Renforcer la civilisation démocratique et laïque - par Lucien Oulahbib

Publié le 5 Mars 2011

  De Kabylie.net        

    Tandis que les anciens amis de Martine Aubry et de la mouvance altermondialiste, tels les partisans de Ben Ali et Kadhafi qui se réclament toujours du socialisme (ce dernier est encore soutenu par certains membres de l’I.S), ont versé le sang (et continuent à le faire) de ceux qui veulent eux aussi goûter à la civilisation démocratique (et beaucoup avec de la laïcité comme ciment), Martine Aubry, elle, appelle à changer "de" civilisation ; non pas "la" civilisation au sens de la faire évoluer, mais "de" civilisation au sens d’aller vers un au-delà de la démocratie et de la laïcité : "Pour changer de civilisation" écrit-elle ; et 50 "chercheurs et citoyens" ont cautionné cette énormité ; semblable aux efforts du jacobinisme radical qui l’avait fait en changeant même de calendrier, du léninisme qui a voulu changer l’homme jusqu’à en faire un homme "nouveau" sans parler du nazisme qui voulait purifier l’homme pour en faire une machine parfaite made in Germany.

On peut certes "s’indigner" en avançant que Aubry vise seulement dans son propos la civilisation industrielle et sa consommation ; il n’empêche que même les imperfections de celles-ci incarnent aussi les fondements de ce qui la permet : car consommer ce que l’on désire (dans les limites de ce que n’interdit pas la loi), suspendre l’incarnation d’un idéal en prenant du plaisir à (se) faire plaisir, toutes ces petites joies, (ces pêchés) ces petites gorgées de bière en écoutant face au soleil couchant ou à venir un bon morceau de musique sur son MP3/IPAD/Smart quelque chose, tout ce confort que les peuples du monde désirent aussi, en tournant la page comme les Chinois, les Indiens et tous les peuples du proche Orient et de l’Afrique du Nord, d’Amérique du Sud, d’Asie, d’Afrique aussi, eh bien Martine Aubry et ses amis veulent combattre ce désir de confort, il faut (sollen) le détruire ; comment ? En changeant "de" civilisation, pour aller sans doute vers "la Voie" promise par Edgar Morin, et qui nous mettra au pas (synonyme de "sans" (cent, sang) pour d’autres : pas d’identité, sans identité, sans âme, pas de pays, sauf si vous êtes "du" Sud bien sûr...).

La "Voie" donc ; celle d’une "autre" civilisation ; n’entendez-vous donc pas ce relent un peu fou, tel cet homme qui poursuivait Tintin dans Le lotus bleu en lui demandant s’il voulait connaître "la" Vérité, sauf que le seul moyen d’y arriver était de se faire couper la tête, comme on le fit en 1792, en 1917, en 1933, le 11 septembre 2001, trois mille têtes non seulement coupées mais calcinées, parce qu’il faut suivre la "voie" changer "de" civilisation au nom cette fois de la Science de la Terre alors que ce fut fait autrefois au nom de la Science de l’Homme, avec les résultats que l’on sait.

         La lumpen intelligentsia -qui s’est déclarée savante en démocratie et en laïcité (alors qu’ils étaient tous anti-démocrates et pour la dictature d’une minorité salvatrice au temps du socialisme réel)- n’est donc pas morte.

          Bien au contraire : issue du léninisme dégénéré et du programme ultra étatiste du Conseil National de la Résistance elle prétend toujours parler au nom du Peuple, de la Volonté générale, alors qu’elle parle au nom de l’idée qu’elle s’en fait, ce qui est toute autre chose ; et comme cette représentation vacille depuis la mort du socialisme réel et les premiers soubresauts mortifères de l’islam réel, son allié, il lui faut à tout prix renouer avec une vision millénariste de secte (le communisme idéal) qui vient se nourrir évidemment des effets pervers, des imperfections, et aussi des penchants impavides de la nature humaine, pour de nouveau refaire le coup des années 20-30. Comment ? En reconstruisant une idéologie totalitaire qui montre à nouveau du doigt l’impureté : néolibéralisme et Israël. Dans les années 30 c’était capitalisme et juiverie franc maçonnique...

S’agit-il pour autant de se contenter de dénoncer ce nouveau totalitarisme qui tente de faire une synthèse entre étatisme égalitariste, islam idéalisé et écologie austère ? Non bien sûr. Et sans doute faut-il aller à la source : non seulement s’en prendre à l’étatisme égalitariste, mais aussi à l’étatisme affairiste, sans oublier d’attaquer, de front, le Programme du Conseil National de la Résistance dont se réclame Stéphane Hessel, et dont l’application centralisée force encore à partager des obligations qui appauvrissent et assombrissent la liberté.

