Syrie: Obama l'amateur Par Stéphane Juffa.

Publié le 4 Septembre 2013

 

Par Stéphane Juffa © Metula News Agency

                      

Nous avons suivi, il y a quelques heures, l’intervention du Secrétaire d’Etat américain John Kerry, et le moins que nous puissions en dire est qu’elle est préoccupante. On attendait un exposé limpide qui aurait indiqué la direction stratégique que poursuit la Maison Blanche au sujet de la Syrie ; en lieu et place, nous avons eu droit à un discours mélodramatique, uniquement articulé autour des considérations humanitaires de l’Administration, qui a révélé à quel point le président Obama a les idées confuses.

 

Bien plus que cela, l’homme le plus puissant de la planète s’est coincé lui-même dans une situation inextricable, terriblement périlleuse en cela qu’elle ne présente plus aucune issue favorable.

 

Obama s’est laissé enfermer dans une dynamique de prestige, qui a débuté il y a un an par sa menace d’intervenir si la "ligne rouge" virtuelle de l’usage par le régime des al Assad d’armes chimiques était franchie. On observe à cette occasion qu’il est toujours malhabile de lancer des avertissements à caractère sécuritaire, ce, particulièrement lorsque l’on est président des Etats-Unis.

 

Voilà le président isolé, privé de l’appui de son allié traditionnel britannique, de l’aval du Conseil de Sécurité, de l’OTAN, et même de la Ligue Arabe, qui se refuse à endosser publiquement l’idée d’une opération contre l’Etat alaouite. Ne reste plus à Washington que la France et l’Australie dans sa coalition minimaliste, plus quelques nations sans influence militaire réelle.

 

Mais si l’Amérique ne faisait rien, au point où les choses ont évolué, elle deviendrait la risée de ses adversaires habituels, à commencer par le Président Poutine et les ayatollahs iraniens. Téhéran, qui a effectivement ralenti au minimum sa progression vers l’arme nucléaire, en signe de bonne volonté avant les discussions de Rohani avec les 5+1 (et c’est pour cette raison que le point de non-retour ne sera pas atteint cet été), se persuaderait de l’inefficacité des Etats-Unis si ceux-ci ne mettaient pas leurs menaces à exécution. Barack Obama n’a-t-il pas aussi promis qu’il ne permettrait pas à la "République" Islamique d’accéder à la bombe atomique ?

 

C’est donc presque seul que le président yankee va devoir aller au charbon. Pour ne rien arranger à la pression qui s’exerce sur lui, il ne dispose que d’une courte fenêtre de temps pour donner une leçon à Assad. En effet, c’est au milieu de la semaine prochaine que se tiendra un sommet du G-20 à Saint Petersburg. Lors, on imagine mal que l’opération prévue se déroule pendant ou après cette rencontre à laquelle participera évidemment Vladimir Poutine.

 

Le Stout est le 5ème destroyer US à venir se positionner face aux côtes syriennes

 

Dans les faits, la fenêtre d’opportunité pour la frappe américaine va s’ouvrir demain (samedi) matin, avec l’arrivée au Liban des experts de l’ONU ayant enquêté à Damas sur les armes chimiques, et demeurera ouverte durant 72 heures environ.

 

Après les propos de Kerry, affirmant que l’attaque de la Ghouta a constitué un crime de guerre qui "ne peut pas demeurer impuni", après qu’il ait fait état de la certitude que son pays avait acquise de la culpabilité du régime syrien dans cette tragédie, et soumis son décompte morbide s’élevant à 1429 morts dont 426 enfants, il semble bien que le gouvernement US ait franchi le Rubicon et que les Tomahawk vont s’abattre sur la Syrie dès demain.

 

Mais dans les plus mauvaises conditions possibles. Sans aucun objectif stratégique défini. La finalité de l’action prévue, selon le Secrétaire d’Etat, consistant à dissuader Damas ou toute autre dictature de faire à nouveau usage de ces armes.

 

D’abord, il ne s’agit pas d’une raison appropriée pour déclencher un conflit armé, puis, j’ignore totalement ce que les militaires américains doivent faire sur le terrain pour accomplir cette "guerre de dissuasion", encore, l’utilisation des armes chimiques n’intervient que pour une part marginale dans la calamité de la Guerre Civile syrienne, qui ne sont coupables que de la disparition de moins de 2 % des victimes de ce conflit, et enfin, strictement rien ne permet de présumer que la dictature en place baissera la tête et fera amende honorable.

 

C’est ce à quoi l’on s’expose quand on s’engage dans un affrontement armé sans en avoir dûment défini les objectifs stratégiques et politiques au préalable.

