SUITE ET FIN D’UNE LETTRE OUVERTE AU » POINT » par Jean de la Valette.

Publié le 4 Mai 2011

Monsieur le Directeur,

Je vous ai écrit il y a deux semaines pour vous exposer les raisons de mon désabonnement à votre journal, savoir une ligne éditoriale de plus en plus orientée vers la bien-pensance immigrationniste et islamophile.

J’ai reçu une brève réponse prenant acte de mon souhait et m’annonçant que compte tenu du dernier prélèvement bancaire effectué, mon abonnement cesserait avec le numéro 2011.

Je n’aurais pas cru que ce numéro d’adieu justifie à ce point ma décision, comme un bras d’honneur que le journal me ferait en réponse à mes critiques, pour me dire : « eh bien va t’en donc ». En couverture, les visages d’Eric Zemmour et Claude Guéant, sous le titre : « La droite Zemmour ». Pourquoi pas ? Voyons le contenu.

D’abord l’éditorial de Claude Imbert. Sous le titre « la France Maginot » qui à lui seul résume le propos, l’ancien islamophobe reconverti en porteur de valises du multiculturalisme poursuit sa longue pénitence. C’est le Front National qui lui sert de victime expiatoire, coupable de (sentir) encore le fagot dans sa dénonciation des ravages de l’immigration » et « dont le refus d’une immigration nécessaire tourne à l’obsession xénophobe », lui qui « se monte le bourrichon en suggérant que 10 % de Français musulmans menaceraient la cohésion des 90 % restants. ».

On ressent presque de la compassion devant cette pathétique allégeance aux humanisto-progressistes qui l’avaient voué aux gémonies pour son défunt courage. Car l’actualité ridiculise ces slogans au moment même ou il les scande. « Nécessaires » les milliers de Tunisiens et Libyens qui accostent chaque jour à Lampedusa et qui poussent l’Italie à appeler à son secours une Europe désemparée ? Imaginaires les « ravages » que cette immigration sauvage va causer aux sociétés occidentales ? Quant à sa vision purement mathématique du problème (oui, problème) musulman, c’est une insulte au simple bon sens. D’abord parce que le chiffre de 10 % qu’il donne est en croissance exponentielle, et la vision statique du phénomène relève au mieux de la mauvaise foi, au pire de l’indigence intellectuelle. Ensuite parce que face à un autre modèle de civilisation, on ne doit pas compter les individus mais constater les conséquences : contestation de notre culture, ghettoïsation des quartiers, transformation de nos paysages, de nos villes, de nos relations sociales…

En deuxième page Monsieur Giesbert, votre billet hebdomadaire est fidèle à lui-même et à l’éditorial auquel il fait écho. Evoquant les débats (certes hypocrites et bâclés, mais ce n’est pas ce qui vous gêne) sur l’identité nationale, l’islam, la laïcité, vous parlez de « politique de bistrot », les Français primaires selon vous parlant de cela au comptoir.

Ce mépris pour le peuple dans le microcosme politico-médiatique n’est pas nouveau, mais à chacune de ses manifestations le fossé se creuse un peu plus entre la « France des bistrots » et celle des salons. Et quand le fossé ne peut plus être comblé, cela s’appelle une révolution.

Enfin, le dossier annoncé en couverture. Une série d’articles et d’interviews a pour but de dénoncer la « dérive » droitière… de la droite, ce qui est un comble pour votre journal de droite dont la dérive de gauche déboussole un nombre croissant de lecteurs. La dérive qui vous préoccupe est censée être représentée conjointement par Zemmour et Guéant, rapprochement pour le moins singulier. Quel rapport entre le journaliste dont les convictions anciennes et cohérentes ne font de doute pour personne, et le nouveau ministre de l’intérieur en service commandé, chargé par son maître de reconquérir l’électorat du FN qui cocufié après 2007 est devenu farouche comme une andalouse ?

