Révélations: l'affairisme dans le 92. Pasqua, Balkany, Sarkozy, Ceccaldi-Raynaud et autres sous le feux

Publié le 21 Mai 2013

Dans 92 ConnectionNoël Pons et Jean-Paul Philippe retracent la saga des barons des Hauts-de-Seine qui, après avoir conquis la banlieue ouest de Paris, se partagèrent les fabuleuses richesses du département. Ce livre est en soi un événement par la qualité de ses auteurs : Noël Pons, fonctionnaire de la direction générale des impôts, a été conseiller au Service central de prévention de la corruption ; Jean-Paul Philippe a dirigé la brigade anticorruption de la police judiciaire. 

L'un et l'autre ont enquêté pendant des années sur ce département. Une tâche d'autant plus ardue que sous les gouvernements de droite, depuis 1986, la Place Beauvau a souvent été une colonie des Hauts-de-Seine, occupée par Charles Pasqua et Nicolas Sarkozy, tour à tour présidents du conseil général, puis par Brice Hortefeux et Claude Guéant, ombres portées de l'ancien maire de Neuilly. 

Cette singularité alto-séquanaise ne simplifiait pas le travail des enquêteurs. Pourtant, dans leur style, celui des rapports de police et des enquêtes fiscales, Noël Pons et Jean-Paul Philippe livrent la matière brute d'un véritable roman. Une suite de la Curée, d'Emile Zola, qui évoquait les affaires politico-financières nées, sous le second Empire, de l'extension de Paris. 

Un eldorado immobilier, qui n'était rien en regard de ce méandre de la Seine où, du Point-du-Jour à Rueil-Malmaison en passant par la Défense, les grandes industries mécaniques laissèrent, dès la fin des années 60, d'immenses friches, sur lesquelles furent bâtis les nouveaux quartiers d'affaires et les ensembles résidentiels. Une terre idéale pour les aventuriers. 

Car les maîtres des Hauts-de-Seine ne sortent pas de l'ENA, à l'exception de Charles Ceccaldi-Raynaud, qui intégra la promotion Tocqueville et fut administrateur civil. Les principaux héros de cette histoire, qu'ils s'appellent Charles Pasqua, Patrick Balkany ou Nicolas Sarkozy, ont en commun d'avoir conquis eux-mêmes le pouvoir, en ne se laissant pas tétaniser par les principes moraux. Le département des Hauts-de-Seine appelait ce type d'homme politique : il fut d'abord une terre de conquête pour le parti du pouvoir, l'UDR des années Pompidou. 

1. CHARLES PASQUA ET LA CONQUÊTE DU « FAR OUEST »

Charles Pasqua jugé par le tribunal de Versailles 2012 - ANTONIOL ANTOINE/SIPA
Charles Pasqua jugé par le tribunal de Versailles 2012 - ANTONIOL ANTOINE/SIPA
Pour la droite, s'installer sur ces terres encore industrielles n'a rien d'évident : il faut s'emparer de bastions communistes ainsi que de villes historiquement contrôlées par la SFIO (l'ancêtre du Parti socialiste). Une tâche d'autant plus difficile que les événements de Mai 68 ont placé les Hauts-de-Seine sous les projecteurs : la révolte étudiante a commencé à Nanterre et l'usine Renault de Boulogne-Billancourt passe alors pour la forteresse de l'avant-garde ouvrière. 

Pour oser s'implanter sur ces terres hostiles, il faut un gaulliste habitué à en découdre avec les rouges. Vieux routier des services d'ordre musclés, vice-président du Service d'action civique (SAC, la garde prétorienne des fidèles gaullistes), Charles Pasqua s'est chargé des coups tordus au long des événements. Il possède, avec des associés, une petite entreprise d'importation de spiritueux installée à Levallois-Perret. 

Las de « protéger » les campagnes électorales des barons, il décide de se lancer en politique, lorsque le général de Gaulle dissout l'Assemblée nationale. Encore inconnu dans le département, il saute en juin 1968 sur le maillon faible du communisme local, la circonscription de Levallois-Perret et Clichy. Au terme d'une campagne brève et virile, il est élu député, battant le sortant communiste Parfait Jans, maire de Levallois-Perret. 

Deux ans plus tard, il récidive et devient conseiller général du canton de Levallois-Sud, battant de nouveau Parfait Jans. Charles Pasqua se lance alors à la conquête du département, qu'il préside une première fois de 1973 à 1976. Cependant, les communistes lui reprennent la circonscription et le canton de Levallois-Perret, ce qui l'oblige à se replier sur une terre plus sûre, Neuilly-sur-Seine. 