 

L’autre paramètre manquant pour justifier l’opération projetée est le caractère de défense d’un "intérêt primordial" nécessaire pour recourir à la force. Kerry a bien évoqué ce paramètre décisionnel, exprimant que le régime alaouite menaçait les Etats-Unis d’Amérique, mais cela n’aura convaincu personne. En quoi l’usage d’armes chimiques contre des malheureux dans un quartier de Damas met-il en péril la sécurité de l’Oncle Sam ?

 

Ce soir, en recevant les dirigeants des Etats baltes, Estonie, Lettonie et Lituanie, Barack Obama, visiblement mal à l’aise et exceptionnellement nerveux, est revenu sur les considérations exposées une heure auparavant par son Secrétaire d’Etat, et notamment sur la notion de "menace contre la sécurité nationale des USA". Le président a étoffé l’argument en mentionnant que si rien n’était entrepris, ces armes de destruction massive pourraient échoir entre les mains de terroristes qui pourraient les utiliser contre l’Amérique.

 

L’ancien ambassadeur US à l’ONU, John Bolton, réagissant à chaud à la télévision aux propos du président, a démontré leur inanité. En fait, a souligné Bolton, si la frappe contre Assad est trop appuyée, au point de briser l’équilibre des forces qui s’affrontent dans la guerre civile, et qu’elle permettait à des éléments djihadiste de s’emparer du pouvoir à Damas, c’est alors que ceux-ci pourraient se saisir des stocks d’armes chimiques et les retourner contre les Etats-Unis.

 

Par cette démonstration difficilement contestable, l’intervenant a fait la preuve que c’est l’opération militaire envisagée qui fait peser une menace contre la sécurité des USA et non la situation prévalant actuellement.

 

Bolton a également vertement critiqué les éléments communs dévoilés par Obama et Kerry, à savoir que l’opération envisagée serait de courte durée, qu’elle n’impliquerait pas l’intervention de troupes au sol, qu’elle n’avait pas pour objet de modifier le rapport de forces entre les belligérants syriens, et que la solution devrait venir de la négociation uniquement et non par la voie d’une action militaire.

 

Dans son allocution, John Kerry avait aussi dit que tout le monde, lui compris, était "fatigué des guerres".

 

Dans ces conditions, relève Bolton, lorsque l’on prévient son adversaire de la nature limitée de ce que l’on entend entreprendre, et que ce que l’on va faire ne changera rien à rien, il n’existe aucun motif de prendre le risque d’une aventure militaire.

 

Nous ne pouvons bien évidemment que partager l’avis de l’ex-ambassadeur : on n’entreprend pas une attaque en abandonnant préalablement tout effet de surprise et en expliquant à son ennemi qu’il n’a, en fait, rien à craindre de ce qui va se dérouler, et en lui annonçant à l’avance que l’action ne mettra pas en péril ses intérêts ni son régime. En termes stratégiques, c’est du jamais vu. Il ne manquerait plus que M. Obama présente ses excuses au dictateur syrien pour ce qu’il va être obligé de réaliser pour des raisons de prestige, et même qu’il l’informe des objectifs que ses soldats vont s’employer à détruire.

 

Troisième remarque de Bolton : elle concerne les normes internationales d’interdiction de l’emploi d’armes chimiques au nom desquelles Obama se propose d’intervenir. L’ambassadeur de remarquer que la défense de ce type de normes est absolument ingérable, parce qu’elles sont sans cesse transgressées dans beaucoup trop d’endroits du globe.

 

Le président américain a également admis ce soir qu’il n’avait pas pris de décision finale quant à l’intervention contre la Syrie. Nous disons quant à nous que ces tergiversations publiques, le déballage de ses états d’âme et l’abondance d’informations communiquées à l’ennemi, dans la situation réelle qui prévaut au Moyen-Orient sont assurément nocifs.

 

En cela qu’ils exposent inutilement les militaires de l’Oncle Sam en dévoilant leurs plans et les limites imposées à leur mission.

 

Ces renseignements sont également dangereux pour Israël, de même que pour d’autres Etats de la région. Parce que les atermoiements présidentiels les obligent au suivisme. Parce qu’Assad sait ce qui l’attend, dans le pire des cas, alors qu’eux sont contraints de se préparer à toutes les éventualités, car ils ne savent pas comment al Assad et ses alliés vont réagir. Car connaître les plans de son ennemi sans que lui n’ait vent des vôtres participe d’un avantage conséquent dans le cadre d’un conflit armé.

 

Israël, pour ne parler que d’elle, se trouve dans la situation où elle est obligée de composer avec la décision US qui n’est pas encore arrêtée, mais dont on sait, de la bouche du président américain, qu’elle n’annihilera pas le potentiel destructif de l’armée alaouite.