Mais bon, la crédibilité n’est pas le souci premier de cette enquête, dont le but apparaît après un simple survol : vous ranger dans le camp vertueux de ceux qui sonnent le tocsin devant la recomposition du paysage politique français, marqué par un éclatement du traditionnel clivage droite/gauche et une montée du sentiment identitaire. L’enquête est donc complètement à charge, les rédacteurs comme les personnes interrogées empilant les considérations alarmistes ou méprisantes.

Ecoutons les spécialistes appelés au chevet de la France malade de la droite Zemmour : ils sont trois, comme par hasard choisis dans le camp de la gauche. D’abord le psychanalyste Jacques-Alain Miller, disciple du philosophe marxiste Louis Althusser, et frère de Gérard également psychanalyste gauchiste ainsi qu’amuseur public à la télévision. Jacques-Alain après avoir écouté Marianne sur le divan noir, livre son diagnostic : « Zemmour est aujourd’hui le nom de notre stress national ». Il représente les incurables nostalgiques de la France de Papa qui n’ont de cesse « d’injurier (leur) prochain, rêver de le chasser pour rester entre soi et jouir en pantoufles du fantasme de la Grande Nation ».

Puis l’inévitable Emmanuel Todd, éternel contempteur de la France raciste pré-fasciste. Pour notre chouchou des médias, « aucun débat n’arrêtera le délire sur l’islam, qui ne résulte pas d’une menace réelle mais d’une anxiété propre à la France et à une bonne partie de l’occident », car la laïcité, frustrée par la disparition de l’ennemi catholique, a besoin de s’en fabriquer un autre, l’islam donc. Bien sûr il y a une tendance fascisante « bien que selon moi minoritaire » au sein de l’UMP, illustrée par l’ovation que Zemmour y a reçu récemment lors d’un débat interne.

Enfin le talentueux Patrick Besson, écrivain qui n’a pas renié son passé communiste, est chargé d’exécuter Claude Guéant, classé dans la « droite Zemmour » pour les besoins du réquisitoire. L’ancien secrétaire général de l’Elysée n’a-t-il pas découvert fort tardivement que « l’on ne se sent plus chez nous en France ? » Selon Besson, Guéant « a voulu se faire aussi gros que le beauf. C’est le pot au Hortefeu ». On rigole, on rigole. Un peu moins toutefois lorsqu’il assène : « Guéant se décidera t’il à admettre que ces masses de jeunes Français ni blancs, ni chrétiens, ni très bons à l’école, sauf exception, sont chez eux chez nous (formule empruntée à Mitterrand) ?

Même vos rédacteurs se lâchent. Sous le titre « Enquête sur la droite Zemmour », l’auteur estime que la bête noire des bien-pensants « soulage les frustrations des râleurs du café d’en face… ». Jusqu’à cet article final intitulé « Voyage au pays des nouveaux islamophobes », qui évoque le rapprochement « rouge-brun », entendez celui d’une certaine gauche et de l’extrême droite pour rejeter le « vivre ensemble » c’est-à-dire le vivre musulman. Cela commence par un reportage sur le Bloc Identitaire et son annexe niçoise Nissa Rebela, dont les militants sont classés rien moins qu’à « la droite de l’extrême droite ». Bigre ! Voilà une expression que je n’avais encore jamais lue ou entendue, même pas de la « gauche de l’extrême gauche ». Et c’est dans le Point que je la lis, ce qui en dit long sur l’évolution de votre journal. A la droite de l’extrême droite, je ne vois qu’Hitler, et encore, je le croyais d’extrême droite tout court. Cette surenchère dans la dénonciation du supposé danger fasciste est pitoyable.

Et cela continue avec le « front anti-islam qui ne connaît pas de frontières » dans lequel est décrite l’alliance des Identitaires avec Riposte laïque et Résistance Républicaine. Sur ces deux associations, je m’attendais au pire. Trop de pièges leur ont été tendus par des journalistes mielleux leur annonçant un honnête reportage, qui n’était ensuite qu’une caricature islamo-gauchiste. Il faut croire qu’après les entretiens avec Pierre Cassen et Christine Tasin, votre moulin à broyer la graine fasciste était privé de matière première car je n’ai pas retrouvé (du moins directement exprimées par l’article) les habituelles imprécations humanisto-progressistes. On laisse ce soin à l’inoxydable Caroline Fourest, autre chérie des médias : « De faux laïques associés à de vrais racistes… Pour l’instant ce n’est qu’une minorité d’excités qui se battent à coup de saucisson (allusion au désormais célèbre apéro saucisson-pinard). Mais il faut les prendre au sérieux avertit-elle. Plus que l’intégrisme, la montée des ces alliances contre l’islam peut nous emmener vers un renouveau du racisme très dur. » Pour Fourest la critique de l’islam est l’antichambre du quatrième Reich.

