Sous le signe du « Patriotisme » par Xavier Lemoine

Publié le 13 Mars 2012

Discours de Xavier Lemoine.

Mesdames, Messieurs, Chers Amis, 
Aussi avez-vous placé le thème de notre soirée sous le signe du « Patriotisme » et m’avez demandé d’en traiter à partir de mon expérience de Maire de Montfermeil. C’est bien volontiers que j’y consacrerai quelques moments et commencerai d’abord par vous remercier d’avoir choisi ce thème. En effet, dans le désarroi général de notre monde et ce quel que soit le sujet évoqué, finances, économie, sécurité, culture, immigration, lien social, vous avez, là, choisi d’approfondir un mot, un thème, une réalité qui, je le crois très profondément, peut répondre avec beaucoup d’efficacité aux défis, aux naufrages, aux angoisses de notre époque. N’est-ce pas prêter au patriotisme des vertus bien plus nombreuses et bien plus fortes qu’il ne peut par lui-même en porter. 
Je ne le crois pas en raison du fait que le patriotisme est à la confluence de toutes les réalités charnelles qui font et fondent notre vie quotidienne, qu’il est cet éternel instant présent qui puise dans le passé pour mieux préparer l’avenir, qu’il est cet état d’esprit, cette volonté de l’âme d’assumer toutes les réalités charnelles non comme un dû mais bien comme un don, tant le don que je reçois que j’enrichis de ma propre contribution en fonction des talents reçus et qu’enfin je confie à mes descendants, à mes enfants, pour un cycle renouvelé. 

Sans les vertus du patriotisme il ne peut y avoir de vivre ensemble durable, de concorde, ni de Paix. Tels sont les fruits bénéfiques du patriotisme. C’est donc en souligner l’importance, alors que dans le même temps prononcer ce simple mot vous rend au mieux ringard mais plus surement encore suspect de coupable nostalgie. Mais sans doute notre époque déborde t-elle de paix, de concorde et de fraternité qu’elle a cru pouvoir congédier durablement cette réalité. 

Risquons-nous à une première définition du patriotisme en citant Marie Madeleine Martin dans son ouvrage couronné à l’époque par l’Académie Française : Histoire de l’unité française. 
« la notion de patrie n’est point une sclérose de l’être dans la piété de temps révolus…Elle ne commande point à l’homme le ressassement nostalgique de thèmes défunts…Elle ne murmure pas : « ressuscitons le passé » comme des archéologues soigneux. Elle dit : « je vous désigne ce qui a duré, je vous rappelle ce qui a réussi. Mais je vous l’enseigne pour que (…) vous ajoutiez votre part, car vous êtes des continuateurs ». 

La Patrie est le fruit de la CONTINUITE et donc de l’histoire sur un territoire. Ce n’est donc pas seulement le territoire défini par la géographie mais c’est le territoire tel que l’a transformé la longue succession des générations humaines en le cultivant et en l’exploitant. 
Fruit de la continuité, elle est aussi ce que l’Histoire a accompli sur un peuple. Ce sont alors des traditions et des mœurs collectives, des institutions juridiques, politiques, sociales, un passé historique qui se survit dans le présent, une religions qui se cristallise en préceptes et en institutions qui forment les consciences et façonnent les âmes, une langue, une culture littéraire et toute une philosophie de la vie…voilà quelques uns des fils dont il faut débrouiller l’écheveau si l’on veut définir l’héritage. (P. Ducatillon) 

On peut parler de liens de filiations de l’homme avec sa Patrie. 
Cette filiation engendre une manière d’être dans la vie familiale, sociale, religieuse. Le terme même de Patrie emprunte une partie de son sens à celui que les latins donnaient à « Pater ». Le mot patrie participe à l’ampleur du terme dont il est dérivé au point que certains parlent de la Patrie comme d’une personne. Elle est une continuité de pères et de fils, une continuité de familles. Si beaucoup aujourd’hui ne perçoivent plus ce qu’est la Patrie, c’est qu’ils ne perçoivent plus ce qu’est la paternité. Notons à ce propos que le cosmopolitisme est à la  Patrie ce que la théorie du Gender est à l’altérité sexuelle. Quitte à déconstruire, déconstruisons tout ! 

Mais si nous acceptons en quelque sorte de personnaliser la Patrie, alors quels seraient les traits de caractères distinctifs de la Patrie Française ? 

