Sondages sans certains des candidats: intérêt et limites.

Publié le 7 Février 2012

Source! Le Monde.fr

et Le Figaro


C'est "le" sondage qui a fait l'actualité du week-end du 5 février. Pour le Journal du Dimanche, l'IFOP a testé l'hypothèse d'un premier tour sans Marine Le Pen, alors que la candidate du Front national (FN) affiche ses difficultés pour obtenir les 500 parrainages d'élus nécessaires à sa candidature à l'élection présidentielle. Une étude, en réalité, concoctée à partir du "rolling" que l'institut réalise quotidiennement pour Paris Match (tous les jours, l'IFOP interroge un peu plus de 300 personnes sur leurs intentions de vote, et donne chaque jour les résultats glissants obtenus par l'addition des résultats des trois derniers jours).

Pendant trois jours l'IFOP a donc posé aux personnes interrogées deux questions: l'une avec le cas de figure habituellement testé, avec 14 candidats en lice (Nathalie Arthaud, Philippe Poutou, Jean-Luc Mélenchon, François Hollande, Eva Joly, François Bayrou, Corinne Lepage, Dominique de Villepin, Hervé Morin, Frédéric Nihous, Nicolas Sarkozy, Christine Boutin, Nicolas Dupont-Aignan, Marine Le Pen); l'autre avec une offre très allégée, à droite et au centre (sans Marine Le Pen, mais également sans Corinne Lepage, Dominique de Villepin, Hervé Morin, Frédéric Nihous, Christine Boutin).

Le résultat est spectaculaire. Dans l'hypothèse "classique", M.Hollande est largement en tête, avec 29,5% des intentions de vote. Il devance M. Sarkozy (24,5%), Mme Le Pen (19%), M. Bayrou (12,5%) et M. Mélenchon (8%). Dans l'hypothèse "allégée", la photo est tout autre: M. Hollande et M. Sarkozy se retrouvent ex-aequo en tête, à 33%. Suivent M. Bayrou, à 17% et M. Mélenchon, à 9%.

Cette enquête a suscité, dimanche, la réaction courroucée de Mme Le Pen. En meeting à Toulouse, la candidate a brandi la Une du Journal du Dimanche avec son portrait barré d'un "Si elle n'est pas là...""Quel aveu de la part du système qui essaie de nous empêcher d'avoir les parrainages! ", a-t-elle martelé. Portant donc en  filigrane l'accusation d'une manipulation de l'opinion.

"On m'accuse de faire la campagne de l'Elysée, mais cette idée c'est moi qui l'ai eue il y a déjà quelques semaines", affirme Frédéric Dabi, le directeur du pôle opinion de l'IFOP. Et d'ajouter: "Il n'y a par ailleurs rien de très nouveau. En avril 2011, nous avions, dans la même logique, réalisé une enquête d'intentions de vote sans Jean-Louis Borloo, Dominique de Villepin et Hervé Morin. Et en février 2007, alors qu'il y avait des incertitudes sur les signatures de Jean-Marie Le Pen, nous avions aussi testé une hypothèse où il était absent, qui a été diffusée par LCI."

Restent deux questions: la méthodologie du sondage et sa présentation. Le document présenté par le Journal du Dimanche ne mentionne pas le second tour, donnant l'image d'un résultat plus en faveur du président de la République qu'il ne l'est probablement. "J'assume ce choix. Le but était de savoir ce que les électeurs de Marine Le Pen feraient si elle n'était pas là. Il fallait donc poser les deux questions aux mêmes personnes", argumente M. Dabi.

En clair, pour poser de manière pertinente l'hypothèse spécifique d'un deuxième tour sans Marine Le Pen au premier, il aurait fallu, selon le responsable de l'IFOP, faire deux enquêtes séparées. Une même personne peut en effet difficilement, sur le second tour, se projeter sur une même hypothèse (M. Hollande contre M. Sarkozy) avec deux antécédents différents (avec ou sans Marine Le Pen au premier tour).

En réalité, dans le sondage de l'IFOP, les résultats pour le second tour existent, même s'il n'ont pas été publiés par le Journal du Dimanche. La question du match Hollande-Sarkozy a été posée, sans plus de précision, aux personnes soumises mercredi, jeudi et vendredi aux deux hypothèses de premier tour, comme chaque jour dans le "rolling" de l'IFOP. Cette question du second tour, dans la méthodologie du sondage, a été posée après les deux premières.

Les résultats ne montrent pas, selon M. Dabi, de variation significative par rapport aux jours où n'était posée qu'un choix de premier tour, avec Mme Le Pen en lice. Ils sont consultables en ligne, sur le site de Paris Match où le "rolling" est présenté, dans le "rapport de la journée du vendredi 3 février". M. Hollande est crédité de 56% des intentions de vote, contre 44% pour M. Sarkozy.

C'est là qu'intervient donc la présentation des résultats du sondage. L'article duJournal du Dimanche est titré "le sondage qui change tout".  Au vu du second tour, il aurait pu être titré, à l'inverse, "le sondage qui ne change rien". La cosmétique a, en la matière, son importance.

La réalité est probablement entre les deux: une absence de la campagne de Marine Le Pen rebattrait les cartes politiques dans des proportions que le caractère virtuel de cette hypothèse empêche d'évaluer. M. Sarkozy pourrait y trouver une dynamique. Ou pas. "Les hypothèses de second tour, aujourd'hui, montrent toutes les grandes difficultés de M. Sarkozy", constate M. Dabi. L'absence de Mme Le Pen ne résoudrait probablement pas l'absence de réserves de voix du chef de l'Etat entre les deux tours.

Autre choix contestable, celui d'avoir ôté dans l'hypothèse testée, outre Mme Le Pen, Mme Lepage, M. de Villepin, M. Morin, M. Nihous et Mme Boutin. L'image fixée, politiquement, fait sens. C'est un choix respectable. Tous les candidats supprimés de la liste disent éprouver des difficultés à collecter les 500 signatures. Leur absence est, au fond, une hypothèse vraisemblable.

Mais l'hypothèse testée n'est pas, en revanche, le reflet exact de la Une du Journal du Dimanche, titré: "Si elle n'était pas là... Sarkozy: 33%. Hollande: 33%". C'est probablement l'absence des "petits candidats" qui permet à M. Sarkozy d'atteindre ce score de parité, qui fait le symbole du résultat.

L'institut Ipsos, pour Le Monde, Radio France et France télévisions, dans un sondage à paraître mardi 7 février, teste également une hypothèse de premier tour sans Marine Le Pen. Mais a choisi de laisser tous les autres candidats en lice.

P. J.-T.

 

Philippe Poutou, candidat NPA à l'Elysée, a assuré  que les maires en avaient "ras-le-bol" du système des signatures et de parrainages. Ce système, "c'est un filtre anti-démocratique depuis le début", a déclaré le champion du Nouveau parti anticapitaliste pour la présidentielle sur RFI.



"Ce serait plus simple et sérieux que ce soit les électeurs qui puissent décider comme ça se fait dans certains pays", "aujourd'hui, les maires en ont ras-le-bol de tout ça, donc ce serait bien de trouver un autre système", selon M. Poutou. Interrogée sur sa propre recherche de signatures, une autre candidate trotskiste, Nathalie Arthaud, a dit sur Public Sénat Radio Classique espérer que M. Poutou obtienne les siennes: "Il est tout à fait souhaitable que tous les courants politiques puissent se faire entendre dans l'élection présidentielle".

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Politique Française

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