Stratégie et despotisme Par Henri de Bodinat.

Publié le 15 Décembre 2013

centre équestres, TVA, fisc, ouverture le dimanche, dimanche, ayatollah, intégriste, Bercy, containers, Peugeot, Alcatel, Hunger GamesSi on définit le despotisme comme toute forme d’autorité tyrannique et oppressive, les entreprises françaises doivent désormais intégrer à leur stratégie le despotisme fiscal, règlementaire, et idéologique.

Par Challenges

Despotisme fiscal : le poids de la fiscalité est difficile à supporter. Mais, pire, des variations soudaines et irrationnelles de charges spécifiques remettent en cause la stratégie de secteurs entiers.

 

Ainsi le passage de la TVA de 7% à 20% pour les centres équestres. Les centres équestres sont plus des entreprises de passionnés que des entreprises permettant un enrichissement de leurs propriétaires. Un centre équestre coûte d’autant plus cher à gérer que le prix des intrants, et notamment de la nourriture des chevaux, granulés ou foins, a fortement augmenté depuis quelques années. La prise en pension de chevaux, ou les cours collectifs ou particuliers, ne permettent de couvrir que de justesse l’ensemble des coûts des centres. Passer la TVA de 7 à 20% revient à raboter de 13% une marge qui n’était au mieux que de quelques %. Elle serait mortelle pour beaucoup de centres. Cette mesure a été probablement prise par des membres de cabinets ministériels parisiens, persuadés que le cheval est « un sport de riche », et d’une ignorance crasse sur l’économie des centres équestres ou passent des millions de jeunes de toutes classes sociales. Soi-disant imposée par l’Europe qui a bon dos dès qu’il s’agit de justifier l’injustifiable, cette mesure était évitable. Elle ne l’a pas été. 

Le despotisme règlementaire est illustré par la cacophonie autour de l’ouverture du dimanche.

L’interdiction de cette ouverture, par des préfets ou des tribunaux zélés ou instrumentalisés, pose d’énormes problèmes aux distributeurs concernés. Ces règles antédiluviennes, combattues par les consommateurs comme par les employés, sont maintenues de force par une sainte alliance entre des administrations, des syndicats et des associations. L’administration applique bêtement des lois insensées. Les syndicats, nids d’apparatchiks subventionnés ne représentant qu’eux mêmes, font chorus au détriment de l’emploi et de l’intérêt des populations. Quand aux associations, comme Cli-P, on y trouve des véritables ayatollahs de l’anti-ouverture le dimanche, des intégristes quasi staliniens voulant faire le bonheur du peuple contre son gré.

Pour ne prendre qu’un exemple, l’interdiction d’ouvrir le dimanche a détruit le modèle économique de supermarchés de proximité, qui perdent jusqu’à 20% de leur chiffres d’affaires et doivent licencier des dizaines d’employés. A Bercy Village le chiffre d’affaires des commerçants a baissé de 18 à 30%. Nous ne sommes plus dans le rationnel, mais dans l’idéologie à son niveau le plus médiocre : c’est comme ça, il faut que ça reste comme ça.

 

Quand au despotisme idéologique, on le trouve chez beaucoup de banquiers, d’économistes ou de hauts fonctionnaires français, qui se repaissent par exemple de la force de l’euro pendant que les entreprises industrielles en meurent.

Ils éructent dès que l’on propose de réajuster les taux de change, ce que la Chine fait depuis vingt ans, la Suisse depuis deux ans, et le Japon depuis un an.

Ces fanatiques de l’euro et de la mondialisation sauvage (ce sont les mêmes) ne veulent pas comprendre la souffrance de secteurs entiers freinés dans leurs exportations et balayés par des importations.

La réponse au problème de l’industrie française, au déclin de Peugeot, à l’agonie d’Alcatel, est « vous n’avez qu’à faire comme les allemands, du haut de gamme ». Cela ressemble fort au « s’ils n’ont pas de pain, qu’ils mangent des brioches », prêté à Marie Antoinette.

Les fanatiques de l’euro et de la mondialisation ne veulent pas admettre que la conjonction de la surévaluation de l’euro, de la containerisation, et de la baisse des barrières tarifaires est à l’origine du drame de la désindustrialisation, de la stagnation, et du chômage en Europe du Sud. Qu’on envoie des bêtes bretonnes ou normandes se faire abattre à Hambourg pour renvoyer les carcasses en France n'est pas un gaspillage dangereux mais une péripétie mineure.

 

Despotisme fiscal, administratif, idéologique : autant de murailles dressées devant les entreprises et qu’elle doivent escalader pour survivre.

Comme dans Hunger Games, beaucoup mourront. Il existe pourtant  d’autres solutions, comme contourner les murailles en allant entreprendre ailleurs, ou bien abattre les murailles.  Mais, faute de réformes, cela s’appelle une révolution.

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Economie-Finance-Industrie

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DUVAL Maxime 16/12/2013 05:54


En passant à la caisse de mon super-marché un samedi j'éviterai de demander à la caissière si elle travaille demain, ça m'évitera de la voir me fusiller d'un... "et vous ?"


Et du coup de la considérer comme une "ayatollah".


Vive le travail ! de jour, de nuit, du matin au soir et du soir au matin et bien entendu chaque jour de la semaine. Ça au moins c'est du rationnel, pas de l'idéologie. Enfin, vu du côté ayatollah
patron poussé à faire suer le burnous pour toutes les mauvaises raisons qu'on voudra du moment que le chiffre d'affaires, les actionnaires et au bout du bout le banquier soient au diapason.


Pour ce qui est de tous les autres points de l'article, d'accord bien entendu.