Se sentir étranger en son propre pays, quoi de pire… Par Nicolas Gauthier

Publié le 19 Octobre 2013

 

Et un drame de plus. Une jeune écolière kosovare qui vient de se faire expulser de sa classe de troisième, à Levier, dans le Doubs. Un drame, oui. Une fillette arrachée à son pupitre (en l’occurrence, le car de sa sortie scolaire), promise à retourner dans son pays d’origine.

Par Nicolas Gauthier  pour Boulevard Voltaire

Mais il n’y a pas que Margot pour pleurer dans sa chaumière, le Front de gauche sort aussi les mouchoirs. Et badaboum et tralalère, toujours le même discours en forme de moulin à prières qui dénonce « la lepénisation des esprits ayant décidément pris ses quartiers place Beauvau ». Quelle imagination dans la dialectique…

Ce fait divers, pour éminemment déplorable qu’il soit, n’en est pas moins emblématique. Et nous rappelle ce vieux sujet de philo à l’occasion duquel il était demandé aux élèves ce qu’il valait mieux pour l’ordre public : un désordre ou une injustice ?

À l’époque, les profs devant lesquels les élèves se levaient encore dès qu’ils arrivaient en classe avaient souvent l’affaire Dreyfus en ligne de mire. Et ces deux points de vue a priori contradictoires : mettre l’officier innocent en prison, injustice censée nous préserver d’un désordre. Ou le libérer, sachant que la justice devait prévaloir sur l’ordre. Pas de chance, on eut les deux : injustice et désordre, sachant que l’une mène fatalement à l’autre, et inversement.

Le désordre ? Cette politique d’immigration devenue folle.

L’injustice ? Celle qui frappe cette gamine.

Mais il y a encore une autre injustice, injustice d’autant plus grande qu’elle frappe non point des réfugiés kosovars, mais des Français, tenus de cohabiter avec des populations de plus en plus envahissantes. Jusqu’à ressentir ce sentiment délétère consistant à se considérer comme minoritaires dans une patrie où, nonobstant, ils sont encore majoritaires. Se sentir étranger en son propre pays, quoi de pire

Fameuse « peur de l’autre », célèbre « repli frileux », dira-t-on. Comme dans ces rédactions dont les journalistes évitent généralement de frayer avec le commun, France d’en bas, France des pavillons, France qui était même peut-être autrefois celle de leurs lecteurs.

Alors oui, ce qui vient d’advenir à la petite Leonarda peut évidemment prêter à la compassion. Qu’il nous soit néanmoins permis de contenir nos larmes pour des causes qui nous sont autrement plus proches. Et, une fois encore, de réserver nos flèches aux véritables coupables de ces maux : en un mot comme en cent, rien ne sert de taper sur les opprimés, si l’on ne conduit pas les oppresseurs à la potence.

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Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Point de vue

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