Sus aux cadenas : quand l’amour menace les ponts de Paris…

Publié le 8 Avril 2014

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Par Marie Delarue

Expliquant par là leur détestation d’un sexe honni et, à les en croire, largement subi, nos égéries du féminisme historique – toutes femmes légères et subtiles, forcément – aimaient à répéter :« Un homme, c’est lourd ! » Bref, un bonhomme, ça pèse. Et l’amour aussi. Et pas seulement sur le ventre.

Nos vindicatives pétroleuses n’imaginaient pas que le temps leur donnerait d’une certaine manière raison, et encore moins qu’il le ferait d’une façon aux couleurs layette, fleur bleue, eau de rose et compagnie. Autrement dit, qu’il installerait l’époque dans tout ce qu’elles détestaient.

La vérité est que Paris, aujourd’hui, est menacé par un trop-plein d’amour : les quartiers les plus touristiques de la capitale, à commencer par les ponts et passerelles où l’on roucoule en regardant le soleil se lever derrière Notre-Dame ou se coucher derrière la Tour Eiffel, y ploient sous les « love locks ». Ces cadenas d’amour accrochés depuis quelques années sur le pont des Arts, en face de l’Institut, puis au pont de l’Archevêché, au pont Neuf, à la passerelle Léopold-Sédar-Senghor, la passerelle Simone-de-Beauvoir, sur les statues d’anges du pont Alexandre-III et depuis peu sur les passerelles du canal Saint-Martin, pèseraient aujourd’hui quelque 20 tonnes.

700.000 couples passés par Paris sont venus y sceller dans le cuivre leur amour éternel, à l’époque où ils le croyaient encore ultra léger, et comme ils n’ont pas jugé utile de venir retirer le cadenas au jour de leur séparation, ça a fini pas peser fortement. Régulièrement, la mairie de Paris fait remplacer des bouts de parapet déformés par le poids et rongés par la ferraille rouillée, mais deux Américaines qui craignent pour leur sécurité ont ouvert un blog – « No Love Blocks » – et lancé une pétition (en prévision des municipales).

Lisa Anselmo (une Américaine à Paris) et son amie Lisa Taylor Huff ont écrit aux élus : « Si un jour un grillage tombe dans la Seine, au-delà de la pollution que cela entraîne, il pourrait atterrir sur un bateau-mouche et blesser quelqu’un. » Et si c’est un compatriote des deux demoiselles, je vous laisse imaginer le coût de la procédure sur nos impôts locaux…

Du temps de monsieur Delanoë, il n’était pas question d’interdire les cadenas dans notre capitale « so romantic ». Les services municipaux, attestant de leur vigilance, ont déclaré voilà quelques semaines à L’Express : « Des équipes font des rondes régulièrement. Les cadenas ne sont pas décrochés des grillages, mais les garde-corps fragilisés sont enlevés, remplacés et stockés dans un entrepôt. » Ben oui, imaginez qu’une Paris Hilton ou une Lady Gaga vienne reprocher à la mairie de Paris d’avoir brisé son cadenas, donc son idylle, je vous laisse imaginer, etc. (voir ci-dessus).

D’aucuns suggèrent qu’on remplace les cadenas par un autre symbole moins pesant. Oui, mais quoi ? Une fleur ? Naturelle, elle serait vite fanée ; artificielle, on se croirait au cimetière des illusions perdues. Une capote, alors ? Même à la fraise ou à la banane, ça serait de mauvais goût. Oublions les poèmes « À Jojo pour la vie », on a déjà ceux à sainte Lady Di place de l’Alma. D’ailleurs, la mairie ayant ceint le mausolée d’un grillage, feue la princesse de Galles a maintenant, elle aussi, ses cadenas.

Alors, madame Hidalgo, bien que je n’aie voté ni pour la peste ni pour le choléra, je vais vous faire une suggestion : lancez un concours. Faites une bourse aux initiatives pour tout à la fois remplacer les love locks, relancer l’artisanat français et le petit commerce. Au passage, ça permettra aussi de reconvertir les bouquinistes, qui en ont bien besoin.

Rédigé par Gérard Brazon

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Epicure 08/04/2014 13:24


Dans quel monde de cinglés et crétins vivons nous...On appelle cela "Normal"...

marco 08/04/2014 13:21

Et si l'on continuait la tradition en lançant la mode aux cadenas plastique?