 

En fait, Obama implique l’Etat hébreu dans un affrontement qu’il ne souhaite pas, dans lequel il ne voit aucun bénéfice et dans lequel il est privé de l’opportunité prépondérante en matière stratégique de pouvoir prendre des initiatives.

 

En conséquence de son mode opératoire, ou plutôt de l’absence de toute forme de méthode à la tête du gouvernement US, ce sont les intérêts sécuritaires d’Israël, mais aussi de la Jordanie, du Liban et de l’Arabie Saoudite, sans oublier l’insurrection syrienne, qu’Obama fragilise.

 

D’autre part, le président se comporte comme si l’armée du tyran damascène n’était qu’un punchingball très meuble, qu’il serait possible de châtier à loisir sans qu’elle n’ait en aucun cas la ressource de se défendre. C’est faire preuve de beaucoup de mépris de la part du pensionnaire de la White House, et cela éclaire son absence de connaissance du dossier, son incompétence en matière de sécurité, de même que sa futilité.

 

L’armée d’Assad, même diminuée, n’a rien en commun avec celle de Kadhafi ou des Talibans. Elle possède des chasseurs-bombardiers et des missiles de dernière génération capables d’attaquer des bâtiments en mer, des missiles balistiques, et surtout, des systèmes performants d’armes antiaériennes – à l’instar du Gammon -, qui, si elles ne sont pas prises en compte avec respect et dans la sérénité sont capables d’infliger des pertes considérables à n’importe quel agresseur.

 

Car l’une des autres règles ancestrales de l’art de la guerre implique de ne jamais sous-estimer son adversaire, au risque d’aller au-devant de surprises très désagréables.

 

Voilà ce qu’il fallait dire ce soir. Barack Obama aura jusqu’à l’aube pour prendre une décision. Dans la situation défavorable dans laquelle il s’est enterré, la meilleure nous semble être celle de s’abstenir de toute intervention militaire et de ramener les boys à la maison, quel que soit le lourd tribut politique que cela présuppose.

 

Parce que l’on ne commence pas un conflit si l’on n’a pas envie ou besoin de le gagner. Ni pour les motifs exposés par Kerry et Obama. Parce qu’on ne sait jamais quand et comment une guerre s’achève et que, forts de ce qui leur a été communiqué et de l’impunité relative qui leur a été promise, la Syrie, l’Iran et ses supplétifs du Hezbollah ont tout à coup beaucoup d’atouts dans leur jeu pour surprendre ceux qui ne les prennent pas au sérieux.

 

Ils n’ont certes pas les moyens de leur adversaire à disposition, mais ils font preuve de logique et de continuité dans leur comportement, et leurs objectifs sont clairement définis.

 

La posture difficile à laquelle Obama s’est condamné ne représente pas une surprise pour les observateurs. Dès le début de son premier mandat et son discours du Caire, il n’a fait que louvoyer sans objectifs bien compris ni accessibles. Au final, les Etats-Unis ont pratiquement perdu pied au Proche et au Moyen-Orient et, quoi qu’il advienne demain et dans les prochains jours, l’Amérique d’Obama va encore se décrédibiliser un peu davantage et participer à l’essor des régimes et des hommes qui la détestent le plus. La politique étrangère d’Obama est inconsistante, il vient d’en donner une nouvelle preuve ; cet homme et son administration ne savent pas où ils vont et ils nous contraignent à les suivre. Ils ignorent tout des fondamentaux que leur rôle de nation phare de la civilisation et que leur rang imposent.    

           

 

Metula News

 

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Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Point de vue

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Pivoine 05/09/2013 12:22


L'Amérique n'est plus ce qu'elle était, et bientôt, elle disparaîtra, puisque certains états feront sécession. Et la Russie sera la nouvelle puissance mondiale !


Et c'est vrai que des Russes et des Ukrainiens se sont portés volontaires pour combattre aux côtés de l'armée du régime syrien. Tout comme les tentatives pour instaurer un état islamique (avec
charia à la clef) ont échoué en Tunisie, en Egypte et en Lybie (où des milices combattent régulièrement la "police religieuse"), il en sera de même en Syrie !

Marie-claire Muller 04/09/2013 23:16


Plusieurs milliers de réservistes se sont inscrits dans le corps des volontaires russo-ukrainiennes qui se rendront en Syrie pour combattre les extrémistes islamiques, nous informe la revue
Novii Region.


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francaisdefrance @ 17:13


http://avicennesy.wordpress.com/2013/05/30/les-europeens-de-lest-partent-en-croisade-contre-les-extremistes-en-syrie/