Aux sources des religion monothéistes. Par Elisa Naibed

Publié le 24 Décembre 2012

Ce qui se passe en Tunisie, et partout ailleurs avec les «printemps arabes-hivers islamistes» ne relève pas simplement d'une «violence politique», aussi terrible soit-elle. Le ressort de cette violence est bien plus ancien et bien plus profond que ça, car il plonge au coeur même de la gestation des monothéismes. 

Bien sûr, l'islam califal est une contrefaçon et une supercherie, une idéologie totalitaire militaro-religieuse, camouflée dans un ersatz de religion, une contrefaçon grossière de judaïsme et de christianisme (je devrais plutôt écrire: de nazaréisme, ou judéo-nazaréisme). Mais je suis de plus en plus convaincue que cette religion ou cette secte oubliée (ou, plus exactement - soigneusement enterrée par les trois "monothéismes") et ses controverses théologiques, ces conflits archaïques qui datent de deux mille ans sont en train de nous exploser à la figure! 

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Elisa Naibed

Le Coran a été 
écrit bien avant que la langue arabe littéraire ne voie le jour (je ne parle même pas ici de l'arabe moderne). 
Quand au «Noble Coran», l'expression tendrait plutôt à faire rire, tellement elle est grotesque, face à un livre tellement déformé, trituré et trafiqué en tous sens par des scribes des IX° et X° siècles (voire encore par après) à la demande des califes qui se sont succédés à ces époques, détournant complètement le contenu initial, pour en faire le manuel de guerre et de terrorisme d'une idéologie militaro-religieuse au service de leurs ambitions de conquête. 
Il faut, en effet, une vigoureuse analyse historico-critique pour espérer retrouver -et encore, seulement en partie - l'islam des origines qui a été complètement dénaturé (et en partie effacé) par islam califal (avec sa sunna, ses hadiths, etc...) que nous connaissons aujourd'hui. 


Développons un peu cette réponse:

 1. L'arabe classique n'existait tout simplement pas à l'époque du prophète, comme l'a brillament démontré Christoph Luxenberg (obligé d'écrire sous pseudonyme, pour préserver son existence), dans son excellent livre "Die Syro-Aramäische Lesart des Koran : Ein Beitrag zur Entschlüsselung der Koransprache" [Lecture syro-araméenne du Coran. Contribution pour décoder la langue coranique] publié en 2004, et qui a provoquéun séisme dans les études coraniques. Contrairement à ce qu'affirme la tradition musulmane, il n'existait en effet pas d'arabe unifié à l'époque, mais une quantité de dialectes arabes peu standardisés, ayant pour racine commune le syro-araméen, une variété d'araméen, qui était une langue liturgique, mais aussi la langue utilisée par les élites, et les gens instruits, et était donc très répandue dans tout l'Orient et même dans la péninsule arabique. Mahomet [1] , selon la tradition [2] ne pouvait donc pas écrire [3] en arabe (lequel choisir?) sous peine de se couper d'une frange importante de son public. Il opta donc pour un moyen terme, en reprenant ce qui pouvait sembler suffisamment commun à ces différents dialectes pour constituer le noyau dur d'une langue en devenir. Et en gardant le vocabulaire syro-araméen pour le reste.
On peut donc dire que ce qui constitue le Coran fut donc écrit, au départ, dans un jargon arabo-araméen constitué:


  • d'une part, d'une forme d'anticipation de ce que devait donner l'unification des dialectes pré-arabiques, basée sur un noyau de mots communs courants
  • d'autre part, partout où l'approche précédente n'était pas possible (essentiellement, dans les textes plutôt liturgiques) d'une importation pure et simple de mots et de tournures de phrases issus du syro-araméen
Cette sorte de langue intermédiaire, créée pour les besoins immédiats de la prédication, a peut-être constitué le prototype de la langue arabe classique. Mais cette langue ne s'est pas réalisée du jour au lendemain: il a encore fallu de longs siècles pour que la langue nouvelle se dégageât de l'ancienne. Lorsque la transformation s'est finalement opérée, pour donner l'arabe classique, celui-ci était assez différent de l'arabe ancien du texte coranique, souvent obscur, voire incompréhensible (notamment les mots et tournures de phrases provenant du syro-araméen) d'où un nombre considérable de méprises et de contresens dans la lecture et la compréhension de ce texte.



