend mollement. L’ONU, par ses rapports et autres résolutions contre Israël, est en train de perdre toute sa crédibilité face au terrorisme.

 

A.A : Avez-vous un message pour la communauté francophone d’Israël ?

C.G : Ils sont porteurs de trois cultures : juive, française et arabe pour certains. Leur rôle pour l’avenir est extrêmement important. Ils ne doivent pas se décourager, ils ont des atouts formidables pour Israël.

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Faits Divers- Sociétés

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