Alors, ne pouvant clouer au pilori bien-pensant ni RR et RL ni leurs fondateurs, l’auteur se défoule par l’ironie. Un peu comme un professeur partial bien décidé à « saquer » deux élèves honnis, et qui constatant que leurs copies ne sont pas si mauvaises, les triture pour en extraire le mot à l’orthographe discutable ou l’expression dont la grammaire est mal fixée. La Présidente de Résistance Républicaine se dit « ataviquement de gauche (sic) ». Pourquoi ce « sic », sinon parce qu’à ses yeux, il y a incompatibilité entre la gauche et l’hostilité à l’islam ? « De sa petite voix sucrée, elle distille son fiel » poursuit-elle. Le fiel n’est-il pas plutôt dans l’encre où cette journaleuse a trempé sa plume ?

De son côté Pierre Cassen, « ex-ouvrier du livre et syndicaliste CGT a lui aussi viré sa cuti depuis l’affaire du voile à l’école ». Toujours la même idée : comment peut-on se prétendre de gauche sans soutenir la religion d’amour et de paix ?

En définitive, la meilleure réponse à cette « enquête » qui n’en a que le nom est fournie par le sociologue Jean-Yves Camus, à qui vous donnez la parole pour évoquer les Assises contre l’islamisation de l’Europe tenues en décembre dernier à Paris « avec en invité d’honneur l’Helvète Oskar Freysinger, pourfendeur des minarets » dit la plumitive, et qui fut un succès incontestable et incontesté. Retenez bien son propos, Messieurs du Point : « Ce n’était pas un rassemblement de néonazis, et c’est bien le problème. Il y a incontestablement quelque chose qui est en train de se passer dans le paysage politique ».

Jean de la Valette

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Politique Française

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Nancy VERDIER 04/05/2011 22:55



Merci Monsieur de La Valette, d'avoir porté à notre connaissance votre Lettre d'Adieu à la presse moribonde. Un morceau d'Anthologie, un modèle du genre. Entrée en dhimmitude, aux
"Ordres" , la Presse décadente se meurt. Ce n'est pas pour autant que l'Etat français se fait des amis parmi les islamistes. Bien au contraire. Pour nous remercier de notre
amabilité, nous avons  déjà essuyé l'attentat de Marrakech, où la France était directement visée (Guéant l'a reconnu) - en attendant d'autres évènements tout aussi graves et inquiétants
peut-être sur notre territoire. Je ne lis plus la Presse non plus, mais au fil des mois, on peut s'attendre à ceux que ces journaleux préparent des tartines bien léchées, pendant que
nos Zélites se prosterneront plus bas que terre devant les tortionnaires, de la RATP.



bridet 04/05/2011 16:14



Oui moi non plus je n'ai rien d'autre à ajouter.



pascalou 04/05/2011 11:14



EXELLENT!!!!!! je n'ai rien d'autre a rajouter



Hosteen 04/05/2011 09:38



C'est pour les mêmes raisons que j'ai résilié mon abonnement au Figaro, qui sur les problèmes de l'islam et de l'immigration, ne se distingue plus en rien du Monde et de LIbération, les deux "
torchons de référence " Si l'on veut savoir qui se passe dans notre beau pays, il faut visiter les sites d'information alternatifs, comme le vôtre et lire la presse étrangère, suisse, belge ou
anglo-saxonne. La presse française n'est plus qu'un relais de l'idéologie du politiquement correct où tous les sujets réels et qui inquiètent nos concitoyens sont soigneusement passés sous
silence ou déformés pour des raisons idéologiques.