Pour Standard & Poor, la zone Euro présente des risques pour l'ensemble de l'économie mondiale.

Publié le 15 Octobre 2012

Paul Sheard (S&P) : « La zone euro, principal risque pour l'économie mondiale »

Par Richard Hiault | 

Paul Sheard est responsable de la recherche et économiste en chef de Standard and Poor's.

Le FMI vient d'abaisser ses prévisions de croissance pour la zone euro et estime que cette dernière reste le principal risque pour l'économie mondiale. Quelles sont vos propres prévisions ?

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Pour l'année en cours, nous prévoyons une légère récession de la zone euro. Le Produit Intérieur Brut (PIB) devrait ainsi reculer de 0,8 %. Pour l'an prochain, notre scénario de base avance une stagnation de ce PIB. Ni croissance, ni récession. Ces prévisions ne sont pas spécialement optimistes. Si vous regardez le niveau de production de la zone euro, il se situe encore 1,7 % en dessous de son niveau d'avant crise. Aux Etats-Unis, c'est l'inverse puisqu'il est supérieur de 1,7%. Pour revenir à la zone euro, c'est l'Allemagne qui s'en est sorti le mieux. Si son PIB a chuté de 6,8 % pendant la crise, il a rebondi depuis de 9,2 % tant et si bien que le niveau de production s'avère supérieur de 1,7 % à ce qu'il était avant la crise. L'Espagne et l'Italie sont bien en deçà avec 5,4 % et 6,8 % respectivement. Pour la France, le niveau de production est encore 0,8 % inférieur à son niveau de 2008. Nous anticipons une croissance du PIB américain de 2 % l'an prochain et donc, une stagnation de la zone euro. Dans les faits, tout dépendra de ce que ferons les leaders politiques européens.

Que voulez vous dire ?

Au cours des trois dernières années, à chaque fois que les pressions montaient sur la zone euro, les dirigeants politiques ont pris des mesures. Il n'en demeure pas moins que les risques sont toujours baissiers pour l'Europe.

Vous craignez de nouvelles tensions sur les taux d'intérêt espagnols et italiens, lesquelles pourraient plonger la zone euro dans une nouvelle récession ?

Comme le FMI, nous plaçons la zone euro comme étant le risque numéro un, non seulement pour l'économie européenne, mais également pour l'économie mondiale. La question européenne est difficile et la voie du redressement est parsemée d'embûches. Cela dit, nous avons assisté cette année à deux événements majeurs. Le premier est le Conseil européen de juin qui a fixé une feuille de route quant à l'avenir de l'Union Economique et Monétaire européenne. C'est un pas substantiel vers une amélioration de l'architecture de la zone euro en tant que zone monétaire. Le second, à venir, est le Conseil européen du mois de décembre qui devrait détailler cette feuille de route. La question qui se pose aujourd'hui est : les leaders politiques européens seront-ils à même de respecter cette feuille de route, de la mettre en oeuvre ? Dans l'affirmative, ils parviendront alors à éviter le retour de la récession en Europe et l'éclatement de la zone euro. Tout est une question de confiance dans la capacité des leaders politiques européens à respecter leurs engagements.

Vous ne croyez donc pas à la possibilité d'un éclatement de l'euro avec la sortie de la Grèce, par exemple ?

Il y a à peu près une chance sur trois que la Grèce sorte de la zone euro. C'est un risque significatif. Mais ce n'est pas notre scénario. Une sortie de la Grèce pourrait peut-être apporter quelques avantages au pays. Ce dernier pourrait renforcer sa compétitivité par une dévaluation de sa monnaie par exemple. Mais, un tel événement serait potentiellement déstabilisateur pour l'ensemble de l'eurosystème. Personne ne sait dans quelle mesure. Nous sommes en « terres inconnues ». Mais cela serait un choc extrêmement négatif pour la zone euro. Une sortie de la Grèce serait sans précédent et soulèverait immédiatement un problème de crédibilité et de confiance. Les investisseurs seraient en droit de s'interroger sur la possibilité d'une sortie d'un autre pays, voire de deux ou trois. Quelle crédibilité auraient alors les leaders politiques européens qui ont toujours déclarés qu'ils garderaient intacte la zone euro ? Aucune. Les marchés ont besoin de cette crédibilité politique pour agir en conséquence et être plus sereins quant à l'avenir proche de la zone euro.

L'autre problème soulevé par le FMI concerne le problème budgétaire américain à la fin de l'année avec la fin des exemptions d'impôts laquelle pourrait plonger l'économie américaine en récession. Ce risque est il réel ?

Je pense que le problème sera évité. Vous ne pouvez pas avoir une réduction de l'exposition au risque (deleveraging) du secteur privé et du secteur public en même temps. Sinon, la récession vous menace. Aucun responsable politique américain ne prendra délibérément et consciemment un tel risque. Cela n'a aucun sens. C'est pourquoi je m'attends à ce que le problème de cette importante consolidation budgétaire massive qui se profile si rien n'est fait soit saisi à bras le corps juste après le résultat de l'élection présidentielle américaine du 6 novembre. Un accord sera trouvé.

PROPOS RECUEILLIS PAR RICHARD HIAULT À TOKYO

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Economie-Finance-Industrie

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