Elu sénateur en 1977, il construit un réseau départemental. Il s'agit d'abord de mettre la main sur le nouveau cœur du département, la Défense. Le RPR entend contrôler cette zone d'aménagement, mais Nanterre est communiste, Courbevoie, aux mains des giscardiens, et Suresnes demeure socialiste... 

2. CHARLES CECCALDI-RAYNAUD, LE « PARRAIN »

- LESAGE/NECO/SIPA
- LESAGE/NECO/SIPA
Heureusement, il y a Puteaux, dont l'ex maire, Charles Ceccaldi-Raynaud, est passé à l'UDR puis au RPR dans des conditions pour le moins sulfureuses que racontent, dans leur livre, Noël Pons et Jean-Paul Philippe. D'abord socialiste, l'homme a conquis de l'intérieur la citadelle de Georges Dardel, figure historique de la SFIO. Victime d'un accident de voiture, en 1969, Dardel doit laisser l'intérim à Charles Ceccaldi-Raynaud, qui n'est que le quatrième adjoint. 

Sur le flan sud de la Défense, Puteaux est un immense chantier. Entrepreneurs et promoteurs défilent alors à la mairie. Ceccaldi-Raynaud constitue, dès cette époque, un réseau proprement mafieux parmi les élus socialistes à Puteaux et dans tout le département. En 1969, le numéro deux du PS, Pierre Mauroy, demande l'exclusion de Ceccaldi, car, dit-il, « toute la fédération des Hauts-de-Seine risque de passer sous la coupe de la mafia ». 

A Puteaux, Georges Dardel s'est rétabli et décide de reprendre la mairie en constituant une liste d'union avec les communistes. Exclu du PS, Ceccaldi-Raynaud obtient le soutien d'Achille Peretti, maire UDR de Neuilly, ainsi que celui de Charles Pasqua. La campagne est d'une violence inouïe. Les « colleurs d'affiches » de Ceccaldi-Raynaud sont armés. 

Un militant de la liste Dardel, Salad Kacem, 31 ans, trouve la mort pendant la campagne. Sept autres militants de gauche sont sérieusement blessés. Les enquêteurs inculperont 17 personnes, toutes proches de Ceccaldi-Raynaud, et la justice le déclare civilement responsable des bagarres ayant provoqué la mort de Salad Kacem. 

Qu'importe, l'homme a été élu à Puteaux par 65 % des voix ! Une mairie stratégique, au cœur du nouveau quartier d'affaires de la Défense. Ce dernier représente une véritable manne pour la ville, un revenu net annuel de 4 000 € par habitant. 

Une telle richesse permet de s'installer dans la durée. L'office HLM de Puteaux devient un véritable outil de clientélisme et les services municipaux gonflent sans cesse leurs effectifs. Des montages plus ou moins sophistiqués permettent de lever des fonds sur tous les chantiers et marchés de la ville de Puteaux. Les enquêteurs se succèdent, mais Ceccaldi-Raynaud est un expert, et ceux-là ne parviennent jamais au bout de leurs investigations. 

A sa façon, le maire de Puteaux a du talent. Il devient rapidement l'homme fort de la Défense, où il préside l'Etablissement public d'aménagement de la défense (Epad), la société de chauffage Sicudef et plusieurs autres sociétés d'investissement. Et il y aura des affaires et des enquêtes sur chacune de ces sociétés. La Défense est une caverne d'Ali Baba. 

A titre d'exemple, la seule société de chauffage disposait d'une cagnotte de 15 millions d'euros lorsqu'elle a fait l'objet d'une information judiciaire, ouverte en 2001. Ceccaldi-Raynaud était alors soupçonné de favoritisme dans l'attribution d'un juteux marché, dans lequel apparaissaient de curieux partenaires financiers, dont une société financière luxembourgeoise. Par deux fois, les commissaires aux comptes de l'Epad, pourtant soigneusement choisis, refusèrent de valider les comptes d'exploitation. 

Les 20 volumes de la procédure atterrissent dans les archives du palais de justice de Nanterre. Pourtant, Charles Ceccaldi-Raynaud n'hésitera pas à relancer lui-même l'affaire, en 2011, pour se venger de sa fille Joëlle, qui l'a écarté du pouvoir avec la complicité de Nicolas Sarkozy. Deux ingrats ! Le père bafoué fait parvenir au Canard enchaîné un document prouvant que Joëlle Ceccaldi-Raynaud dispose de 4 millions d'euros sur des comptes luxembourgeois. 

