Soutenir Israël, seul pays démocratique du Moyen-Orient... Michel Gurfinkiel

Publié le 30 Novembre 2012

Israël est toujours contesté en tant qu’Etat et nation, plus de soixante ans après son indépendance et son admission à l’ONU, par la plupart des Etats et peuples voisins, ou par des Etats plus lointains. Sa destruction est toujours un but. 

Politique avouée pour la plupart des Etats et peuples voisins, et pour des Etats plus lointains. Mais plus encore, cette contestation et ce projet de destruction, qui constituent par nature des agressions, et des violations explicites des principes et de la Charte de l’ONU, ne sont pratiquement pas relevées par la plupart des pays membres de l’Organisation internationale. A commencer, malheureusement, par la France.

Sultana Cora

 

PAR Michel Gurfinkiel.

C’est un fait : la plupart des Juifs de France soutiennent « inconditionnellement » Israël. Sans doute faut-il s’entendre sur le sens des mots. Le journaliste Clément Weil-Raynal note, fort justement, que cette inconditionnalité n’a aucun rapport avec celle que l’URSS, par exemple, attendait de l’Internationale communiste ; ni avec la soumission que le catholicisme ultramontain imposait autrefois à ses fidèles, au temporel comme au spirituel.

Elle ne signifie pas que tous les Juifs français se sentent tenus de servir ou magnifier Israël en toutes circonstances. Mais plutôt qu’ils ont décidé de s’en tenir coûte que coûte, dans les débats qui entourent ce pays en France, à quelques vérités dérangeantes.

J’en mentionnerai deux. Tout d’abord, en dépit d’un « processus de paix » protéiforme, et de quelques traités, accords, ou « déclarations de principe », Israël est toujours contesté en tant qu’Etat et nation, plus de soixante ans après son indépendance et son admission à l’Onu, par la plupart des Etats et peuples voisins, ou par des Etats plus lointains. Sa destruction est toujours un but politique avoué pour la plupart des Etats et peuples voisins, et pour des Etats plus lointains. Mais plus encore, cette contestation et ce projet de destruction, qui constituent par nature des agressions, et des violations  explicites des principes et de la Charte de l’Onu, ne sont pratiquement pas relevées par la plupart des pays membres de l’Organisation internationale. A commencer, malheureusement, par la France.

Ensuite, l’Etat d’Israël, en dépit de cet état de guerre perpétuelle et des menaces génocidaires ou ethnocidaires qui pèsent sur lui, a su se doter d’un régime démocratique. Les décisions que prennent ses dirigeants, notamment en matière de sécurité nationale, sont donc -  la légitimité politique procédant aujourd’hui de la démocratie, et d’elle seule - absolument légitimes. Tandis que les décisions de ses adversaires, tous non-démocratiques, sont, en vertu des mêmes considérations, absolument illégitimes.

Ce sont là des vérités que n’importe quel Français, quelle que soit son origine, sa religion ou sa « communauté » peut discerner. De fait, divers sondages ont montré qu’un tiers de l’opinion française, tous milieux confondus, éprouvait plus de sympathie pour Israël que pour ses ennemis, et que 20 % supplémentaires n’avaient « pas d’opinion », position qui implique, au minimum, un certain scepticisme face au discours politico-médiatique dominant. Le camp pro-israélien va, en France, de l’UMP Claude Goasguen au socialiste Manuel Valls, du romancier Pierre Jourde au journaliste François d’Orcival. Rien de communautaire et encore moins de communautariste.

Mais les Juifs sont les premiers à saisir ces vérités, et donc à monter « inconditionnellement » au créneau. Comment pourrait-il en être autrement ? La moitié d’entre eux  sont des rescapés de la Shoah, ou bien des descendants directs, sur une  ou deux générations, de ces rescapés ; l’autre moitié, des Juifs chassés des pays d’islam, ou bien, sur une ou deux générations à nouveau, leurs descendants directs. Ces deux tragédies, on ne l’a pas assez souligné, se rejoignent. La Shoah, là où elle a eu lieu, a frappé indistinctement les Ashkénazes et les Séfarades. Les idéologies dont elle s’est nourrie, ou qui l’ont rendue possible, ont directement influencé ou réactivé celles qui, en Orient, ont conduit à l’épuration ethnique ou communautaire. Et surtout, dans un cas comme dans l’autre, les Juifs ont été atteints en tant que Juifs. Dans un cas et dans l’autre, ils ont été trahis : par des gouvernements en qui ils avaient placé leur foi et leur confiance ; par des sociétés dont ils se croyaient membres à part entière.