  2. Quant au «Noble Coran», on peut considérer qu'il n'existe tout simplement pas, vu que le Coran actuel n'est tout simplement  ...pas  le Coran !

En fait, il serait plus correct de décrire le Coran actuel comme étant au départ les "Actes de l'islam" (un peu comme les "Actes des Apôtres" pour le christianisme).
En effet, lorsqu'on débarasse le soi-disant «Coran» actuel de ses nombreuses scories de toutes sortes, ajoutées par après par des scribes des IX° et X° siècles (voire encore bien plus tard) sur instruction des califes qui se sont succédés à cette époque, l'analyse historico-critique montre clairement qu'à l'origine, ce texte coranique (proto-Coran) n'était qu'un recueil de feuillets destiné à la prédication, plus que probablement issus du judéo-nazaréïsme, et transcrit en arabo-araméen.
Ce texte fait d'ailleurs très clairement mention d'un autre livre en cours de traduction en arabe (en "un arabe clair", dit le texte coranique) et dont il nous tient au courant de l'avancement jusqu'à son achèvement. Cet autre livre - qui aurait dû devenir le véritable livre liturgique, le livre fondamental (livre=Coran) des musulmans ! a malheureusement disparu ou - plus probablement - été détruit par la branche hérétique des adeptes de l'islam califal, qui allaient supplanter les musulmans historiques qui n'étaient, à la base, que des juifs arabisés, disciples du nazaréen.
Ce véritable Coran, que l'on aurait pu appeler, effectivement, le Noble Coran  était sans doute la traduction en arabe dialectal de l'époque (un langage arabo-araméen)  d'un lectionnaire syro-araméen, un recueil de textes choisis de l'Écriture (AT, NT et textes apocryphes), comme il en circulait pas mal à l'époque. Ce genre de lectionnaire  étaitutilisé par les nazaréens, que l'on appelle aujourd'hui "judéo-nazaréens" (ou nazoréens), pour bien distinguer ces "chrétiens" judaïsants de la branche dissidente deschrétiens hellénisés et des païens convertis qui suivaient l'enseignement controversé de St Paul et qui allaient donner les différentes églises chrétiennes que l'on connait aujourd'hui. (qui constituaient les authentiques disciples de Jésus le Nazaréen, issus de la première communauté connue, celle de Jérusalem)
Le texte du Coran actuel contient, en effet - à l'instar des Actes des apôtres - de nombreuses traces des différentes polémiques et controverses théologiques que ces "chrétiens" historiques entretenaient avec ceux qui suivaient l'enseignement de Saül de Tarse (appelé par la suite "St Paul"):
Ces judéo-nazaréens [4] - parfois appelés aussi ébionites - étaient les authentiques disciples de Rabbi Yeshoua (Jésus le Nazoréen), issus de la première communauté connue, celle de Jérusalem. En tant que juifs à part entière, ils rejetaient vigoureusement ce qu'ils considéraient comme des ajouts et des distorsions par rapport à l'enseignement juif authentique de leur maître à penser et leur prophète, qu'ils considéraient certes comme le prophète et le messie, mais certainement pas comme le fils de Dieu, car ce caractère d'homme-dieu était considéré comme une hérésie pour ces juifs et ces monothéistes stricts qu'étaient les nazaréens . Idem pour les inventions "héllénistes" ultérieures, comme la Trinité, l'abrogation de la circoncision et des interdits alimentaires, le changement du jour du sabbat, etc. qui étaient pour eux autant d'innovations qui contrevenaient à la loi juive.
Tout ceci, et bien d'autres considérations encore (comme les nombreux ajouts, retraits, falsifications et autres inventions introduits imposent une relecture critique du Coran,  dégagé de la tradition tardive (sunnah, hadiths, vie de Mahomet...) introduite par l'islam califal pour transformer la religion initiale en idéologie militaro-religieuse totalitaire,
Une relecture à nouveaux frais, basée sur tous les moyens scientifiques moderne (exégèse historico-critique, archéologie,  etc.) pour, comme le suggère Rémi Brague, enfin  sortir enfin du cercle   frelaté des nombreux mensonges d'une tradition  tardive inventée de toutes pièces, et  qui empoisonne la vie des musulmans et des non-musulmans !

