Sombres dessous

Publié le 20 Octobre 2012

 

Riposte Séfarade
Le Quai d’Orsay est un monde à part, une sorte d’Etat dans l’Etat. Répond-il au pouvoir exécutif suprême en toutes circonstances ? Il m’est souvent arrivé d’en douter tant ses positions semblent parfois être prises en dépit du bon sens, sans parler d’iniquité ou de simple logique.

 Le dernier épisode, où un « petit consul » de France prit l’initiative de faire la politique de son pays à lui tout seul en insultant le pays qui l’accueille pour complaire à je ne sais quelles revendications fantaisistes, en est le évènement révélateur et marquant.

 Ainsi en est-il particulièrement au sujet d’Israël, et plus généralement des relations avec les pays arabes voire, plus largement, musulmans.

 De multiples explications peuvent être fournies quant au parti pris quasi systématique des prises de positions françaises sur le conflit moyen oriental.

 On avancera sans trop de risque qu’il serait bien dommage de se priver d’un marché de débouchés commerciaux gigantesques pour l’industrie d’armement… si les chiffres du commerce extérieur le reflétaient…

 On avancera aussi que la paix sociale commande ce déséquilibre, eu égard aux masses musulmanes parquées dans des « réserves » de banlieue, renvoyant en plein visage l’échec permanent de « l’intégration à la française », et à qui on a servi en pâture un conflit qui ne les concerne pas afin de détourner (un peu) leur attention de leur conditions de vie (détention ?)…

 On pourra aussi se retrancher derrière les grands principes humanistes hérités de la Révolution (etc…), si des lois raciales iniques n’avaient pas discrédité la France aux yeux du monde entier et ne nous avaient pas placés au ban des nations (on sait maintenant qu’il est plus facile de perquisitionner un champ de caravanes qu’une cité regorgeant de drogue et d’armes !).

 Et, last but not least, il y a aussi le « prestige » du pays qui est censé faire de lui le garant de la morale universelle, mais qui est tellement compromis sur les 5 continents par les magouilles et la corruption (de l’Angola au Pakistan, en passant par nos alliés pour qui nous sommes devenus un des sujets principaux de franche rigolade), qu’il vaudrait mieux jeter un voile pudique sur ce concept faute de perdre le dernier atome de crédibilité qu’il nous reste.

 Ayant fait le tour de tout cela, la question reste entière : mais qu’est ce qui pousse donc la France à adopter une position si partiale ?

 C’est là qu’il faut se retourner vers le Quai d’Orsay pour trouver quelques indices. Cette mémorable institution, immortalisée par Talleyrand, recordman du monde du retournement de veste, et qualifié de merde dans un bas de soie par Napoléon qui s’y connaissait fort bien tant en merde qu’en bas de soie, semble avoir gardé jalousement cette tradition de duplicité.

 Les derniers occupants du lieu semblant mettre un point d’honneur à donner une actualité à la qualification impériale, avec pour certains la soie en moins, nous vîmes défiler les grands noms de la diplomatie française (dont le dernier succès remonte à l’entrevue du Drap d’Or entre François 1er et Henri VIII), permettant aux humoristes de se déchaîner et vous prendrez plaisir à deviner qui se dessinait sous les caricatures du Mickey d’Orsay ou du Con d’Orsay.

 Qui donc pourra m’expliquer pourquoi dans cette vénérable institution (insistons la dessus), à côté du « bureau d’Israël » qui est logique, et du « bureau de la Palestine » ce qui énerve mais se conçoit, il existe au mépris de toute cohérence un « bureau de Jérusalem » !!!

 Oui, il existe au Quai d’Orsay un « bureau de Jérusalem » : la ville serait donc à leurs yeux un pays à elle toute seule ? Est-ce un moyen de contester l’autorité israélienne ? Est-ce un moyen de revendiquer pour un tiers ami la ville ? Est-ce simplement une méconnaissance géographique d’un haut fonctionnaire ayant brillamment réussi le concours de l’ENA mais totalement raté son CE2 ?

 Le mystère pourrait rester entier, mais menons l’enquête. Non, il ne semble pas que la France considère Jérusalem comme un Etat indépendant, d’abord parce qu'elle serait la seule à tenir cette position osée qui ne serait fondée que sur l’imaginaire débordant de nos fonctionnaires, ensuite parce que techniquement cela n’a pas de sens, bien que cet argument n’ait jamais gêné personne au ministère.

 

Contester l’autorité israélienne ? Oui certainement, à l’heure où certains jours l’on se demande si ce n’est pas Israël tout entier dont la France conteste la légitimité. Cependant est-ce suffisant dans cette ambiance délétère pour justifier l’existence de ce bureau ? La France, dont l’action consiste soit de manière active (en armant les pays arabes ou en crédibilisant les pires dictateurs locaux) ou de manière passive (en laissant se développer sur son territoire une situation de guerre latente et en facilitant l’exclusion d’une partie de ses citoyens pour son prétendu attachement à Israël), n’aurait pas forcément besoin d’un bureau supplémentaire pour mener son travail de sape à bien (même si la gabegie administrative n’a que peu de limite ici).

 Revendiquer Jérusalem pour un tiers ami, qui serait la (non) autorité palestinienne ? Pourquoi sous cette forme ? Il suffirait de décréter au sein du bureau de la Palestine que Jérusalem est partie intégrante de la Palestine. Et puis si nos diplomates sont parfois bruyants à réclamer un Etat palestinien, je vous mets au défi de trouver mention de Jérusalem dans leurs plaidoyers.

 Ecartons d’un revers de main mon hypothèse sur l’énarque ayant un niveau de CE2 en géographie.