Le pro-israélisme « inconditionnel » , c’est à dire actif et résolu, fait actuellement l’objet de deux attaques en règle. La première a cours dans une partie d’une classe gouvernante compromise ex officio, tant à gauche qu’à droite, dans ce que l’on appelle la « politique arabe » ou « islamique » de la France, et donc les politiques anti-israéliennes corollaires. Elle consiste d’abord à prétendre, contre l’évidence, que seuls les Juifs seraient pro-israéliens dans ce pays, et ensuite d’en déduire qu’ils seraient coupables, en adoptant cette opinion, de « communautarisme » mais aussi d’une « double allégeance ».

La seconde attaque émane de milieux juifs minoritaires, mais souvent influents, qui prétendent paradoxalement œuvrer à la paix israélo-arabe ou israélo-palestinienne, et donc assurer à long terme la sécurité d’Israël, en exerçant toutes sortes de pressions sur des gouvernements israéliens jugés trop timorés ou trop droitiers. Liés à des mouvements analogues opérant en Israël même (la mouvance Shalom Akhshav), aux Etats-Unis (J Street) ou dans le reste de l’Europe (J Call), ils s’opposent à l’ « inconditionnalité » par nature.

Le paradoxe d’un pro-israélisme qui consisterait à circonvenir et à combattre la politique israélienne officielle a été formulé voici une trentaine d’années par un militaire et intellectuel israélien distingué, le général Yéhoshafat Harkabi. Ancien directeur du Renseignement militaire de son pays, auteur de livres pénétrants sur le nationalisme arabe, celui-ci en était venu à estimer, à la fin des années 1970 et tout au long des années 1980,  que la présence israélienne en Cisjordanie,  à Gaza ou dans le Golan constituait une grave erreur stratégique.

Il avait certainement le droit de le penser, et le devoir de le faire savoir. Mais en 1987, il avait fait circuler un texte de quelques pages,  Israël devant des choix fatidiques (vite étoffé et transformé en un véritable essai), où il estimait que puisque les Israéliens étaient incapables de faire par eux-mêmes, dans le cadre de leur lois constitutionnelles et de leurs institutions, les « bons choix », il fallait que l’Amérique les y contraignît ; et que puisqu’un lobby juif dissuadait les dirigeants américains d’exercer de telles pressions, il était souhaitable de créer, aux Etats-Unis et ailleurs, un contre-lobby qui neutralisât le premier, et incitât au contraire Washington et d’autres capitales à exercer sur Jérusalem des pressions irrésistibles. Car, observait-il notamment, « l'amitié américaine à notre égard pourrait nous être non moins nuisible, paradoxalement, dans cette phase, que l'hostilité arabe ».

 

Cette démarche reste à ce jour celle de Shalom Akhshav, de J Street, de J Call et de leurs antennes juives françaises. En soi, c’est une doctrine antidémocratique. Ou bien le peuple est souverain, et l’on ne peut contester les décisions auxquelles il parvient à travers de libres débats, où s’expriment toutes les opinions, et de libres élections, où chaque citoyen en vaut un autre, et chaque vote un autre vote. Ou bien il ne l’est pas. Pour Harkabi et son école, il ne l’est pas.

 

C’est aussi une doctrine antisioniste dans la mesure où elle conduit au démantèlement d’Israël en tant qu’Etat indépendant, et à la mise en place, à sa place, d’un incertain « mandat » ou protectorat américain ou international. En attendant l’inéluctable Califat.

 

(c) Michel Gurfinkiel,

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Point de vue

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