La fille maudite est alors maire de Puteaux, présidente de l'Epad et députée des Hauts-de-Seine, en remplacement de Nicolas Sarkozy, devenu président de la République. On ne sait d'où vient cet argent ; en revanche, on sait que le juge Pallain, en charge de l'affaire, a été muté à Tahiti ! Intouchable en raison des prescriptions couvrant ses propres activités, le vieux « parrain » peut se permettre de balancer sa fille, qui a récupéré des fonds dont il connaît, lui, la provenance. 

Mais comment un personnage digne de Francis Ford Coppola a-t-il prospéré si longtemps au cœur des Hauts-de-Seine ? Charles Ceccaldi-Raynaud a permis au RPR de contrôler la Défense, cœur du département des Hauts-de-Seine. Charles Pasqua et Nicolas Sarkozy ne pouvaient se passer de lui. 

3. L'IRRÉSISTIBLE ASCENSION DES BALKANY

Les Balkany lors des Cantonales 2011 - LESAGE/NECO/SIPA
Les Balkany lors des Cantonales 2011 - LESAGE/NECO/SIPA
En dépit de ses deux revers à Levallois-Perret, Charles Pasqua est toujours décidé à reconquérir le département. Sénateur et patron du RPR 92, il pousse la jeune garde à l'assaut. Patrick Balkany récupère, en 1982, le canton de Levallois-Sud et il emporte en 1983 la mairie détenue jusque-là par le communiste Parfait Jans. Les communistes perdent également Châtillon-sous-Bagneux et Sèvres, ils sont élus de justesse à Antony, mais le scrutin est annulé pour fraude et Patrick Devedjian s'installe à la mairie à la faveur d'une partielle. 

A Levallois-Perret, Patrick Balkany, qui gouverne en compagnie de sa femme, Isabelle Smadja, entreprend la transformation de la ville. Les anciens quartiers populaires, les ateliers, disparaissent en quelques années. Levallois-Perret devient le prolongement de Neuilly et du XVIIe arrondissement de Paris. Les promoteurs se régalent. Tant que la loi le permet, ils remplissent généreusement les caisses électorales de leurs bienfaiteurs. 

En ce temps-là, les services fiscaux s'intéressent peu aux hommes politiques. Les époux Balkany se taillent une belle réputation, on les surnomme « les Thénardier », et, plus tard, « les Ceausescu ». Luxueuse résidence près de Giverny et yacht à Saint-Tropez, le député-maire de Levallois et son épouse, bientôt vice-présidente du conseil général, affichent vite un train de vie princier. 

Après 1983, Charles Pasqua a impérativement besoin de fédérer les conquérants musclés des communes des Hauts-de-Seine. Elu conseiller municipal de Neuilly, il croit être le successeur naturel du maire Achille Peretti, gaulliste historique, compagnon de la Libération. Un mois après l'élection, le maire de Neuilly meurt brutalement d'une crise cardiaque. Pasqua charge le jeune secrétaire du RPR pour la circonscription Neuilly-Puteaux, Nicolas Sarkozy, de préparer l'élection du nouveau maire. 

Las. Nicolas Sarkozy le trahit et devient maire de Neuilly-sur-Seine, à l'âge de 28 ans ! Au sein du RPR, il a bénéficié du précieux appui de Charles Ceccaldi-Raynaud. Dès lors, le maire de Puteaux joue un jeu d'équilibre entre Charles Pasqua et Nicolas Sarkozy. Le gamin a eu Neuilly, le sénateur Pasqua aura le canton de Neuilly et la présidence du conseil général. 

Les territoires sont répartis, mais Charles Ceccaldi-Raynaud tient les ponts de Puteaux et de Neuilly, qui relient le fief de Nicolas Sarkozy à la Défense et à Nanterre, siège du conseil général et domaine réservé de Charles Pasqua. 

4. LA SOCIÉTÉ D'ÉCONOMIE MIXTE : LABYRINTHE À MAGOUILLES

Onze masters de gestion et de finances de l'université de Paris Dauphine ont été installés dans les locaux du Pôle universitaire Leonard-de-Vinci (PULV) - NIKO/SIPA
Onze masters de gestion et de finances de l'université de Paris Dauphine ont été installés dans les locaux du Pôle universitaire Leonard-de-Vinci (PULV) - NIKO/SIPA
De part et d'autre de la Seine, les affaires prospèrent. Redevenu président du conseil général en 1988, Charles Pasqua confie à Yann Guez, fils d'un ami personnel, la SEM 92, société d'économie mixte chargée des aménagements urbains et des constructions. Un formidable outil, selon les auteurs de 92 Connection, Noël Pons et Jean-Paul Philippe. 