En effet, si la notion de patrie est inséparable de celle de tradition, il faut parler d’une tradition vivante qui a pris corps à travers le déroulement de siècles de luttes, de gloires et de deuils. Mais il ne s’agit pas d’une collection de souvenirs juxtaposés car la notion de patrie fait appel à des caractères permanents. Ils forment comme un creuset où viennent se fondre les apports successifs, ils sont facteurs d’une réelle harmonie. Pour la France tout particulièrement et une bonne partie de l’Europe il découle, en premier lieu, d’une triple source symbolisée par trois villes, les trois « mères patries » : 

- Athènes et la sagesse grecque reposant sur la raison et la mesure des choses. 
- Rome et le monde de la Loi et du Droit 
- Jérusalem et la civilisation chrétienne, l’adoration, l’amour de Dieu et l’amour des hommes. 

Henri Massis souligne que de ces trois sources fondatrices en découlent les idées de : personne, de dignité, d’unité, de stabilité, d’autorité, de continuité dont on a pu dire qu’elles étaient les idées mères de l’Occident. 

La France sans être le « propriétaire » exclusif de ces caractères possède néanmoins une aptitude à l’universel qui fonde et son identité et sa vocation. Pour ma part, je suis persuadé que l’identité d’une personne comme d’un pays n’est pas tant l’addition hasardeuse des multiples micros identité de tous les membres qui le composent mais bien dans un cas comme dans l’autre notre fidélité à notre vocation. Là réside précisément notre identité. 
Le Pape Jean Paul II véritable géant de l’Histoire contemporaine n’a pas craint en 1980 au Bourget de nous demander : « France, éducatrice des peuples, es-tu fidèle à l’alliance avec la sagesse éternelle ? » 

Le Cardinal Pacelli le 13 juillet 1937 à Notre Dame de Paris indiquait : « Les peuples, comme les individus, ont leur vocation providentielle : comme les individus ils sont prospères ou misérables, ils rayonnent ou demeurent obscurément stériles selon qu’ils sont dociles ou rebelles à leur vocation » 

Avant de continuer notre réflexion commune et de vous emmener davantage sur le terrain de nos banlieues françaises où se joue, je le prétends, l’avenir de notre pays en raison des bascules démographiques et culturelles puissamment à l’œuvre, j’ai tenu à revenir sur cette notion de Patriotisme afin d’en bien cerner le périmètre, le contenu et la finalité et de bien préciser que le patriotisme tel que défini ainsi est le meilleur antidote à deux funestes dérives, réelles et préoccupantes tentations contemporaines, que sont le nationalisme et le cosmopolitisme, l’un et l’autre se nourrissant de leurs erreurs et excès respectifs, l’un et l’autre responsables de tant de ruines, de misères, d’aliénation, d’asservissements, de déracinements. 

Plus encore, il convenait face au travail titanesque à entreprendre, face aux défis à relever pour lesquels la raison humaine à peine à entrevoir les moyens à mettre en œuvre et les chances de succès, il convenait donc de mettre en pratique cette sentence : « Si tu ne sais pas où aller, regarde d’où tu viens » il nous sera désormais plus facile, une fois ressourcé à cet héritage dont nous avons aujourd’hui en commun la charge, de partir à l’action, chacun que nous sommes, en fonction de notre vocation personnelle et de nos talents propres. 

Notons après avoir évoqué le patriotisme qu’il est également difficile d’envisager l’existence d’une patrie sans nation car lorsqu’une communauté de personnes ne se préoccupe plus de préserver ce qui fait son unité et son originalité, ni de transmettre les biens reçus, le patriotisme n’existe plus alors qu’à l’état de ruine. Au mieux, il est repris par d’autres hommes qui incorporent cet héritage à leur propre culture. 
Mais je vois bien pire que la ruine car au moins la ruine convoque le bâtisseur ou le repreneur. Bien pire à mon sens que la ruine, c’est le musée car le musée entretient l’illusion. En d’autres termes plus crus à chacun sa poupée gonflable. 

Jean Paul II, à nouveau lui, déclarait à l’UNESCO en 1980 « La nation existe par la culture et pour la culture. Protégez-là comme la prunelle de vos yeux ». 

Manière délicate d’attirer notre attention sur ce trésor dont il sentait combien nous nous en éloignions. Hélas trente ans après nous ne cessons de façon incantatoire de réclamer, d’espérer enfin davantage de cohésion sociale, témoin du délitement progressif mais inexorable à ce jour de notre pays. Qu’avons-nous fait pour contrecarrer toutes les forces qui s’acharnent et veulent l’éclatement de notre identité nationale. Cet éclatement, cette dissolution de notre identité nationale entraine donc dans nos quartiers l’apparition de groupes ethniques ou tribaux. Le communautarisme découle directement de l’abandon programmé de la patrie française. Ces « communautés » sont unies par une histoire commune, issue de l’immigration, c'est-à-dire en fait une absence d’enracinement. La perte des repères culturels et religieux des parents et l’absence d’intégration au sein de la société française ont entrainé l’apparition de codes de conduite, de règles et de langages propres à des groupes restreints, maîtres d’une cité ou d’un quartier. Certes, ce patrimoine commun est bien pauvre et il s’apparente à un vent de révolte contre l’identité française. Mais après tout ce repli communautaire est très naturel, même s’il est impossible de parler encore de « patrie », mais…mais… 

