Royaume Uni : La droite courtise le "vote ethnique"

Publié le 6 Février 2013

Les conservateurs ne séduisent pas les minorités ethniques.
Le parti a identifié ce problème comme crucial en vue des élections de 2015.

Par Nicolas Madelaine

Les conservateurs britanniques craignent d'être hantés par le même problème que la droite américaine : s'ils ne parviennent pas à séduire davantage le vote ethnique, leur existence même est menacée.

Si l'on en croit la chroniqueuse du « Times » Rachel Sylvester, Andrew Cooper, le conseil en stratégie du Premier ministre David Cameron et fondateur du sondeur Populus, a récemment fait devant les ministres du parti la démonstration froide qu'il y avait urgence. Ainsi, 37 % des Blancs ont voté à droite en 2010, contre seulement 16 % des non-Blancs, et c'est un problème qu'il faut résoudre dès avant les prochaines élections, prévues en 2015.

Le vote ethnique peut en effet faire pencher la balance dans plus de la moitié de 80 circonscriptions désignées comme en balance lors de cette échéance électorale. Mais surtout, à plus long terme, la droite ne peut pas ignorer que la proportion des Blancs diminue, les Blancs britanniques ne représentant déjà plus la majorité à Londres, selon le recensement de 2011. La proportion des Blancs en Angleterre et au pays de Galles (l'Ecosse a un recensement séparé) est passée de 94 % en 1991 à 86 % en 2011. Et le mouvement est plus marqué dans les catégories des plus jeunes.

Anthony Wells, politologue chez YouGov, explique que les tories sont particulièrement délaissés par les Noirs et les Asiatiques musulmans et un peu moins impopulaires auprès des hindous et des sikhs. Il précise que les travaillistes ont de leur côté souffert de la guerre en Irak, particulièrement auprès des musulmans, mais semblent avoir reconquis du terrain. Aux dernières élections, ils ont en tout cas recueilli deux tiers du vote non blanc.

David Cameron aurait donc expliqué à son cabinet que ce sujet était «  de la plus haute importance ». Le nombre d'élus conservateurs de couleur est passé de 2 à 11 en 2010, mais c'est insuffisant : il faut resserrer les liens avec les organisations communautaires. L'idée a aussi été avancée d'exiger des entreprises des statistiques ethniques de leur staff mais elle a été rejetée comme trop chère pour elles.

Un problème d'image

Si l'on en croit les études d'opinions, les tories souffrent avant tout d'un problème d'image, celui d'être un parti de Blancs privilégiés servant les intérêts des Blancs. Les écarts racistes dans l'histoire du parti - un fameux discours du député Enoch Powell en 1968 ou des slogans électoraux de 1964 invitant à voter travailliste «  si vous voulez un nègre comme voisin » - restent en mémoire. Les politiques de droite en elles-mêmes ne semblent pas en revanche être la cause de la désaffection. Beaucoup d'Indiens sont des petits entrepreneurs qui veulent payer moins d'impôts. «  Paradoxalement, beaucoup d'habitants de minorités ethniques sont même en phase avec la politique dure des conservateurs sur l'immigration, mais interprètent comme raciste la rhétorique du parti », explique Anthony Wells.

Nicolas Madelaine
Correspondant à Londres

Écrit par Nicolas MADELAINE 
Correspondant à Londres 

nmadelaine@lesechos.fr 

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Europe liberticide

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MIKA 06/02/2013 20:18


ROYAUME UNI



CNN - Les blancs fuient les quartiers multi-ethniques et islamisés


http://www.youtube.com/watch?v=KVlPPcEvOgQ