Ainsi, pourquoi ne serait-il pas possible de considérer qu’il est temps de vivre cette liberté plutôt que d’en parler et de faire peur avec ? Pourquoi ne pas rendre la liberté au peuple pour se soigner, s’instruire, entreprendre ?

Bien sûr il faut faire attention à ceux qui n’ont pas "les" moyens, mais justement cette diabolisation de la liberté, du privé, n’est-il pas également à la source de l’appauvrissement populaire, et ce pour le plus grand plaisir des privilégiés qui parlent en son nom ? Est-on sûr que la possibilité de choisir sa sécurité santé comme l’on choisit son opérateur téléphonique serait congénitalement à la base d’une insécurité de surcroît prédatrice ? A ce compte il faudrait aussi interdire aux entreprises privées de produire de la nourriture parce que son industrie pourrait être aussi sujette à caution étant donné son caractère "privé" ; c’est d’ailleurs précisément ce qui est train de se passer (oubliant en passant les dégâts en la matière du socialisme réel) : la suspicion s’aggrave sous divers prétextes qui dépassent les excès et divers dysfonctionnements routiniers ; pourtant l’on confond la manipulation/corruption des marchés, publics et privés, comme celui du médicament, avec une réelle liberté de consommer la technique, l’objet, de son choix à partir du moment où certaines normes et valeurs sont respectées.

La parodontologie est par exemple peu remboursé en France alors que de bonnes gencives permettent d’avoir moins affaire au dentiste et donc aux couronnes, de même pour les médecines douces, l’ostéopathie, le vétérinaire, les lunettes etc. La pratique d’une activité physique devient de plus en plus un bon moyen de lutter contre la maladie au fur et à mesure que l’on prend de l’âge, ce serait là un bonus pour une sécurité sociale individualisée.

Ce qui n’empêche pas de mutualiser les soins lourds.

Mais il faut aller plus loin encore et considérer que l’instruction par exemple devrait être aussi libéralisée afin que l’on puisse créer des universités et des écoles libres : nous voyons bien que le système d’instruction est en crise, mais pas seulement pour des problèmes financiers, également parce qu’une chape de plomb idéologique empêche un réel pluralisme. Sans parler du centralisme bureaucratique étatiste de gauche et de droite qui empêchent que les écoles et les universités choisissent leur personnel enseignant.

Or, à partir du moment où le programme national d’enseignement reste sous l’apanage d’une instance démocratiquement élue il n’y a aucune raison d’empêcher une telle liberté, même si les chèques éducation distribués pourraient aller à une école...musulmane... Sauf que, et voilà le paradoxe de notre situation : les mêmes qui exigent une "post-laïcité" ou une laïcité "rénovée" pour permettre de construire des lieux privés de culte, refusent que de façon massive la concurrence puisse permettre que s’affirme la réelle liberté de conscience. Faisons le pari que la plupart des enfants d’origine musulmane n’iront pas, arrivés à l’âge du lycée, en école musulmane, tout comme la majorité des enfants juifs et chrétiens d’ailleurs, parce qu’ils préféreront la neutralité de l’école de la République, publique ou privée, puissamment porteuse de liberté, ce qui ne veut pas dire le relativisme, mais la possibilité d’apprendre l’universel en tant que morale objective : ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas que l’on te fasse ; agis en tant qu’être rationnel etlogique c’est-à-dire en être qui raisonne le sens de son action.

Une telle éthique permet de bien entreprendre, surtout si les coûts sont repensés de telle sorte qu’ils n’empêchent pas l’innovation mais la propulsent. En ce sens, si les cotisations sociales diminuent du fait d’une concurrence dite équitable, si résolument l’innovation se tourne vers les secteurs non encore investis par les pays émergents, si la liberté de soigner et d’instruire propulsent également de l’initiative dans ces secteurs, il n’y a alors aucune raison que la croissance ne démarre pas.

La France peine parce qu’elle est empêchée et non pas parce qu’elle est défaite ou en déclin. C’est bien parce que nous n’avons pas encore réglé les comptes de la défaite des années 30-40 que nous sommes encore fébriles. Aussi il ne s’agit pas changer de civilisation, mais d’approfondir celle qui s’est sédimentée peu à peu comme l’a fait la Terre.

Les principes qu’il nous faut sont simples en fin de compte, si nous sommes à même de briser les chaînes de l’étatisme issu dudit Conseil National de la Résistance et qui non seulement a fait son temps, mais nous a empêché de le moderniser.

Lucien Oulahbib

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Point de vue

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