La SEM 2 construit les collèges, participe à d'énormes chantiers de rénovation dans tout le département, construit le pôle universitaire Léonard-de-Vinci à la Défense. Elle intervient également à l'extérieur du département, et notamment à Fontainebleau, dont le maire RPR, Paul Dubrule, est cofondateur du groupe Accor. 

Et ce n'est pas tout : via la SEM 92 coopération, la SEM 92 intervient également en Afrique. Son patron, Yann Guez, a été administrateur d'une société d'armement, qui travaillait, sous Pasqua, pour le ministère de l'Intérieur. Sur les comptes de chacune de ces sociétés, les enquêteurs relèvent des anomalies, des curiosités, des extravagances. Mais elles s'entrelacent d'une manière si complexe que chaque affaire décelée en génère trois autres, tant et si bien que les meilleurs limiers s'y sont égarés. 

Les juges Eric Halphen, Eva Joly et Isabelle Prévost-Desprez ont tour à tour mesuré la portée du théorème attribué à Charles Pasqua : « Quand on est emmerdé par une affaire, il faut susciter une affaire dans l'affaire, et si nécessaire une autre affaire dans l'affaire de l'affaire, jusqu'à ce que personne n'y comprenne plus rien. » 

A la Défense, il est encore plus difficile de démêler l'écheveau financier de la société d'aménagement du quartier d'affaires, l'Epad, et de la SEM 92 que de trouver la sortie du parking. La Défense et le département des Hauts-de-Seine recèlent des labyrinthes où bien des enquêteurs se sont perdus. Noël Pons et Jean-Paul Philippe s'accrochent au fil d'Ariane des multiples enquêtes, portant sur des prises illégales d'intérêt et des délits de favoritisme, mais nul n'est encore parvenu au cœur du système. 

5. LES HLM DU 92

Gennevilliers, Quartier du Luth - LE MOINE MICHEL/SIPA
Gennevilliers, Quartier du Luth - LE MOINE MICHEL/SIPA
La justice a toutefois réussi à confondre l'office départemental des HLM, présidé par Patrick Balkany. Cependant, le député-maire de Levallois-Perret avait placé un fusible, en la personne du directeur général, Didier Schuller. 

Ancien responsable départemental des Radicaux de gauche, passé au RPR, Didier Schuller avait tenté sans succès de conquérir la mairie socialiste de Clichy. Il cumulait les fonctions de directeur général de l'office HLM 92 et un mandat de conseiller régional RPR d'Ile-de-France en 1992. Poursuivi pour prise illégale d'intérêt et truquage des marchés publics, il a dû fuir aux Caraïbes, lâché par son mentor Patrick Balkany. 

Cependant, le maire de Levallois et son épouse Isabelle ont connu à leur tour les affres de l'exil sous les cocotiers. Le couple utilisait des fonctionnaires municipaux comme domestiques à son domicile, dans sa résidence secondaire de Giverny, et même, selon Didier Schuller, sur son yacht ancré à Saint-Tropez. Ce qui valut à Patrick Balkany une lourde condamnation et un long séjour au bord des mers chaudes. 

La morale n'étant pas la chose du monde la mieux partagée, sitôt la peine purgée, les électeurs de Levallois-Perret rendirent aux époux Balkany la totalité de leurs mandats. Condamné en 1997 à quinze mois de prison avec sursis et deux ans d'inéligibilité, « Patrick » retrouva son fauteuil de maire en 2001 et son siège de député en 2002. Isabelle Balkany, quoique servie par les mêmes domestiques, ne fut pas inquiétée et fut élue et réélue au conseil général de 1988 à 2011. 

La chute provisoire de Patrick Balkany devait tout à la guerre fratricide qui avait opposé Jacques Chirac et Edouard Balladur lors de la présidentielle de 1995. Charles Pasqua en tête, tout le RPR 92 avait lâché Jacques Chirac. Balladuriens et chiraquiens règlent donc leurs comptes, oubliant juste que leurs affaires sont entremêlées. « Quand on remue la merde, peste Pasqua, il faut éviter de le faire devant un ventilateur. » 

La guerre fratricide fait tomber des têtes à Paris, dans l'Essonne où Xavier Dugoin, président du conseil général, se retrouve en prison, mais c'est tout juste si elle effleure les Hauts-de-Seine. Didier Schuller a beau jeu de se présenter comme une victime expiatoire. La forteresse de la Défense tient bon. 

