Récit d'un voyage de Roissy Charles de Gaulle à la Gare du Nord dans le 93

Publié le 25 Mai 2010

VIE QUOTIDIENNE

De Pékin à la Gare du Nord

Riposte-Laïque: lundi 24 mai 2010, par Gérard Brazon


             Retour sur Paris après un séjour en Chine. Arrivé à Roissy, longue attente pour récupérer les bagages. Direction le RER pour Chatelet les halles ! Ce n’est pas la fin du voyage. Mais Plutôt une drôle d’impression. Une sale impression devant une machine à sous qui me taxe de 8,50€ pour faire quelques kilomètres. Je m’étais habitué aux 0,20 centimes pour le métro et 0,10 centimes toute la longueur de la ligne de Bus à Pékin. Mais le retour au Pays ne s’arrête pas là ! Je retrouve un RER sale, des vitres tagués, des sièges déchirés et de toutes les couleurs. Mais aussi un paysage urbain déplorable, des abords d’usines aux vitres brisées, des Tours HLM hérissaient et enlaidis par une multitude d’antennes paraboliques. Je redécouvre l’horreur architecturale et la science de certains habitants à tout dégrader autour d’eux. Il y a aussi cette sensation indéfinissable de ne pas être tout à fait tranquille. Pas d’agressivité particulière de mes covoyageurs. D’ailleurs, je finis par en faire abstraction car je ne comprends pas les multiples langues parlées dans mon wagon. Je suis le seul franchouillard.

Houria Boutelja et sa folie me revienne à l’esprit. Je traverse le département de la Seine Saint Denis. Le fameux 93 que les intellectuels locaux appellent le 9-3. Sans que je ne sache si c’est parce qu’ils n’avaient jamais su compter au delà de dix.

J’ai une valise qui n’ai pas imposante mais qui se trouve dans le milieu du passage. Aucune réaction particulière. Je les observe, ils s’en moquent. Curieuse impression d’être... encore en voyage. Dans un ailleurs sans nom.

Je peste, non seulement je paie 8,50€, de quoi faire trois repas copieux dans des restaurants de Pékin, pour être dans un train qui fait toutes les gares.

Les voyageurs se multiplient. Une blanche traverse le wagon. Elle fait la manche avec un gosse. Je pense à une roumaine. Au moins, nous sommes deux dans ce wagon. Je fais comme tous les autres, je ne lui donne rien. Finalement, il n’ y a pas que les blancs qui soient insensibles à la misère des mendiants. Un point commun ?

Ne comprenant pas les discours autour de moi, je m’enferme et je retourne à Pékin. Là ou personne ne vous bouscule. A aucun moment je ne me suis senti en insécurité, en inquiétude.

Peu à peu, au fil des stations, des voyageurs montent dans le wagon. Les regards me signalent que c’est moi qui suis anachronique. Aucune animosité toutefois. Simplement la sensation que je suis à part dans ce wagon. Je suis l’étrange si ce n’est l’étranger. Je pense à tous ceux qui vivent dans les cités et qui ne font même plus attention à cette sensation tant ils sont habitués, ce sont intégrés dans le paysage, la couleur locale.

Je pense à tous ces politiques qui disent, affirment, décrètent, théorisent, jugent sans avoir vécus cette sensation d’être l’étrange chez soi. Il est vrai qu’ils ne fréquentent, le plus souvent , que les salons dorés de la République entre deux voitures de fonction. Cette sortie me vaudra encore les acrimonies des éternels gauchistes et autres antiracistes de pacotille. Qu’importe, la vérité n’a pas de couleurs.

Gare du Nord, tout le monde descend. Le wagon se vide. Etonnant cette gare éponge qui absorbe tout ce monde pour les renvoyer dans les quartiers alentours. Je me retrouve d’un coup plus à l’aise dans l’espace libéré. Bientôt Chatelet les Halles, pour moi c’est vraiment la fin. Le temps des souvenirs qui s’annoncent.

J’ai fait un beau voyage en Chine et je viens d’en faire un autre annonciateur d’un autre monde qui ressemble si peu à celui que j’ai connu dans mon enfance, si loin des mes racines, de mes certitudes, de l’idée d’une certaine France que je me faisais. Un monde qui me fait si peur du fait des désirs d’exclusions des uns, de l’imposition de règles inconnues jusqu’ici par d’autres et des terribles batailles qui s’annoncent dans un avenir plus ou moins proche.

Gérard Brazon

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Politique Française

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