 A ce stade, nous n’avons toujours pas d’explication cohérente à cette bizarrerie,  cela vaudrait presque le coup de faire un micro trottoir à la sortie du ministère.

 Et puis les recherches avançant, des pistes apparaissent, un fait troublant, et si…

 En 1099, l’inénarrable Godefroy de Bouillon, antisémite notoire, mystique hystérique, et ambitieux sans limite, s’empara avec une clique de cadets déshérités (je simplifie mais tout n’est pas faux), dans une conquête de la terre que le pape venait de déclarer sainte (au nom de quoi d’ailleurs, parce que au nom de qui la réponse serait : d’un juif, ce qui serait le comble !!!), et après des massacres dont seule la barbarie nazie supplanta l’horreur, prit Jérusalem, et s’en déclara Roi !

 

Roi de Jérusalem, ce n’est pas un joli titre ça, en fait roi du Royaume Franc de Jérusalem, et dans le titre il y a « Franc », et de « Franc » découle « France ». Serait-ce à dire qu’à cette lointaine époque, Jérusalem, par le droit de conquête, fut une partie de la France . Attention cela va se compliquer : oui si on considère que le preux (et sanguinaire) Godefroy était vassal du Roi de France !

 Là, on a une piste sérieuse : donc de 1099 à 1187, Jérusalem et une bonne part d’Israël étaient liés au royaume de France. Voilà de quoi nourrir la mégalomanie et l’égocentrisme nationaux !

 Creusons encore : après de longues et minutieuses recherches, rien, mais alors rien, ne fut trouvé sur une éventuelle renonciation de la France au royaume Franc de Jérusalem, ce qui veut dire que techniquement, ce territoire est encore officiellement revendiqué par la France !!!

 Cela explique peut-être maintenant le fond de la position française, car si à l’échelle de la politique, les raisons du comportement français, balayées plus avant dans le texte, pouvaient s’avérer fondées, à l’échelle de l’histoire cette revendication est intimement corrélée avec le fond de la position française.

 Des indices éclairent ces hypothèses, avant tout l’omniprésence française à Jérusalem, : centre culturel, universitaire, social… aucune autre ville au monde ne jouit de tant d’intérêt de la part d’un pays plutôt discret localement pour ses ressortissants (tous les Français vivant à l’étranger  vous parleront de la légendaire inefficacité des ambassades et des consulats).

 Il existe même des morceaux de France en pleine Vieille Ville : des couvents, des églises jouissent de l’extraterritorialité, à quel titre ?

 Est-ce que les Allemands ont annexé le site d’Ilion ? Pas plus que les Anglais ,e revendiquent l’Acropole ou les pyramides d’Egypte. Les Français, eux, ont 4 sites jouissant de l’extraterritorialité à Jérusalem, dont le Tombeau des Rois qui fut pourtant acquis par les frères Pereire, banquiers juifs, en 1878, pour devenir un sanctuaire juif en territoire ottoman, dans le but de « le conserver à la science et à la vénération des fidèles enfants d'Israël ». Cruelle ironie puisque la France, parjure, le reconnaît comme partie prenante d’un fantasmatique Etat arabe.

 Aujourd’hui, la revendication française passe par des moyens plus discrets, exceptée la pathétique pantalonnade de Chirac en pleine Vieille Ville ("do you want that i take a plane for go back to France" !!!), préméditée de Paris à la porte d’un de ces fameux couvents jouissant de l’extraterritorialité et n’ayant pour but que de réaffirmer l’autorité de la France sur Jérusalem de manière symbolique… et grotesque !

 La revendication française, donc, revient avec régularité à chaque blocage des négociations israélo-palestiniennes, sous la forme d’une demande d’internationalisation de la Vieille Ville.  Mais au nom de quoi ? Demande t’on l’internationalisation de Rome ou de la Mecque ? Mais voilà, il est de bon ton de relancer l’idée, spécifiquement française, relayée par la complicité du Vatican, qui saisit par là le moyen de prendre pied à Jérusalem, alors qu’il en est quasiment exclu au profit de l’Eglise orthodoxe et des Eglises orientales en général.

 La polémique sur Jérusalem serait le fruit de revendications obsolètes, fondées sur un droit qu’on refuse à Israël, le droit de reconquête qui ne fut pourtant pas renié à la France pour l’Alsace-Lorraine, et qui permet à notre pays de s’entretenir d’illusions quant à son rôle sur la scène internationale. Ce comportement participe à la confusion générale et prend sa part de responsabilité dans les violences permanentes que connaît Israël et dont les victimes sont aussi les palestiniens…


http://therese-zrihen-dvir.over-blog.com/article-sombres-dessous-111372791.html

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Israël: une démocratie

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Epicure 20/10/2012 17:21


En 1099, l’inénarrable Godefroy de Bouillon, antisémite notoire, mystique hystérique, et ambitieux sans limite,
s’empara avec une clique de cadets déshérités (je simplifie mais tout n’est pas faux), dans une conquête de la terre que le pape venait de déclarer sainte (au nom de quoi d’ailleurs, parce que au
nom de qui la réponse serait : d’un juif, ce qui serait le comble !!!), et après des massacres dont seule la barbarie nazie supplanta l’horreur, prit Jérusalem, et s’en déclara Roi !


ça c'est du pur Anti France que je n'aurais pas osé moi-même qui me fiche comme d'une guigne de ce pays massivement
idiot ...les 10/15% restant doivent se sentir bien malheureux de devoir partager la réputation du corps glorieux majoritaire.


Ceci dit, c'est parfaitement exact, évidemment. Le reste aussi et je souhaite bien du plaisir à ceux qui n'ont pas
déjà décidé de se barrer...!


Je vais pour ma part mourir ici bientôt (?) Ce qui, pour se faire, vaut bien n'importe quel ailleurs...