On coupe quelques têtes locales, comme à Asnières, où deux maires successifs, Frantz Taittinger, héritier des champagnes, député RPR, et Manuel Aeschlimann, proche de Nicolas Sarkozy, parrain d'un de ses enfants, sont pris la main dans le pot de confiture. Mais, en dépit de sévères revers électoraux, le triumvirat composé de Pasqua, Ceccaldi-Raynaud et Sarkozy a survécu aux tempêtes. 

6. NICOLAS SARKOZY ET LA BANDE DE NEUILLY

La Garenne Colombes, Meeting de soutien à Jean Francois Copé en présence de Nicolas Sarkozy et de Charles Pasqua, 2004 - CHAMUSSY/SIPA
La Garenne Colombes, Meeting de soutien à Jean Francois Copé en présence de Nicolas Sarkozy et de Charles Pasqua, 2004 - CHAMUSSY/SIPA
Mais l'avenir appartient à un seul homme, Nicolas Sarkozy, qui pousse les deux anciens à la retraite. Nicolas Sarkozy aurait pu s'appuyer sur les élus que les affaires n'avaient pas trop éclaboussés, à commencer par le fidèle Patrick Devedjian. Il s'entoure, au contraire, des plus compromis. Joëlle Ceccaldi-Raynaud, sa suppléante, occupe son siège au Palais-Bourbon lorsqu'il est ministre des gouvernements Raffarin et Villepin ; elle le conserve lorsqu'il devient président. 

Patrick Devedjian récupère bien le conseil général, mais il est surveillé de près par Isabelle Balkany. Patrick Balkany, ami et porte-flingue, est omniprésent. A quoi s'ajoute la fameuse bande de Neuilly, dont les spécialités ne sont pas exactement celles des amis de Puteaux ou de Levallois. A Neuilly, on ne se bat pas pour la caisse des HLM. Encore que Thierry Gaubert et Philippe Smadja (deux proches de Nicolas Sarkozy) s'étaient signalés dans quelques montages immobiliers audacieux, avant d'être inquiétés dans l'affaire dite de Karachi. 

Mais la « bande de Neuilly » se caractérise surtout par l'approche des grandes fortunes, susceptibles de contribuer aux financements de campagnes électorales. Ainsi de la multimilliardaire héritière L'Oréal, Liliane Bettencourt, et de l'empereur noir de la pharmacie, Jacques Servier, courtisés de longue date par Nicolas Sarkozy et ses amis. Noël Pons et Jean-Paul Philippe ajoutent donc Karachi, Bettencourt et le Mediator à la longue liste des scandales enracinés dans les Hauts-de-Seine. 

Toujours est-il que Nicolas Sarkozy se servit de sa fonction de maire des riches pour construire sa carrière politique. Nombre de ses proches de l'époque sont aujourd'hui dans l'œil de la justice. Mais Nicolas Sarkozy n'est pas resté assez longtemps à la tête du département pour en garder la tutelle. Il n'a pas réussi à imposer son fils Jean Sarkozy à la tête de l'Epad, et son successeur, Patrick Devedjian, s'est émancipé, en promettant, sans doute un peu vite, de « nettoyer les écuries d'Augias ». 

7. EPILOGUE

Mairie de Neuilly-Sur-Seine - HADJ/SIPA
Mairie de Neuilly-Sur-Seine - HADJ/SIPA
A première vue, le temps des « parrains » semble révolu. Investi par l'UMP dans la circonscription de Boulogne-Billancourt, Claude Guéant a été battu par le dissident Thierry Solère. Il reste tout de même quelques vestiges. Patrick Balkany est toujours député-maire de Levallois-Perret. Joëlle Ceccaldi-Raynaud règne encore sur Puteaux et attend sereinement que la justice se prononce sur ses fameux comptes luxembourgeois

Charles Pasqua a connu les bancs des tribunaux, pour six relaxes et deux petites peines avec sursis. Nicolas Sarkozy a été mis en examen dans l'affaire Bettencourt, ses comptes de campagne ont été retoqués, les ombres de Karachi et des financements libyens obscurcissent son avenir politique. Il n'empêche : les Hauts-de-Seine restent le département le plus riche de France et de jolis filons immobiliers, à Billancourt et ailleurs, ne demandent qu'à être exploités. Le roman noir du 92 est loin d'être fini ! 

* 92 Connection. Les Hauts-de-Seine, laboratoire de la corruption ?
de Noël Pons et Jean-Paul Philippe, 
Nouveau Monde éditions, 299 p., 19,90 €.

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Point de vue

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