[1]  Muhammad (Mahomet en français) ne s'appelait d'ailleurs pas ainsi! Muhammad vient d'une mauvaise traduction de  "MHMD", un participe passé signifiant le "bien-aimé" (Sourate 3.144 ; 33.40 ; 47.2 dans les anciens textes coraniques). Ou encore  avec "HMD" qui veut dire "Précieux" (Sourate 61.6), mais les termes "Bien-aimé" et "Précieux" étaient à l'époque des surnoms donnés par les juifs dans le Talmud à Moïse  et au prophète Daniel, un usage avec lequel les gens d'alors, au Moyen-Orient, étaient familiers.
Par ailleurs,  une étude historico-critique  du Coran a montré que celui qu'on a dénommé, par erreur, Muhammad ne vivait pas en Arabie non plus, mais bien en Syrie, là où se trouvait le caravansérail des Qoreychites (tribu à laquelle il appartenait), près du port de Lataquié !


[2] ...ou plutôt: le scribe qui a fait son instruction, selon ce qu'on a pû effectivement découvrir en soumettant le texte coranique actuel à une analyse historico-critique serrée. 
[3] On fait l'impasse, ici, sur la légende niaise et les nombreuses inventions, et autres fariboles pieuses de toutes sortes que l'on trouve dans la tradition, et qui obscursissent, plus qu'elles n'expliquent, les véritables origines du Coran: soi-disant transmission orale (on est quand même au VII° siècle après JC, et l’apparition de l’écriture (en Mésopotamie) date de la fin du IVe millénaire avant J.-C !), inscription de versets sur des débris de poterie, des os de chameaux et autres matériaux folkloriques (l'ancètre du post-it ?), et plein de couillonnades du même style !


[4] À lire sur le sujet de la présence des [judéo-]nazaréens [et non des chrétiens], comme dans le texte du Coran, en rupture avec le discours habituel, musulman ou islamologique, qui affirme que : 
• l’expression coranique « gens du Livre » (ahl al-kitâb, litt. « tente de l’Ecrit ») désignerait globalement les juifs, les chrétiens et les musulmans. Or, dans les feuillets primitifs (qui constitueront plus tard, après avoir été trafiqués, le « Coran » des Califes), on voit clairement que ahl al-kitâb” désigne exclusivement les possesseurs de l’Ecrit, ceux qui forment sa “famille” c’est-à-dire l’ensemble des fils d’Israël, quelle que soit leur obédience (“l’Ecrit” en question étant la Torah) ]; 
• le terme de “nasârâ” serait le nom des chrétiens en arabe [dans les feuillets coraniques primitifs, les “nasârâ” constituent l’autre branche juive dont il est question dans le Coran (à côté de celle des yahûd-juifs d’obédience rabbinique), et ce terme doit être rendu par “nazaréens” – ce que même les Saoudiens sont obligés de faire à certains endroits dans leur traduction.[pour masquer le fait que les nazaréens sont, en fait, les véritables ancêtres cachés des musulmans].
NB: le lecteur qui voudra tout savoir de cette question pourra lire avec profit l'excellente étude - une véritable somme, de quelques 1100 pages - résumé de la thèse exégétique développée par le père  Edouard-Marie Gallez : Le messie et son prophète. - Aux origines de l’Islam.

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Histoire d'Islam

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