Sondages : Marine Le Pen présidente? Libé en transes !

Publié le 1 Mai 2013

  Par Nicolas Gauthier 

C’est le sondage BFMTV dont tout le monde parle, mais finalement assez peu relayé dans les revues de presse de ce début de semaine : si l’on rejouait le match de 2012, François Hollande serait donc exclu du second tour de la présidentielle, façon Lionel Jospin en ce fameux 21 avril 2002, tandis que Nicolas Sarkozy caracolerait en tête (34 %) et que Marine le Pen lui collerait au train, forte de 23 % des suffrages, contre seulement 19 % pour l’actuel locataire de l’Élysée. Fort bien, tant il est étrange que ce temps médiatique nous dise en 2013 ce qu’il adviendra en 2017 ; mais la vie est ainsi faite que les tireuses de cartes des instituts de sondages sont souvent plus fortes pour prédire le passé que l’avenir. Allons-y donc…

François Hollande, pour commencer, élu non pas parce qu’il s’agissait du« meilleur d’entre nous », tel un vulgaire Alain Juppé, mais parce qu’il n’y avait plus que lui en lice, DSK ayant été éliminé aux primaires socialistes, comme quoi la problématique de la finance mondialisée demeure soluble dans des affaires de slip. Hollande, c’est un président par défaut, il le sait et cela le hante, probablement.

Nicolas Sarkozy, pour continuer, dont rien ne dit s’il compte ou non se représenter lors de la prochaine élection présidentielle, tant les inconnues sont multiples dans l’équation. Ses casseroles judiciaires pour commencer ; il en a tellement au fion qu’il pourra bientôt ouvrir une quincaillerie. Pour tout arranger, sa femme. En effet, il convient de savoir que, chez les mannequins, Carla Bruni comme les autres, le sablier coule plus vite que chez les dames du commun. La donzelle a sacrifié cinq années de sa vie pour son Raymond, référence faite à l’une des dernières chansons de son dernier disque. Et pourrait bien ne pas forcément rempiler pour une année de campagne présidentielle, suivie de soixante autres mois à l’Élysée, durant lesquels il lui faudrait jouer de la guitare en sourdine – ne jamais négliger le facteur psychologique ou féminin, c’est une règle en politique.

Bien sûr, Nicolas Sarkozy est ce qui demeure de plus présentable dans ce qu’il convient de nommer la droite parlementaire – c’est dire le niveau ! Mais pour un homme dont les proches estiment que de ne pas posséder de Rolex à cinquante ans passés équivaut à avoir manqué sa vie, la tentation hédoniste de jeter l’éponge pourrait être bien plus forte.

Marine Le Pen, pour finir. Qui manifestement tire les marrons du feu. D’aucuns diront, et ils ne s’en privent pas, qu’elle surfe sur la crise et joue sur les peurs. D’où l’éditorial de Libération daté de ce lundi et signé de l’insigne Éric Decouty : « Le chef du parti d’extrême droite ne révisera pas son seul objectif : la conquête du pouvoir… » Mais qu’apprend-on, dans ce folliculaire fondé par des maoïstes et ensuite racheté par la famille Rothschild, que la politique sert à ravauder les chaussettes ou à prendre le pouvoir ?

Car Marine Le Pen, pour finir, a saisi bien plus de choses qu’une blonde ne pourrait en comprendre, eu égard aux élégances médiatiques du moment. Pour Le Figaro« elle emploie un vocabulaire qu’on pourrait croire d’extrême gauche », tandis que pour le même Libération, elle commet le crime de s’en aller à la rencontre de cette France invisible ; pas celle qui se lève tôt, pour reprendre la sémantique sarkozyste, mais celle qui souffre, tout simplement.

Marine Le Pen a surtout compris ce qu’était la France, étrange mélange de colbertisme et de régionalisme, dont elle tente de faire l’heureuse synthèse. France qui voudrait plus encore, au-delà de la théorie, revendiquer ce droit somme toute assez banal : qu’on puisse tout bonnement se sentir heureux chez soi. Riche ou pauvre, Français de plus ou moins longue souche, mais chez soi.

En ce sens, ce plébiscite sondagier ne doit rien au hasard et donne rendez-vous à d’autres rendez-vous, sûrement moins courtois mais autrement plus électoraux. Cela, les médias ne le voient qu’à moitié. Logique : ils sont aveugles d’un œil et borgnes de l’autre. C’est d’ailleurs leur marque de fabrique, à ces chauves de l’intérieur.

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Point de vue

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