Je ne cesse depuis maintenant 10 ans, de signaler aux Politiques, avec un grand P que l’enjeu dans nos banlieues n’est ni urbain, ni social, ni économique et que toutes nos politiques publiques, je dis bien toutes, doivent être réévaluées, réexaminées, recalibrées à l’aune du seul et véritable enjeu qui lui est d’ordre « culturel » voire dans un certain nombre de cas, en se gardant de toute généralisation hâtive mais sans sous estimer pour autant la détermination de certains, d’ordre cultuel. L’enjeu est véritablement d’ordre culturel. Alors même que le constat posé montre à l’évidence où se joue le dénouement du mal aise, du mal être de nos quartiers, de nos banlieues c’est sur ce plan-là, la culture, que nous sommes désormais le plus démunis, le plus en faiblesse. 

En effet, qu’en est-il aujourd’hui de cette culture sensée être, selon Lalande, comme « le caractère d’une personne instruite et qui a développé par cette instruction son goût, sans sens critique et son jugement ». Roustan ajoute que « le savoir est la condition nécessaire à la culture mais il n’en est pas la condition suffisante et c’est surtout à la qualité de l’esprit que l’on songe quand on prononce le mot culture, autrement dit à la qualité du jugement et du sentiment d’un homme que l’instruction à perfectionné. 

- Considérons aujourd’hui notre école qui n‘assure plus la transmission de notre héritage tel que le constate amer par exemple le professeur Benneton : « L’école délivre un savoir en miettes, sans ordre, sans repère, sans idée d’excellence ni respect de notre patrimoine…l’enseignement n’a plus à nourrir les âmes, il n’a plus d’autres fonctions que la transmission d’un savoir technique…le naufrage des humanités a fait des étudiants d’aujourd’hui des voyageurs sans bagage. Il conclut que faute d’une volonté politique ferme, nous en sommes hélas très loin, « l’école continuera à atrophier l’âme de nos enfants et notre tradition culturelle se réduira à un mince filet d’eau perdu dans le désert ». Autant dire que c’est plutôt ce dernier qui prospère. 

Et pourtant, la patrie devait apporter à ses enfants les trésors artistiques historiques, culturels de son patrimoine et en faire des héritiers riches au moins de cet héritage, ainsi que le souligne si justement Jean Jaurès lorsqu’il dit : « Les pauvres n’ont que la patrie ». Mais encore faut-il que les héritiers sachent qu’ils possèdent un héritage et qu’ils connaissent son contenu. Si aujourd’hui cette transmission ne se fait plus ou très mal, d’une façon ponctuelle, il ne faut pas avoir la naïveté d’y voir le simple effet du hasard : c’est bien le fruit d’une guerre culturelle qui est menée depuis quelques décades contre le peuple français et son identité séculaire. 

Le but de la guerre culturelle est la conquête pacifique du pouvoir politique par la prise de contrôle des esprits des citoyens. Cette forme de lutte prend aujourd’hui une importance majeure avec le développement des moyens de communication qui démultiplient par leur omniprésence, et notamment à domicile, les possibilités de contrôle et d’influence des esprits. 
C’est ainsi que Cramsci théorisait la chose : « Dans les sociétés occidentales modernes, il n’y a pas de prise de pouvoir politique possible sans prise préalable du pouvoir idéologique et culturel. La révolution de 1789 est un exemple. Elle n’a été possible que dans la mesure où elle avait été préparée par une «révolution des esprits». 

Historiquement plus prés de nous, toujours en France, les événements de Mai 68 en sont un autre exemple parfaitement démonstratif. Quant bien même, s’il n’y a pas eu prise de pouvoir tout au moins immédiatement, ce fut tout de même un réel succès par une imprégnation lente mais efficace des intelligences, des esprits et des cœurs. Pourtant le pouvoir politique disposait d’un exécutif fort, d’une majorité absolue au Parlement, d’un chef puissant et jouissant d’une popularité exceptionnelle. Tout cela a été néanmoins balayé à moyen terme parce que le travail de sape visant la société civile n’a pas été entravé, ni même perçu. C'est-à-dire à l’époque le peu de cas qu’on faisait de la culture : en témoigne le fameux mot prêté au Général De Gaulle (58/60) parlant de la gauche : « Laissons leur la culture, cela leur fera un os à ronger ». 
Quant à Jean Anouilh avec d’avantage de férocité : « Que voulez-vous, les gaullistes voulaient faire de l’argent dans l’immobilier. Ils ont laissé la culture à la gauche pensant que ça ne prêterait pas à conséquence » Quant à la rupture avec l’esprit de 68 faudra t-il remettre le couvert ? une seconde fois ? 

