Selon un intellectuel islamique, il peut exister un lien entre écoles religieuses et idéologie radicale

Publié le 26 Septembre 2011

Dans le cadre de la libre expression et même si je doute du sens réel d'intellectuel islamique qui me parait-être un contre sens, j'édite cet article qui tend à nous prouver tout de même que l'installatioin de Madrasas (Mahdharas?) ou école coranique en France n'apportera pas la paix mais bien au contraire. 

Gérard Brazon

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Par Le journal en ligne Magharébia

Entretien réalisé par Mohamed Yahya Ould Abdel Wedoud

pour Magharebia à Nouakchott – 23/09/11

En l'absence de tout contrôle gouvernemental, les écoles religieuses sont libres d'enseigner aux jeunes ce que décident leurs cheikhs. Mais les mahdharas produisent-elles vraiment des extrémistes ?

L'auteur et intellectuel islamique Mohamed al-Mahdi Ould Mohamed Bechir apporte à cette question une réponse de première main. Avant d'obtenir une licence en fiqh (jurisprudence islamique) à Nouakchott et un doctorat ès-fiqh à l'Université d'Alger, il a été élève dans une mahdhara mauritanienne.

Magharebia : Vous avez beaucoup écrit sur le lien existant entre l'éducation religieuse dans les mahdharas et le développement des tendances extrémistes. Parlez-nous de ces écoles.

Mohamed al-Mahdi Ould Mohamed Bechir :Une mahdhara est une école populaire privée qui enseigne la religion de l'Islam, la langue arabe et des connaissance liées à la charia. Elle est supervisée par un cheikh qui dirige les élèves au nom de Dieu et qui ne perçoit aucun salaire officiel. Il ne bénéficie d'aucun congé annuel et ne refuse aucun élève, quelles que soient sa couleur ou sa nationalité, dès lors qu'il est musulman.

La particularité de la mahdhara mauritanienne est qu'elle repose sur la mémorisation d'un ensemble d'ouvrages relatifs au fiqh, que les élèves doivent apprendre par coeur et dont ils doivent parfaitement comprendre la signification. Au fil des années, ces livres sont devenus une alternative au Coran et aux hadiths.

Magharebia : Vous avez étudié le Coran, les sciences de la charia, la logique, le kalam et l'arabe dans une mahdhara mauritanienne. Les élèves de ces écoles apprennent-ils d'autres matières que la religion ?

Ould Mohamed Bechir : Une mahdhara ne dispense pas un enseignement conforme aux méthodes scientifiques qui mettrait en mesure d'engendrer de la connaissance et la libre pensée. Elle n'enseigne rien sur la démocratie ou l'existentialisme ; elle enseigne les règles de la vente sans rien savoir de l'économie ; elle enseigne l'obligation d'obéir au "dirigeant" et ne parle pas du concept de souveraineté de la nation.

Cela tient au fait que les livres qu'utilisent les mahdharas ont été écrits dans des circonstances historiques, sociales, économiques et politiques qui n'ont rien à voir avec l'époque actuelle.

[Jemal Oumar] Les élèves des écoles religieuses doivent mémoriser des textes relatifs au fiqh tels que ceux-ci, dans la mahdhara Baer al-Rahma, en Mauritanie

[Jemal Oumar] Les élèves des écoles religieuses doivent mémoriser des textes relatifs au fiqh tels que ceux-ci, dans la mahdhara Baer al-Rahma, en Mauritanie

Magharebia : Le programme peut ne pas être "moderne", mais comment peut-il conduire à l'extrémisme ?

Ould Mohamed Bechir : Les mahdharas enseignent aux élèves que la relation fondamentale entre les Musulmans et les mahdharas est la guerre et le conflit plutôt que la paix et l'amitié, et que les non-Musulmans doivent se convertir à l'Islam et payer la jizyah, sous peine d'être combattus.

Elles enseignent également que les traités de paix durables avec des pays non-musulmans ne sont pas autorisés aux termes de la charia. Les Musulmans doivent s'engager dans le djihad contre les pays non-musulmans pour répandre l'Islam. C'est une erreur grossière, car le djihad n'a pas pour mission de faire se propager l'Islam ; il est destiné à défendre la foi et la patrie.

Le verset du "sabre" a modifié le sens de tous les versets coraniques qui appellent au dialogue et à la coexistence pacifique entre les Musulmans et les autres, et qui fondent le principe de la liberté de religion et du respect des adeptes d'autres religions.

Ils divisent le monde entre la maison de l'Islam et la maison du kufr, dans laquelle les gens ne sont pas gouvernés par la charia.

