Sarkozy : La Déception - par Gabriel Lévy (signalé par Nancy Verdier)

Publié le 28 Septembre 2011

« La déception est un sentiment qui ne déçoit jamais ». Cependant il est rare de brûler, dès le lendemain, ce que l’on admirait la veille. C’est pourtant ce que nous fîmes dès la constitution du premier gouvernement de M. Sarkozy :

 Par Gabriel Lévy

« l’ouverture…attention aux courants d’air » (chronique du 12 mai 2007). Incrédules, étions-nous, quand, pour justifier les avances faites à M. Védrine, le nouveau président de la République proclamait « La fidélité, c’est pour les sentiments, l’efficacité, c’est pour le gouvernement ». Prémonitoires, nous annoncions : « S’il faut des socialistes dans les allées du pouvoir, qu’à cela ne tienne, nous risquons de les voir dans les urnes ». En attendant de les élire, il fallait bien leur témoigner notre considération : « Qui veut gagner des missions ? » (9 juillet 2007), « Mais votez-donc socialiste !» (3 juillet 2007). Nous nous consolions, il le fallait bien, en estimant avec Malraux, qu’on ne fait pas de la politique avec de la morale, espérant toutefois que l’on n’en ferait pas sans.

Les erreurs s’accumulèrent, certaines imprévisibles et excusables, d’autres frappées du seul sceau de la «politique spectacle » (2 août 2007), comme la libération des infirmières bulgares, obtenue contre la fourniture d’armes et l’invitation officielle de M. Kadhafi, comme l’extravagance des dépenses liées à l’affaire Betancourt (« Ingrid est libérée, mais l’Ingrid-gate continue », 9 juillet 2008).


L’efficacité fut-elle – au moins – au rendez-vous ?
  Chacun savait la difficulté de réorganiser la France, d’accomplir la « rupture », d’effacer les erreurs passées, de proscrire le « tout impôt ». Des réformes, comme celle de l’Université, sont assurément à verser au crédit du gouvernement, mais d’autres souvent annoncées dans la précipitation (« le spectacle !  ») furent abandonnées ou amputées. Dans son rapport annuel M. Delevoye, médiateur de la république, confirmait que « de nombreuses tares de l’état subsistent ou même naissent ».


Mais surtout, la dépense publique ne fut jamais contrôlée
, et comme s’il fallait en ajouter, M. Tapie reçut 400 millions d’euros et « l’entretien » de pays étrangers ne se tarit pas. Dès lors, les Français sombrèrent dans l’agacement et le blues (« Le bucher de nos illusions », 11 mai 2011).


La politique étrangère, prétendue vitrine du président
, des utopies telles que l’Union pour la Méditerranée (mais « Que sont nos amis devenus ? »), les discours bravaches au sujet du réchauffement climatique (« On va à Copenhague pour gagner. C’est un tournant pour le monde. On fait de l’historique (sic). Dans un siècle, on se souviendra de ce sommet et dans les livres d’histoire, on dira que la France a joué un grand rôle »)les propos incantatoires pour célébrer – prématurément -  un « printemps arabe », le mythe d’une politique étrangère européenne commune, qui s’achèvera, par entêtement, dans une crise économique majeure pour notre pays, solidaire forcément des cigales de l’Euroland.

Sans compter le… la… l’accolade sonnante et trébuchante à Abbas !


Pendant quatre ans, aucune de la centaine de nos chroniques ne fut prise en défaut
. Aucune d’entre elles aujourd’hui n’a pris une ride. Nous n’en tirons aucune vanité, car nombreuses sont les analyses semblables, qui ont été faites par des personnalités plus compétentes que nous, pour expliquer ce gâchis. Peu en revanche remettent en cause notre régime politique, celui de la monocratie, et pour être plus abrupt, celui de notre monarchie avec sa cohorte de courtisans.

 
Cela ne pouvait durer qu’un temps. « La main passe » ( 26 août 2010) : « Nous savons tous, à force d’avoir entendu répéter la formule de Lord Acton, que le pouvoir corrompt. Nous sommes, en revanche, moins conscients du fait qu’il engendre la sottise ; du fait que le pouvoir d’ordonner provoque souvent l’incapacité de penser. […] Les systèmes sociaux peuvent survivre à une bonne dose de sottise lorsque les circonstances sont favorables, historiquement parlant, et lorsque le gâchis est amorti par des vastes ressources, ou absorbé par la pure énormité géographique, cas de l’Amérique durant la période d’expansion. Aujourd’hui qu’il n’y plus d’amortisseurs, on ne peut plus se permettre autant de sottises. » (Extrait de Barbara Tuchman : La Marche folle de l’histoire, Robert Laffont, Paris, 1985. In UPJF  du 8/10/2008).

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Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Politique Française

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