C’est qu’en fait la guerre culturelle se fait à visage masqué par la diffusion et l’entretien d’un état d’esprit, d’un climat ambiant. 
Dans son ouvrage « L’enjeu éducatif » le recteur Yve Durand indique : 
« Il y plusieurs manières de détruire les racines culturelles d’un peuple, la manière brutale du maoïsme triomphant au moment de la révolution culturelle des gardes rouges et celle plus insidieuse, sans doute plus efficace, de la lente subversion qu’a connue l’Occident » 

La méthode essentielle de cette guerre culturelle qui est aujourd’hui menée contre la France afin de modifier son essence même c’est la dialectisation de son patrimoine. 

Faire naître et entretenir « la contradiction dans l’essence même des choses » telle est la dynamique imaginée par Marx. Elle consiste à faire surgir, en toute situation sociale, historique ou culturelle deux fronts qui s’opposent et par leur contradiction font le jeu de la subversion : Serfs contre Seigneurs, bourgeois contre Aristocrates, pauvres contre riches, noirs contre blancs, ouvriers contre patrons, droite contre gauche, prolétaires contre possédants, immigrés contre français, banlieue contre centre-ville, diversité contre enracinement, discrimination positive contre loi commune, nomades contre sédentaires, jeunes contre vieux, intégristes contre progressistes… mécanique indéfiniment renouvelable puisqu’elle puise sa dynamique dans l’imperfection humaine. 

Le « Manifeste du Parti Communiste » commence ainsi : L’histoire de l’humanité de l’origine à nos jours n’est que l’histoire de la lutte des classes. Ce qui intéressait Marx dans cette affirmation péremptoire qui s’est révélée totalement fausse à l’examen des faits, ce n’était pas sa vérité historique mais bien son extraordinaire puissance de mobilisation et de transformation de la haine en moteur subversif. C’est ce que soulignait déjà l’historien Fustel de Coulanges (1830/1889) : « L’histoire est ainsi devenue chez nous une sorte de guerre civile en permanence. Ce qu’elle nous a appris, c’est surtout de nous haïr les uns les autres (…) Le véritable patriotisme, c’est l’amour du pays, c’est le respect pour les générations qui nous ont précédées. Nos historiens ne nous apprennent qu’à les maudire et nous recommande que de ne pas leur ressembler. Ils brisent la tradition française et ils s’imaginent qu’il restera un patriotisme français (…) Nous nourrissons au fond de notre âme une sorte de haine inconsciente à l’égard de nous même ». 

Nous revoilà donc à nouveau à notre sujet de ce soir, le patriotisme, dont on vient de tenter, de cerner le plus direct et insidieux ennemi : cette guerre culturelle qui est faite à notre pays. Et les banlieues me direz-vous, nous resterons sur notre faim, il y a tromperie sur la marchandise Monsieur le Maire ! Et bien non car avant de nous lamenter sur ce qui effectivement se passe dans les banlieues il convenait pour être parfaitement honnête de d’abord déceler, discerner, ce qui chez nous en premier lieu est blâmable et condamnable avant de vouloir nous en tirer par des jugements un peu hâtifs, en tout cas unilatéraux, sans avoir examiné notre part de responsabilité. Aucune société ne peut se constituer ni se développer en dehors de la conscience d’un destin commun à chacun de ses membres. Si les Français ne savent plus ce qu’il y a de grand, de noble, de respectable dans leur histoire, dans leur patrimoine, comment les immigrés le sauraient-ils et comment auraient-ils envie de s’intégrer dans notre pays, de l’aimer, de le servir ? Une fois se travail fait il nous sera bien plus aisé de poser le bon diagnostic et les bons actes. Et notre exigence à l’égard, voire à l’encontre, des populations accueillies aura bien d’avantage de cohérence, de crédibilité et de force. 

J’avais initialement intitulé cette causerie « connaître, aimer, respecter ». J’en maintiens les trois termes mais les précises : connaître soi-même et faire connaître, aimer soi-même et faire aimer, respecter soi-même et faire respecter. Ce ne peut être que dans l’échange et le dialogue. Cela ne fera pas tout mais le rendra possible. Je conclue en plagiant Sainte Jeanne d’Arc tout en m’en inspirant : «Les gens de cœurs et de culture batailleront et Dieu donnera la Victoire ». 

Aussi je propose donc aux responsables de la Droite Libre, d’inscrire pour un prochain dîner le thème suivant : Quelle renaissance pour la culture Française et par la même pour la France » 

http://www.ladroitelibre.fr/archives/1405-Allocution-de-Xavier-Lemoine-patriotisme,-5-mars-2012.html

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Politique Française

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