Les cheikhs des mahdharas estiment que le respect du kufr n'a aucun caractère sacré ; le sang de son peuple n'a pas à être épargné, et son argent ne doit pas être protégé. Ils n'enseignent pas le concept des droits de l'Homme et des libertés publiques ; ils enseignent plutôt à leurs élèves que le sang, l'argent et l'honneur d'un Musulman sont protégés, tandis que les non-Musulmans n'ont aucun caractère sacré à moins d'êtredhemmis, c'est-à-dire protégés de manière temporaire.

Ils ne donnent à leurs élèves aucune chance d'apprendre quoi que ce soit sur les cultures des autres nations, ni sur les valeurs humaines communes qui sont partagées entre tous les peuples. Les mahdharas n'encouragent pas la diffusion de la paix dans le monde, qui est basée sur la coexistence entre les diverses religions et cultures.

De plus, la plupart des cheikhs des mahdharas interdisent la musique et le chant. Ils ne permettent pas aux élèves de développer leur dimension esthétique.

Et les gens qui n'écoutent pas de musique, de chants et de paroles affichent généralement des attitudes violentes, des comportements extrémistes et des opinions intolérantes.

[Reuters/Finbarr O'Reilly] Un jeune garçon étudie le Coran dans une école religieuse dans le vieux village mauritanien de Chinguetti.

[Reuters/Finbarr O'Reilly] Un jeune garçon étudie le Coran dans une école religieuse dans le vieux village mauritanien de Chinguetti.

Magharebia : Les mahdharas diffusent-elles une idéologie djihadiste ?

Ould Mohamed Bechir : Dans son acceptation du combat, le djihad n'est utilisé qu'à des fins d'autodéfense. Lutter pour imposer sa religion à d'autres n'est pas prescrit par l'Islam (il n'existe aucune obligation en matière de religion). Mais les mahdharas enseignent aux élèves que le combat est un devoir pour répandre l'Islam et conquérir les pays non-musulmans.

Le problème avec les mahdharas est que leurs diplômés ressemblent à des hommes des cavernes qui auraient dormi pendant des centaines d'années et se seraient réveillés dans une époque nouvelle. Cela est dû au fait que les élèves des mahdharas vivent dans une culture qui était en vigueur il y a des siècles.

Il est injuste de blâmer les mahdharas pour toutes les causes de l'extrémisme en Mauritanie. Certaines raisons sociales, psychologiques et économiques ne peuvent pas être passées sous silence. La répression et les privations existent dans les familles mauritaniennes ; la pauvreté et le chômage font des jeunes des proies faciles pour les organisations extrémistes.

Le cheikh d'une mahdhara n'enseigne pas délibérément l'extrémisme ; il enseigne plutôt des ouvrages qui ont été écrits à une époque depuis longtemps révolue, et c'est là tout le problème.

Magharebia : Le cheikh des écoles religieuses Adhwaa al-Bayan a expliqué à Magharebia que les mahdharas doivent être restructurées pour "remporter la bataille entre la modération et l'extrémisme dans le monde musulman". Quels sont les changements qui pourraient faciliter cette adaptation à l'époque moderne ?

Ould Mohamed Bechir : Je ne sais pas s'il suffirait de revoir les programmes des mahdharas. Pourquoi ne pas les transformer de fond en comble ? Chaque nation doit revoir ses institutions d'enseignement de temps à autre, pour les adapter à l'époque actuelle. Certains sujets sont alors abandonnés, et certains ouvrages qui ne correspondent plus à cette époque sont exclus, tandis que de nouveaux livres sont utilisés et de nouvelles matières adoptées.

Les mahdharas enseignent des disciplines mortes et certains sujets qui contredisent la science. Par exemple, elles enseignent aux élèves que la grossesse peut durer cinq ans, que des éclipses solaires et lunaires peuvent survenir le même jour, que les calculs astronomiques ne peuvent être utilisés pour connaître le moment précis du début du Ramadan, que les femmes ne peuvent occuper des emplois publics, et que le père d'une jeune fille peut la donner en mariage à qui il veut, y compris contre sa propre volonté.

Il est également étrange que les mahdharas enseignent l'idéologie de sectes qui ont disparu depuis longtemps alors qu'elles négligent l'idéologie des mouvements islamiques contemporains.

Il est temps de mettre un terme au chaos des mahdharas. Personne ne contrôle les programmes dans ces écoles. Cela constitue un grand danger pour la Mauritanie.

N'importe qui peut ouvrir une mahdhara et enseigner les programmes qu'il veut. Si cette personne est un salafiste, il peut fonder une mahdhara salafiste ; s'il est membre d'al-Qaida, il peut faire de sa mahdhara une cellule clandestine.

Ce contenu a été réalisé sous requête de Magharebia.com.

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Islamisation française

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